Il y a peu, un label m’a contacté pour savoir si éventuellement, un partenariat intéressait le site. Toujours prompt à découvrir une nouvelle écurie, je m’empressais de répondre par l’affirmative, scellant ainsi l’accord d’une collaboration entre Metalnews.fr et Atypeek Music. Le nom même de ce label (qui finalement ressemble plus à une fusion internationale de structures de distribution variées qu’à un label à proprement parler) m’interpelant suffisamment pour que je me focalise sur son cas, et après réception des premiers albums concernés, je dois reconnaître que mon flair naturel ne m’a pas trompé. Car Atypeek Music m’a gâté avec son premier envoi postal, me permettant de faire la connaissance d’un groupe bien de chez nous, parfaitement atypique lui aussi, mais en activité depuis plus d’une dizaine d’années…Du côté de Lille a donc vu le jour cet ensemble d’instrumentistes aussi frappés que talentueux, et c’est avec bonheur que je vous introduis au monde unique du SPECTRUM ORCHESTRUM, dont chaque album fut finalement une étape supplémentaire vers le particularisme et l’individualisme, ce que ce nouvel LP confirme de son optique résolument rebelle. Rebelle, puisque les musiciens ont choisi la difficile voie de l’improvisation, si chère à Mike Patton et aux jazzmen de tout poil, et que cette optique représente l’écueil le plus difficile à franchir lorsqu’on souhaite proposer une musique cohérente. Mais toutefois, et puisque j’imagine vos visages se fermer à la lecture de ces propos, ne concevez pas ce nouveau pamphlet comme une ode au n’importe quoi justifié par une caution artistique floue. La démarche du SPECTRUM ORCHESTRUM n’a rien d’une divagation de musiciens pour musiciens, qui s’amusent avec trois notes pour ennuyer leur auditoire profane, et faire se gausser leurs fans les plus « intellectuels ». Car ici, le Free-Jazz se pare d’atours progressif, se veut puissant, et surtout, d’une cohérence rare dans le déroulé.

Inutile donc de prendre le quintet (William Hamlet : saxophone alto, Olivier Vibert : guitare, Philippe Macaire : basse, Benjamin Leleu : clavier et Adrien Protin : batterie) pour de gentils marsouins imbus d’eux-mêmes et se gargarisant de leur pseudo génie, puisque It's About Time est tout sauf une œuvre de complaisance destinée à flatter les egos les plus boursouflés, ou une simple excuse pour détourner l’attention d’un barouf sans queue ni tête. Sorti en 2018, ce troisième album de l’ensemble lillois (après Improvisarium III en 2013 et Suburbs en 2014) reprend donc les choses-là ou ses aînés les avaient laissées, ajoutant des strates de sons, des textures, et enrichissant le paysage environnant d’expérimentations qui ne sont pas sans rappeler la scène Prog des années 70, et des figures comme AMON DUUL II, FAUST, MAGMA, ainsi que certaines BO de la même époque. On y sent un désir de s’affranchir des codes, de repousser les limites, mais surtout, d’offrir à l’auditeur autre chose qu’une simple succession de notes faisant montre de virtuosité pour dérouler des panoramas sombres, des structures complexes, et faire appel au ressenti le plus primal, rapprochant ainsi la vague arty d’il y a quatre décennies de l’optique décomplexée et expérimentale de labels comme Cold Meat Industry, et des groupes comme PUISSANCE, HAZARD et tous ceux ayant choisi de se reposer un mode d’expression plus viscéral. Non que les lillois s’apparentent à la mouvance bruitiste ou au Dark Ambient, mais à l’écoute d’une entame aussi cacophonique que « Three to One », l’analogie se voit partiellement justifiée, tout du moins jusqu’à ce que le long et sinueux « About Time » exhale ses premières volutes.

Autant le dire, ce morceau est le cœur même de cet album, et en représente le pinacle. On y retrouve les obsessions du groupe, et les fondamentaux du Jazz, avec cette manière de choisir un thème de base et de broder dessus, ajoutant des sons, des nappes, des soli, des couches dans un désir d’enrichissement, sans étouffer les quelques notes d’origine. Ici, le gimmick initial est partagé entre la basse et la batterie, qui se fixent sur un mouvement bien précis, assez décalé, et qui n’est pas sans rappeler les jeux étranges auxquels se livraient GONG et Dashiell Hedayat sur le séminal Hey Mushroom, Will You Mush My Room. Et outre les groupes déjà cités, il n’est pas non plus interdit de voir du Coltrane là-dedans, mais aussi du Ravel (certaines mélodies caressant le souvenir du Boléro), et surtout, une inspiration qui vient de partout sauf de nulle part, et qui nous emmène loin, ailleurs, et longtemps. Trente-trois minutes de respiration, d’oppression, de camouflage, pour un jeu de chat et de souris qui sans distorsion, sans effet de manche, rivalise de puissance avec n’importe quel groupe de Rock se cachant derrière le volume de ses amplis pour masquer la pauvreté de son inspiration. Sans aller jusqu’aux extrêmes d’un Free Jazz dont Coltrane a défini l’absence de limites il y a cinquante ans, It's About Time (sous-titré Improvisarium IV, à juste titre, et enveloppé dans une sublime pochette reproduisant le Tableau comparatif des hauteurs les plus importantes de la Terre dessiné par le cartographe Constant Desjardins ) joue avec le temps, le distord, le malaxe, le remodèle à sa manière, et nous propose une immersion dans la passion de cinq musiciens, prônant le minimalisme instrumental pour décupler la force de leur interprétation, usant des stridences, des itérations, des montées en puissance, des silences, pour occuper l’espace, créant ainsi un vortex de sensations qui ne peut laisser indifférent.  

Je conçois que la philosophie puisse laisser de marbre, j’accepte que nombre d’entre vous n’auront pas la patience d’attendre la fin pour connaître les desseins, mais je dois avouer que le côté hypnotique de cette piste m’a happé pendant toute sa durée, le saxo titillant les nerfs, les claviers s’enroulant de leurs mélodies autour de la rythmique, rythmique restant d’ailleurs de marbre face à ces petites astuces. Mais les lillois étant bien plus intelligents que la moyenne, It's About Time s’achève sur une autre longue piste de près de dix minutes, « Not The End », revenant vers des espaces bien plus balisés et clôturées. Encore une fois sur les talons d’un Jazz Ambient grondant et menaçant, le quintet ose des cassures, un développement en accumulation, avec vibrations à faire trembler une usine, claviers osés, guitare en feedback, et arrangements étouffants pour mieux nous prendre à revers…Avec ce troisième album, le SPECTRUM ORCHESTRUM nous prouve donc qu’il y a bien des façons d’appréhender le temps, le Jazz, et l’art en général, et signe un manifeste de refus des conventions destiné aux plus ouverts et aux esprits libres. « La perception du temps est sans doute liée aux moyens techniques dont l'homme se sert pour gagner du temps ou le tuer » disait Hubert Aquin. A vous maintenant de savoir si vous perdrez le vôtre.


Titres de l’album :

                1.Three to One

                2. About Time (part 1, 2 & 3)

                3.Not The End


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par mortne2001 le 20/05/2019 à 17:41
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Nile est malheureusement en mode pilotage automatique depuis une bonne dizaine d'années maintenant. Ce n'est pas forcément mal en soi, mais dans ce cas présent, les américains sont vraiment en panne d'inspiration pour ce nouveau morceau. Rien de bien captivant. A voir sur l'album entier.


Jamais été à ce fest, mais toujours entendu de bonnes critiques. Bravo à l'équipe, et c'est classe de partir comme ça sur une dernière édition !


"Pas très bon", ce qu'il ne faut pas lire comme âneries ici...


En effet, ce n'est vraiment rien de transcendant pour du Nile. Mais le groupe est tellement au-dessus de la mêlée pour moi que même avec un titre passable ils restent en lévitation.


Pas très bon, mais tout de même au dessus de tout ce qu'ils ont sorti depuis qu'ils sont chez Nuclear Blast.