Puisque tout le monde semble se faire un malin plaisir de démonter les GRETA VAN FLEET, autant détourner leur attention. Aussi concerné que je puisse l’être, j’ai toujours aimé ce groupe depuis ses débuts, et ce malgré des ressemblances frappantes avec les monstres de LED ZEPPELIN. Mais chaque époque de revival semble avoir besoin de son bouc émissaire, comme KINGDOM COME l’était à la fin des eighties, et ces pauvres gamins qui ne font que partager une passion avec leur public se prennent autant de volées de bois vert que de louanges de la part de leurs fans, totalement dans leur bon droit. En même temps, lorsqu’on joue une musique aux fortes sonorités vintage il n’est guère étonnant de se montrer inspiré par les plus grands, d’autant que cette historique période des seventies n’en fut pas avare. Mais les GRETA VAN FLEET ne sont pas les sujets du jour, quoiqu’ils partagent certainement mon point de vue et quelques aptitudes avec les suisses que je m’apprête à vous présenter, qui eux, tracent leur route depuis une douzaine d’années avec un parcours aussi étrange qu’erratique. Fondé en 2007, ce quintette (Cyrill Vollenweider & Marco Hostettler - guitares, Hendrik Ruhwinkel - basse, Florian Ganz - chant, Adrian Böckli - batterie), a d’abord peaufiné son répertoire avant de sortir très confidentiellement un premier LP en 2012, uniquement disponible en vinyle, mais qui annonçait déjà des ambitions affichées et clairement revendiquées. C’est donc via Noise From The Neighbourhood qu’une poignée d’initiés avaient fait la connaissance des JACK SLAMER, qui s’ils ne se sont pas rencontrés au Jack Rabbit Slim, ont certainement dû passer quelques samedis soirs à se déhancher au son d’un Rock authentique, mais délicatement chaloupé.

Et c’est donc assez étrangement que nous les retrouvons aujourd’hui sur le géant allemand Nuclear Blast, qui toutefois montre des signes évidents d’ouverture depuis quelques années. J’utilise l’adverbe étrangement à dessein, puisque cet album éponyme a d’abord bénéficié d’une distribution plus confidentielle sur le label N13 Music en 2016, et se retrouve donc sous les feux d’une lumière plus ardente en 2019. Et autant dire que cette nouvelle exposition est plus que méritée, puisque dans le créneau d’un revival Rock joué avec les tripes et l’âme, les suisses de JACK SLAMER ne font pas semblant d’y croire. Se plaçant sous l’égide d’influences classiques dont LED ZEPPELIN, DEEP PURPLE, RIVAL SONS, MONSTER TRUCK ou DEWOLFF, les cinq musiciens projettent une image de sincérité et de foi, et leur musique, quoique fortement sous égide seventies, à ce petit plus qui transforme les suiveurs anonymes en leaders éponymes. Et c’est justement sous leur propre nom que les originaires de Winterthur (rien à voir avec Winterfell, mais l’hiver ne doit pas y être moins rude) opèrent un pseudo comeback tonitruant, ajoutant au tracklisting de départ deux bonus-tracks histoire de nous coller un petit cadeau sans avoir l’impression de nous escroquer. Le reste est donc ce que les fans les plus pointus et hardcore ont pu découvrir il y a trois ans, soit la quintessence d’un Hard Rock aux sonorités bluesy très prononcées, citant le ZEP, mais aussi CACTUS, Rod STEWART, les FACES, SIR LORD BALTIMORE, LUCIFER’S FRIEND, et bon nombre de héros d’une décade qui restera pour beaucoup celle d’un achèvement artistique populaire inégalable.

Plus Soul et émotifs que leurs jeunes homologues de GRETA VAN FLEET, les JACK SLAMER ne sont pas sans rappeler quelques autres nostalgiques, dont les BLACK COUNTRY COMMUNION, PRISTINE, MASTERS OF REALITY, avec ce petit plus de fougue inhérent à la jeunesse. On sent en arrière-plan de leurs morceaux une véritable déclaration d’amour à une époque loin d’être révolue, et qui s’articule autour de structures évolutives (mais pas progressives), comme en témoigne un morceau gorgé de feeling comme « There's No Way Back ». Pas de chemin de retour, pas de demi-tour ? Visiblement si, puisque rien sur cet album éponyme ne suggère l’appartenance à une époque contemporaine, les musiciens préférant se fier à des riffs serpentins, parfois ouvertement luxurieux (« The Wanted Man », qu’on aurait pu retrouver sur II ou IV de qui vous savez, avec ces modulations de volume à la guitare et cette ambiance moite), parfois complètement exubérant et heureux (« Turn Down The Light », de l’énergie brute en barre que les BLACK STONE CHERRY adorent jusqu’au bout de la nuit), mais toujours pertinents et accrocheurs. Assez proches de l’hédonisme musical des STRUTS dans les moments les plus euphoriques, les JACK SLAMER ne cèdent jamais à la facilité d’un gimmick ou à la triche d’arrangements copiés sur les grands, et préfèrent développer un répertoire personnel, certes sous perfusion, mais rendant les veines saillantes et donnant des fourmis dans les jambes (« Entire Force », et son démarquage du ZEP plus intelligent que la moyenne).

Des années pattes d’éph’ et drogues obligatoires, les suisses n’ont retenu que la créativité débridée, et cette façon de mélanger le Rock, le Blues et la Soul sans paraître opportuniste. De la vague revival nordique, ils ont compris l’intelligence des mélodies qui sont indispensables à tout hit qui se respecte. Et la fusion des deux donne lieu à un festival de plaisir, mais aussi à un étalage de modulations et de nuances, avec un son parfaitement équilibré et sentant l’analogique à plein nez (« The Truth Is Not A Headline »). En gros, un classicisme qui s’assume, mais qui ne compte pas sur votre naïveté pour vous refourguer en sous-main des thèmes faisandés et mal réchauffés, puisque la voix de Florian Ganz saura vous emmener vers des paradis artificiels n’entrainant aucune autre dépendance qu’un amour inconditionnel pour une musique sensorielle. Timbre aigu à la Robert Plant, feulements discrets, le vocaliste est le parfait porte-étendard d’une paire de guitaristes ne se contentant pas de balancer la sauce à tout va, et taquinant le picking, les licks qui glissent et les soli qui hissent, osant même le refrain ouvertement Pop-Rock à la SWEET/SLADE à l’occasion d’un tube parfaitement improbable (« Red Clouds »). Alors certes, ça joue, mais ça joue bien et direct, taquinant même l’ombre ténébreuse du BLACK SABBATH le plus groovy (« The Shaman And The Wolves »), pour mieux réclamer l’amour au détour d’un burner cramoisi (« I Want A Kiss », du Glenn Hughes dans le texte). Une réédition qui en valait donc largement la peine, et une bonne opération pour Nuclear Blast, qui peut désormais s’enorgueillir de compter dans ses rangs un groupe qui transpire la sincérité, et qui joue sans tricher.

     

Titres de l’album :

                             1. Turn Down The Light

                             2. Entire Force

                             3. The Wanted Man

                             4. The Truth Is Not A Headline

                             5. Red Clouds

                             6. Biggest Mane

                             7. The Shaman And The Wolves

                             8. There's No Way Back

                             9. I Want A Kiss

                             10. Secret Land

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par mortne2001 le 11/05/2019 à 18:23
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