La Vie est Belle

Ars De Er

24/04/2016

Autoproduction

Je ne vais pas m’en cacher, j’ai toujours aimé les choses un peu mystérieuses et absconses. Je passe mon temps sur Youtube et la toile à traquer les vidéos bizarres, les phénomènes inexpliqués, les images étranges, les casse-tête sans solution.

En musique, la donne est la même. Plus l’œuvre est étrange et semble impénétrable, et plus je suis client. Mais parfois, je tombe sur des choses tellement cryptiques que mes mots ne sont d’aucune utilité pour les décrire, encore moins pour les comprendre.

A compter qu’il y ait quelque chose à comprendre, et pas juste à assimiler comme tel.

Ainsi, en écoutant le dernier album du projet Biélorusse d’ARS DE ER, une multitude d’interrogations ont affleuré à la surface de mon inconscient. D’où sort ce musicien solitaire qu’on ne connaît pas et qui prend un malin plaisir à en révéler le moins possible sur son art.

Je n’en sais rien, et c’est très bien comme ça.

Au départ, méprise. Je croyais que l’auteur faisait allusion à Ars-en-Ré, petit village cocasse de l’Île de Ré, dans ma région presque natale. Et finalement, l’analogie fausse ne l’est pas tant que ça, puisque La Vie est Belle nous isole tels des Robinsons de l’extrême sur un îlot de solitude artistique, à force de mélanger les genres, et d’éloigner les bateaux passant au loin de ses sonorités qui empêchent toute opération de récupération.

Concrètement, dans la mesure du possible, ARS DE ER semble être un one-man-band, tout du moins si l’on en croit les crédits affichés sur ses pages officielles.

Selon la plus probante, l’homme aurait déjà sorti une kyrielle d’albums, E.M.P.T.Y. (2010), Dans la Résistance (2011), Somnambule (2011), Deux (2012), Incognito (2012), Voyage (2014), La Crise (I) (2015), Camp d'extermination (2015), tous énoncés dans la langue de Molière, ce qui nous inspire quelques doutes sur sa réelle nationalité.

La Vie Est Belle est donc son dernier effort en date, et après une écoute distante des précédents, on peut constater que l’ouverture stylistique est toujours de mise, le musicien se réclamant d’une Avant-Garde progressive assez biscornue, et salement envoutante.

Malgré son titre, La Vie Est Belle ne doit rien à Capra ni à Roberto Benigni. Il emprunte plutôt les codes abstraits du Free-Jazz, du Progressif occulte des années 70, de l’Avant-Garde des années 80 et cette myriade d’artistes publiant leurs œuvres souvent uniques sur cassette, mais aussi du Metal libre de toutes les époques, celui des PRIMUS, des DEATH SS, pour aboutir à un mélange qui tient autant de la BO onirique d’un film de Lynch ou de Resnais, que de l’illustration sonore d’un ouvrage du Nouveau Roman de Robbe-Grillet ou mieux, une incarnation du fameux Le Temps Incertain de Michel Jeury. Car ici, tout est romancé, magnifié, décalé, et semble se faire l’écho d’une abstraction temporelle, lien entre des civilisations externes et culture humaine et humaniste, le tout soumis au libre arbitre d’une créativité biscornue qui pourtant aboutit à un travail concis et logique.

Car de l’avant-garde, ARS DE ER n’a retenu que la liberté de ton, et non l’excuse implicite pour pouvoir faire n’importe quoi, sans lien concret ni réel entre les idées. 

Difficile à décrire, La Vie Est Belle se ressent, et malgré ses itérations et stridences répétées, passe comme dans un cauchemar éveillé, au point que lorsque la fin pointe le bout de son nez, on serait tenté de s’exclamer d’un « déjà ?? » assez révélateur.

Creuset de fertilité musicale, cet album s’avère constitué d’un subtil mélange des JACULA, de KING CRIMSON, d’un VIRUS plus dérangé qu’à l’habitude (celui de Carl-Michael Eide), le tout adapté à l’imagination débordante d’un artiste qui visiblement, à plus d’une influence dans son sac, à tel point qu’il est capable de nous servir un instrumental digne d’un soap des années 80 sans que sa présence ne semble incongrue (« Dans La Nuit (Intermedia »)

Constitué de chapitres plus que de chansons, La Vie Est Belle n’est rien de moins qu’une superbe progression évolutive plaçant au même niveau la rythmique et les mélodies, et qui semble trouver son apogée dans une homérique suite de plus de dix-sept minutes, d’une beauté troublante, qui résulte des efforts de nombreux morceaux placés plus en amont.

Cordes synthétiques, ambiance dramatique, « Scènes du Passé (Avant son Exécution) » est l’acmé de ce sentiment onirique et perturbant, qui transforme un « simple » album en illustration disharmonique ou pas d’un univers complètement en marge, qui n’a cure des us et coutumes de la musique dite « traditionnelle » qui supprime l’essentiel pour se concentrer sur le futile.

A la rigueur, ce long morceau pourrait se concevoir comme une adaptation conjointe des travaux des GOBLIN et de Howard Shore, incarnant un giallo dramatique de l’esprit, ou tout du moins une errance illogique dans un univers qui ne l’est pas moins. Les respirations, les arrangements soignés, cette basse frappée qui sort de nulle part et qui brille comme une étoile dans la nuit, ces cuivres joués sur un synthé, tout contribue à créer une épaisse couche de brume qui nous enveloppe de ses secrets et ses non-dits.

Le final « Clochard », suit cette même philosophie, et ose même intégrer un saxo intime qui répand ses volutes sur des couches de clavier d’une sobriété exemplaire, nous transportant dans le passé d’un Dario Argento à la créativité pas encore ternie par les années.

Il est à ce moment-là de plus en plus difficile d’affilier le concept ARS DE ER à une quelconque forme de Metal, voire de Rock tout court, encore plus avec ce shunt qui nous propulse dans un épilogue empruntant les vocables de Georgio Moroder et RUSH…  

La première partie de l’album, moins contemplative et harmonique, propose des segments clairement liés entre eux, avec notamment « La Grève », qui se décline en quatre invectives, et qui navigue dans les eaux troubles de ZAPPA, de Brian ENO, de VIRUS, de Boulez parfois, offrant à un cadre Free-Rock teinté de Jazz la palette de couleurs du progressif d’avant-garde.

« La Grève (La Finale) » pourrait même symboliser une certaine forme de Post Black, si sa subtilité ne nous tirait pas de force sur les chemins d’un Dark Metal marqué par la scène Italienne des années 80.

La Vie Est Belle…Quel titre étrange pour un disque qui rassemble les figures classiques de la Commedia Dell’arte et les armes blanches des gialli qui pénètrent les chairs, comme un tueur/musicien masqué qui passe dans les rues de Venise tel un fantôme.

Quoiqu’il en soit, ARS DE ER poursuit sa route avec ce nouvel album qui ne trahit en rien son crédo, qui finalement, reste aussi impénétrable que son imagination.

Une musique unique, un style personnel, et un voyage aux confins du réel qui laisse dans un état cotonneux, mais qui éveille l’esprit à des sons qu’on ne pensait pas connaître un jour.

 De son vivant en tout cas.


Titres de l'album:

  1. La Formation (1)
  2. La Grève (1)
  3. La Grève (2)
  4. La Formation (2)
  5. La Grève (Révolution)
  6. La Grève (La Finale)
  7. Dans la Nuit (intermedia)
  8. Scènes du Passé (Avant son Exécution)
  9. Clochard

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 10/02/2017 à 14:42
85 %    584

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Dirge + Spinning Heads 2005

RBD 05/04/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Frank Arnaud

Jus de cadavre 21/03/2021

Vidéos

Nile + Krisiun + Grave + Ulcerate 2009

RBD 03/03/2021

Live Report

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres

Moonspell 2007

RBD 04/02/2021

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
metalrunner

Une sacrée bonne surprise de l énergie de l innovation le futur quoi ..Dommage que la tournée de juin soit annulée

18/04/2021, 19:48

RBD

Je réagis plutôt comme Buck Dancer. Mes attentes envers FF sont basses depuis longtemps. Je n'espère plus de grands titres comparables à ceux qui remontent aux années 90 (formulé comme ça, c'est encore plus dur). Si tout est à l&apo(...)

18/04/2021, 12:39

yul

Rien de bien intéressant ici.

18/04/2021, 11:57

Gargan

Tu n’es donc pas optimiste.

18/04/2021, 08:15

la reine des neiges

ha ha! nul!

18/04/2021, 00:02

Eliminator

Tout est à chier, riffs insipides, claviers ultra kitch, refrain ultra mielleux. Ce son de gratte de merde, c'est époustouflant ! Cette mode des grattes 7/8 cordes me saoule, laissez ça à Meshuggah. Meme pas envie de juger le reste. Monde de merde! ;)

17/04/2021, 23:54

Gargan

On peut écouter la totalité à présent, et il faut bien dire que ça sort tout de suite du lot ! Je me tâte pour une commande.

17/04/2021, 19:01

Wolf88

17/04/2021, 17:26

NecroKosmos

Nous sommes vieux et nous avons bon goût. Bon, moi qui suis ultra-fan, j'adore le dernier album mais je trouve que la production y était un peu à chier. Mais je reste totalement confiant.

17/04/2021, 10:03

NecroKosmos

Bien vu le nom du groupe : facile à prononcer pour les non-biélorusses...  :)

17/04/2021, 09:59

Humungus

Mouais...Clairement pas terrible.Je rejoins Simony (sauf que moi j'avais plus qu'apprécié les deux derniers albums).Bref... A juger sur la longueur quoi... ... ...

17/04/2021, 08:51

Humungus

Ne nous voilons pas la face MorbidOM :Nous sommes vieux bordel !!!

17/04/2021, 08:51

Gargan

Très belle punchline finale haha !

17/04/2021, 08:41

MorbidOM

Je partageais les mêmes craintes d'autant que le dernier n'était pas forcément un accident (ça faisait un moment que le groupe tournait un peu en rond, d'ailleurs l'avant dernier si il était moins mauvais était déjà d&eacu(...)

17/04/2021, 02:21

Buck Dancer

J'etais parti pour dire du mal, j'en avais tellement envie vu ce qu'il reste du groupe et ce qu'il est devenu, mais je trouve le morceau presque bon. Surprenant dans sa construction, pas trop linéaire et avec des riffs pas si convenu. Puis il y a le chant bien hargneux (...)

16/04/2021, 23:53

Simony

J'y retrouve les mêmes défauts que les dernières sorties du groupe, titre lambda à la fin duquel tu ne retiens rien ! Au niveau des guitares c'est d'une pauvreté affligeante, indigne d'un groupe de ce niveau, y a pas de riff c'est de la r(...)

16/04/2021, 20:47

Wolf88

Tracklist:1- Intro 2:042- Die erste Levitation 5:073- Zelfkastijder 6:034- Hypnotisch Bevel - De daimonische Mensch 7:325- Zelfbestraffingstendenz en occulte Raadsels 6:106- Vom freien Tode 7:377- Scabreusheden uit hed Tuchtarsenaal 9:26(...)

16/04/2021, 14:07

Wolf88

voir aussi info:Rock'n Load 

16/04/2021, 13:57

RBD

De toute façon avec les moyens avancés par le label pour l'habillage, la production et mixage, le clip, c'est qu'il mise quelque peu sur un succès potentiel.

15/04/2021, 20:26

Jus de cadavre

Tout pareil, je suis encore ce groupe parce que j'aime beaucoup leur coté on "emmerde tout le monde" mais le dernier m'avait beaucoup déçu... et puis sur scène la dernière fois pour moi (un Hellfest) c'était bien pourri (et tr&egr(...)

15/04/2021, 19:51