Une fois encore, je vais faire appel à votre ouverture d’esprit, et franchir votre seuil de tolérance artistique. Si les colonnes de Metalnews sont généralement réservées à des artistes répondant aux critères définis par l’intitulé même du site, je m’autorise une fois de temps en temps quelques libertés, histoire de vous offrir autre chose qu’une chronique pertinente, mais souvent prévisible. Il convient certes de respecter une sorte de lien fantôme et implicite entre des groupes qui n’appartiennent pas à notre univers et notre champ de perception, mais permettez-moi un écart aujourd’hui. Car la musicienne et créatrice dont je vais vous parler n’a aucun rapport avec le Metal à proprement parler, bien que la puissance de son œuvre puisse rivaliser avec ses exactions les plus extrêmes. J’aurais pu me raccrocher à une justification Post pour argumenter de ces lignes, mais je préfère me référer à l’univers si particulier d’EIVØR pour valider cette entrée sans avoir à trouver autre caution quelconque et de toute façon, faussée. Car pour les initiés, EIVØR, c’est un monde à part, unique en son genre, qui comme les sempiternelles et inévitables références CHELSEA WOLFE, Natacha KHAN, Kate BUSH, Annette PEACOCK et beaucoup d’autres a su se faire une place particulière dans le paysage musical mondial sans se soucier d’une quelconque appartenance de clan. Pourtant, à l’instar de Bjork, de ses SUGARCUBES et leur Islande natale, rien ne fut facile pour la blonde et diaphane Eivør Pálsdóttirdu du loin de ses Îles Féroé pour s’imposer sur un plan artistique. Scène nationale inexistante, promotion ardue, et surtout, approche stylistique délicatement Folk et froide qui n’avait que peu de potentiel commercial à l’origine. Mais loin de considérer ces faits comme des handicaps, la compositrice/interprète a transcendé l’adversité pour la faire sa complice, et est devenue au fil des années une figure incontournable, au point qu’on retrouve aujourd’hui son nom régulièrement cité par des artistes de premier plan. Elle a multiplié les projets, s’inscrivant au générique d’œuvres annexes, mais a surtout développé un répertoire personnel évolutif, au travers d’albums réguliers trahissant une envie de progression et d’élargissement de son champ d’expression.  

Si son premier album éponyme était encore un témoignage de ses jeunes années passées à façonner son univers (elle qui a commencé sa carrière à 16 ans), ses dernières livraisons l’ont montrée en tant que musicienne confirmée, et perméable aux influences externes. Impossible en effet de comparer des albums comme Krákan et Room, ou Eivør Pálsdóttir et Bridges. Son dernier en date, le noir et blanc et hautement recommandable Slør confirme l’orientation prise après les années 2000, et figure en haut des classements des albums sortis en 2015 et 2017 (VO à la base, et VA deux ans plus tard). J’aurais d’ailleurs pu utiliser ce prétexte pour vous introduire au monde d’EIVØR, mais finalement, ma patience s’est vue validée par l’intervention de Dooweet qui assure sa promotion en Europe, et qui distribue donc ce second live, me permettant ainsi une synthèse beaucoup plus pertinente qui a le mérite de vous offrir deux points d’ancrages. D’une, le côté compilation qui vous permettra d’apprécier un répertoire global diversifié mais cohérent, couvrant une période conséquente, et d’autre part, de comprendre que la musicienne en live se montre sous une lumière différente, transfigurant des incarnations studio pour les adapter à une ambiance vivante, ce qui a le don de changer ostensiblement les arrangements de ses chansons pour les rendre parfois partiellement méconnaissables. C’est d’ailleurs le deuxième LP en public de sa discographie, après le sobre Eivör Live paru il y a tout juste dix ans. L’occasion donc de retrouver la suite des aventures musicales et des œuvres aussi complexes et riches que Larva, Room, Bridges et Slør.

 

Live In Tórshavn, comme son nom l’indique, a été enregistré dans la ville du même nom, aux Îles Féroé, à l’Old Theater en 2017. Il présente donc seize compositions, tirées des albums Room, Bridges et Slør, et permet à EIVØR de se livrer à son exercice préféré, celui de la représentation publique. Elle affirme d’ailleurs « qu’elle ne se sent jamais mieux qu’en concert, lorsque le public lui offre un reflet de son œuvre et donne vie à ses chansons », et c’est clairement ce qu’on ressent pendant cette grosse heure et quart passée en sa compagnie à revisiter un répertoire des plus éclectiques et échappant à toute restriction de catégorisation. Retrouvant son équipe habituelle, avec Mikael Blak (basse, synthés), Høgni Lisberg (batterie, choeurs) et Hallur Johnsson (ingénieur du son), EIVØR se livre donc corps et âme à son public, lui offrant le maximum pour ne pas qu’il se sente lésé. Evidemment, l’amateur de sensations fortes en distorsion et autres excès de volume se sentira souvent brimé par une ambiance en demi-teinte, entre chien et loup, mais ceux dont le quotidien artistique supporte très bien les panoramas plus étendus seront pleinement satisfaits de constater que l’artiste développe une puissance tangible en concert, les albums studio gardant cette patine plus intimiste.

Si Slør se taille la part du lion - promotion oblige - avec pas moins de six entrées sur quinze compositions originales, Bridges et Room trouvent aussi une large tribune, le tout étant épicé d’une reprise fort à propos du maître poète Léonard Cohen, dont le « Famous Blue Raincoat » se retrouve habité par une interprète caméléon. Mais dès les premiers effluves de « Mjørkaflókar » dispersés dans la foule, c’est EIVØR qui occupe le devant de la scène, avec ses notes, ses mots, et ses inflexions. Abordant de front son nouvel album (qui accuse quand même quatre années d’existence en version originale), l’artiste nous emporte sur une vague de Folk électronique, celui-là même qui reste sa marque de fabrique depuis l’orée des années 2010. Aussi contemplative qu’elle n’est dansante, sa musique est une invitation au voyage, et une personnification harmonique de sa perception de l’espace, nous envolant vers ces Îles Féroé qui ont longtemps constitué son univers (jusqu’à ce qu’elle se délocalise à Copenhague). En enchaînant pas moins de quatre morceaux issus de Slør, Live In Tórshavn surfe sur l’actualité, mais propose des versions qui se démarquent, laissant respirer les silences tout en comblant les vides de studio d’arrangements vivants. « Brotin », de ses volutes vocales changeantes et de son rythme d’after nocturne nous enivre, alors que « Verð Mín » nous apaise de ses lignes de chant en écho et de sa guitare cristalline. Il n’est guère étonnant de tomber sur cette magnifique reprise de Léonard Cohen, et d’enfiler ce fameux imperméable bleu pour une marche sous la pluie d’une épure rappelant les interprétations habitées de feu Jeff Buckley au Sin-é. Son pur comme une nuit étoilée, interprète qui vit ses chansons, alternance de pure énergie Rock («The Swing ») et de transe tribale (« Trøllabundin »), pour un moment de magie qui nous éloigne certes de nos préoccupations habituelles, mais qui nous fait appréhender un ailleurs qui mérite sincèrement le détour.

Sans rompre le charme que représente le cheminement logique de ce live, autant dire qu’il représente une sorte de pinacle dans la carrière d’EIVØR, qui n’a pratiquement connu que des succès depuis ses débuts (ses nombreux prix, mais aussi ses créations pour la musique de la série The Lost Kingdom et le jeu-vidéo God of War sont là pour en témoigner). Et lorsque les dernières notes du crescendo de « Falling Free » se fondent dans la liesse d’un public conquis, l’auditeur comprend à quel point cette artiste atypique est libre, et ne se laissera jamais enfermer dans une petite case. Et sans vouloir user d’un ton péremptoire, il faudrait vraiment en avoir une ou plusieurs en moins pour passer à côté de ce moment de magie pure…

     

Titres de l’album :

                           01 – Mjørkaflókar (Slør)

                           02 – Brotin (Slør)

                           03 – Verð mín (Slør)

                           04 – Salt (Slør)

                           05 – Rain (Featuring Konni Kass) (Room)

                           06 – Bridges (Bridges)

                           07 – The Swing (Bridges)

                           08 – Famous Blue Raincoat (Léonard Cohen cover)

                           09 – Remember Me (Bridges)

                           10 – On My Way To Somewhere (Bridges)

                           11 – Silvitni (Slør)

                           12 – Trøllabundin (Slør)

                           13 – Boxes (Room)

                           14 – Tides (Bridges)

                           15 – True Love (Room)

                           16 – Falling Free (Room)

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par mortne2001 le 13/05/2019 à 17:46
95 %    122

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


jefflonger
@90.113.93.0
13/05/2019 à 19:01:08
Merci pour la découverte, l'allusion a the last kingdom m'a titillé

Medrawt
@83.200.106.111
13/05/2019 à 19:08:19
L'extrait est très sympa et donne envie de découvrir un peu plus.

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