Eden in Reverse

Hail Spirit Noir

19/06/2020

Agonia Records

On connaît tous la légende du jardin d’Eden, probablement situé en Orient. La végétation luxuriante, l’arbre du bien et du mal, Adam créé à partir de terre glaise et Eve issue d’une côte d’Adam. Le vilain serpent fait son apparition, et fait manger la pomme à Eve, comme la méchante sorcière la fera croquer à Blanche-Neige plus tard. Adam et Eve, et tous les animaux, exclus du jardin, et Eve condamnant de facto toutes les femmes à enfanter dans la douleur. Les bases de la religion, avec en exergue la femme dépendant de l’homme, mais représentant aussi sa Némésis et ses faiblesses. Mais qu’en est-il si on s’intéresse à cette légende d’un point de vue darwinien ? Si on prenait les choses à l’envers et qu’on considérait que le jardin d’Eden n’était pas un commencement, mais bien l’évolution suprême ? En se basant sur une réflexion à la Richard Dawkins, HAIL SPIRIT NOIR réinvente l’histoire et nous propose un autre regard sur ces images d’Epinal d’un autre temps. Mais les grecs n’en sont pas à leur première expérience, puisque Eden in Reverse est déjà leur quatrième album, après Pneuma en 2012, Oi Magoi en 2014, et Mayhem in Blue en 2016, et c’est donc après quatre ans de silence que nous retrouvons les avant-gardistes dans une forme extraordinaire, prêts à nous entraîner une fois encore dans un monde fait de logique personnelle, de points de vue différents, et de philosophie artistique un peu excentrée dans ce monde musical souvent voué au veau d’or du conformisme. Entendons-nous bien, le groupe n’a jamais fait les choses comme tout le monde, et si ses albums témoignaient d’une passion pour la nostalgie, ils avaient le mérite de la travestir en quelque chose d’innovateur, et au moins, de terriblement personnel. Eden in Reverse ne change pas la donne, et semble pousser les choses à leur paroxysme, tout en offrant un glissement temporel. Si jusqu’à présent les obsessions du combo étaient fermement ancrées dans les sixties et les seventies, dix ans d’avance leur permettent de se retrouver entre les seventies et les eighties pour une musique recoupant les théories de GHOST, ou d’ORANSSI PAZUZU, dont le dernier album hante encore fraîchement toutes les mémoires.

Mais HAIL SPIRIT NOIR n’est ni l’un ni l’autre. Il n’a pas l’amour des concessions Pop du premier, ni les ambitions démesurées et avant-gardistes des seconds. Il se situe en plein milieu d’une route fantôme, balayée par des vents puissants et étranges, et ose le concept sci-fi déguisé en relecture d’une fable pour enfants. Le serpent ici est représenté par une approche plus vicieuse qu’à l’ordinaire. Si la musique du désormais sextet (J Demian - basse/guitare, Theoharis - guitare/chant, Haris - claviers, Foivos - batterie, Sakis Bandis - clavier et Cons Marg - chant) n’a pas fondamentalement changé depuis quatre ans et le séminal Mayhem in Blue, ses contours semblent plus souples, et les mélodies plus prépondérantes peut-être. Et il devient très difficile de classer les grecs dans un registre quelconque, leur art concédant des inclinaisons psychédéliques très prononcées, mais aussi un instinct Metal qui se tapit quelque part sous les strates de sons. D’ailleurs, ce quatrième album adopte peu ou prou l’avancée d’un serpent préparant son mauvais coup. Les thèmes louvoient entre contemplation et action, et parfois, la puissance parvient à s’imposer sur des courts moments striés d’arrangements spéciaux, mais elle doit toujours céder le pas à la délicatesse et la richesse d’idées qui muent et reviennent sous leur forme d’origine. On ne sait pas vraiment si le psychédélisme et le progressif représentent le bien dans l’arbre du savoir, et si le Metal incarne le Mal, ou l’inverse. Mais peu importe, l’auditeur est bien obligé de mordre dans la pomme à un moment donné, mais sans connaître les déconvenues de son illustre aîné Adam. Ici, la pomme entraîne la lucidité, le savoir universel, et l’acceptation de l’homme non comme créature divine, mais comme aberration de la nature.

Enregistré au Lunatech Studios, produit et mixé par Dimitris Douvras, masterisé par Alan Douches et emballé dans un artwork réalisé par StuZor, Eden in Reverse comblera et décevra comme d’habitude les fans et les intéressés de la chose HAIL SPIRIT NOIR. Plus complexe parfois, tout en étant plus abordable, il offre un paradoxe qui pourra décontenancer les auditeurs, et qui n’unira pas dans l’accord comme le dernier ORANSSI PAZUZU a pu le faire il y a quelques semaines. Pourtant, « The First Ape On New Earth » le morceau lâché en éclaireur donnait beaucoup d’indications sur l’œuvre en amont. On retrouve évidemment ces synthés ludiques en témoignage d’années 80 et de certaines BO de sci-fi estampillées série B, et le décorum respecte plus ou moins l’architecture globale. Avec un riff assez classique et un déroulé complexe, le groupe synthétisait avec honnêteté ses idées, et offrait une vision globale de son travail à venir. Mais l’équilibre entre la séduction harmonique et la puissance métallique n’est pas révélatrice du reste du contenu de l’album, un album ou les guitares classiques et affûtées se font plus rares. Mais les arrangements vocaux, toujours aussi uniques et éthérés, les cassures soudaines laissant place à des passages instrumentaux oniriques et rétro-futuristes s’accordent assez bien du reste du cadre qui finalement, ne trompe pas tant que ça le chaland tombé ici par hasard ou non. Il est certain que cet extrait est le plus Metal de tous, avec ses instants de furie pure en double grosse caisse/riff puissant. Il est certain aussi qu’il est assez opposé à l’entame « Darwinian Beasts », qui en deux minutes apaisées propose une avancée vers le passé souple et modulé. Pourtant, « Incense Swirls » ose l’ampleur, et le Metal plus classique, avant une fois de plus de brouiller les pistes pour s’en remettre à une section basse/batterie rebondissant sur la lune de l’inspiration.

Avec toujours en exergue ces harmonies héritées de la scène progressive anglaise des années 70, et ces traces de YES et GENESIS, le groupe affirme ses propres origines, et date même son propre péché d’avoir abandonné il y a longtemps le Black expérimental. On retrouve quelques traces de BM ici, mais plus en matière première qu’en exercice clair. Le changement du chant peut aussi perturber, les grognements et les inflexions seventies ont disparu, laissant place à des nappes plus neutres et presque générées par ordinateur. Mais la beauté dans la lancinance de « Alien Lip Reading », la transcendance de « Crossroads » qui se pose en tube proto-Progressive Pop, et le long déroulé hypnotique du final « Automata 1980 » qui nous ramène à l’émergence de la New-Wave avant d’offrir un final hypnotique en transition fin 70’s et début 80’s (malgré une longue intro digne des films italiens malins d’il y a quarante ans et un final Ambient que certains jugeront redondant), poussent le niveau de créativité d’Eden in Reverse à son maximum. Pas l’œuvre la plus réussie du combo, peut-être l’une des plus culottées, et un retour en avant vers le jardin d’Eden pour tenter de réécrire l’histoire, façon physique quantique proposant une dimension parallèle où tout est encore possible. Même de ne pas faire passer Eve pour la rabat-joie de service. Voire de la concevoir en premier. Enfin de tout recommencer, mais par la fin cette fois-ci.         

                                              

Titres de l’album :

                       01. Darwinian Beasts

                       02. Incense Swirls

                       03. Alien Lip Reading

                       04. Crossroads (feat. Lars Nedland of BORKNAGAR)

                       05. The Devil’s Blind Spot

                       06. The First Ape On New Earth

                       07. Automata 1980

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par mortne2001 le 20/01/2021 à 17:56
85 %    277

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Gargan
membre enregistré
21/01/2021, 16:54:33

Vraiment bien foutu, que ce soit au niveau des paysages sonores que de la prod. Je me bois bien écouter ça sur un beau vinyl, installé dans un chesterfield râpé, faisant tournoyer gentiment un cognac dans son verre, le lévrier à poils ras m'apportant mes charentaises à clous avec la dignité d'un questeur d'assemblée, regardant le plafond comme s'il pouvait faire transparaître la voûte céleste et son infinité, avec un temps dégueulasse dehors et une lumière plus tamisée que du sucre glace.

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