Tiens, un groupe de Post Hardcore. Voilà donc un style que j’aborde très peu dans ces colonnes, ne sachant pas très bien à quoi il correspond. Car à l’époque de mes jeunes années, NEUROSIS se voyait affublé de cette nouvelle étiquette, sans savoir ce qu’elle signifiait vraiment. Après le Hardcore ? Au-delà du Hardcore ? Autre chose que du Hardcore ? Depuis, ce label a pris un sens totalement nouveau, et semble pointer du doigt toute une génération de musiciens à qui on n’ose pas accoler le précepte de Néo-Hardcore qui semble pourtant leur aller beaucoup mieux, et se vouloir moins vague. Mais qu’importe, puisque le genre possède ses codes, ses dignes représentants, et sa façon de voir les choses. Et puis, sincèrement, Post Hardcore, Néo Hardcore, Mathcore, Deathcore, Lolicore, on s’en tape non ? L’essentiel étant de ressentir quelque chose et de formaliser la violence de façon plus contemporaine. Et sous cet aspect-là, reconnaissons que les américains sont les plus forts. Mais à partir du moment où un groupe fondamental comme TENGIL est défini comme faisant partie de cette mouvance, j’ai du mal à y affilier des groupes aux recherches moins osées et plus formatées. Mais heureusement, le problème ne se pose pas avec les SECRET BAND (ou SECRETBAND, selon votre inclinaison préférée), puisque ces cinq olibrius depuis leurs débuts cherchent justement autre chose qu’une bête agression de base. Fondé en 2011, ce groupe qui n’est rien de plus qu’un side-project un peu plus sérieux que la moyenne l’est toujours, et ne se presse pas pour enregistrer ses albums. La preuve, en huit ans d’existence, le combo n’a pris le temps de graver que deux longue-durée, à cinq ans d’intervalle, certainement trop pris par leur orchestre principal. Le(s)quel(s) ?  DANCE GAVIN DANCE, FAREWELL UNKNOWN, GHOST RUNNER ON THIRD, et ATHERTON, pour ceux qui connaissent et qui sifflent leurs morceaux. Un line-up aux préoccupations autres donc (Jon Mess - chant, Will Swan - guitare, chant rappé, Matthew Mingus - batterie, Jordan McCoy - basse depuis 2013 et Martin Bianchini - guitare, depuis 2014), mais qui aime à se retrouver de temps à autres pour faire avancer les choses et les bousculer d’une musique faussement simple, mais franchement radicale.

Et l’optique choisie répond à des critères très précis. Des critères qui justement définissent le Post Hardcore moderne avec acuité, à savoir un mi-chemin trouvé entre le Mathcore light et le Metalcore pas assumé, avec force cris, riffs bizarres mais millimétrés, gimmicks qui accrochent l’oreille, grosse basse et rythmique assommante, pour un jeu qui n’est pas dupe de ses obligations. Et comme je n’ai pas forcément envie de vous sortir des références ou de comparer ce LP2 à des œuvres déjà existantes, il va falloir l’écouter. Car sans chambouler l’ordre mondial ou remettre en cause les théories d’évolution, ce second chapitre de l’histoire peu commune se hisse sans mal à la hauteur de l’éponyme de 2014, et lui dame même le pion en termes d’intensité. On y retrouve ces lignes vocales exhortées sur fond de lyrics un peu chelous, ces guitares qui hésitent entre dissonances perturbantes et gravité virile, et ces heurts rythmiques qui bousculent l’oreille tout en martelant le tympan. C’est certes très classique dans le fond, mais ça fonctionne parce que chacun y met du sien, et en proportions égales. Pour en savoir plus sans tremper ses doigts de pied, il va falloir se référer aux efforts antérieurs et au pedigree des groupes originaux des musiciens en question, en se disant que décidément, les chiens ne font pas des chats et inversement. Typique de la scène Néo-Core US de ces quinze dernières années, SECRET BAND n’est plus secret depuis longtemps, mais continue de nous surprendre de ses disques élaborés et de ses astuces peaufinées. Tiens, le faux silence vite souillé de « Do It Again », c’est bien d’eux ça, ça ne parait pas piqué à quelqu’un d’autre. La mise en jambes radicale de « Upgrades », ça donne envie de couper ses mises à jour Windows automatiques sous peine de ne plus rien comprendre à l’OS. Et puisque les néophytes ont toujours besoin de balises, dites-vous qu’une playlist avec les premiers CONVERGE, DILLINGER, une touche des DEFTONES et l’intégrale de DANCE GAVIN DANCE peut suffire à piger le truc sans avoir à l’appréhender en entier. En même temps, avec Will Swan, Jon Mess, et Matthew Mingus au casting, et malgré des envies d’autre chose, il était tout à fait logique d’en trouver des traces, même si Eric Lodge s’est barré au bout de deux ans.

Et puis parler d’un truc pareil, c’est redondant, et on finit par tomber dans les clichés, alors même que le truc les détourne avec habileté. Oh, oui, c’est infime, parfois presque pas repérable, mais il y a une vraie rage là-dedans, une envie d’aller un peu plus loin qu’un simple Post Hardcore pour génération blasée qui croit que la violence peut se télécharger. La preuve, « Bloomer », c’est au moins aussi intense que du CANDIRIA. Et ça, c’est un compliment oui. « Lightning » aussi d’ailleurs, avec cette énorme basse qui gigote et tremble sur ses cordes, et ses guitares qui explorent les stridences de bas de manche. D’ailleurs, le tout assemblé pourrait ressembler à du bon CONVERGE, sauf qu’il n’y a qu’un CONVERGE et que personne ne veut le remplacer, à juste titre. Mais le groove de l’ensemble se place en opposition de son radicalisme monolithique, spécialement lorsque quelques arrangements typiquement PH parviennent à se taper l’incruste, sur le break de « Lightning » justement. Sûr qu’en voyant la pochette, et en constatant le label « expérimental » sur les sites spécialisés, on s’attend sans doute à autre chose, plus biscornu, mais je vous rassure, les SECRET BAND ne sont pas encore consensuels, et « Meat Bag » de le prouver en osant des accalmies en arpèges acides. Beaucoup trouveront le cheminement un peu facile, et la progression pas vraiment flagrante, pourtant, la fin de LP2 nous réserve quelques surprises, plus courtes et lapidaires (« No One I Know »), que les PAPA ROACH auraient pu emprunter aux DEP, ou plus longues et dézinguées (« Get You Some », la fièvre, elle m’a donné la fièvre, et BRING ME THE HORIZON de jouer les infirmières pour les REFUSED).

Alors en fait…

Post Hardcore ? Oui, puisqu’il faut bien le dire, mais pas celui pour les plus trop jeunes qui veulent le rester, non, un truc plus mature mais toujours aussi intense. Et puis au moins, avec eux, on ne risque pas de s’emmerder à jouer les contemplatifs, ils n’ont pas le temps de s’émerveiller devant le minimalisme chiant de mélodies trop épurées pour l’envoyer.   

 

Titres de l'album :

                           1.Upgrades

                           2.Bloomer

                           3.Lightning

                           4.Rabbit Hole

                           5.Black Dolphin

                           6.Do It Again

                           7.Meat Bag

                           8.No One I Know

                           9.Get You Some

                          10.Moon

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par mortne2001 le 23/06/2019 à 14:21
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