Désolé, mais avant ma majorité, je n’avais jamais bu une goutte d’alcool ni fumé de Marie-jeanne qui fait rire. Promis. Et c’est sans doute pour ça qu’à quarante-six ans, je me retrouve derrière mon écran, grippé, en train d’écrire sur une bande de lascars qui doivent connaître le goût de la bière et du haschich sur le bout des lèvres, alors même qu’ils ont à peine atteint l’âge légal pour conduire (oui, car aux USA, on doit d’abord apprendre à conduire avant d’apprendre à boire, on ne peut pas choisir). Nonobstant le mensonge éhonté qui a servi d‘introduction à cette pitoyable chronique (car oui, j’ai vomi quand j’étais petit, et pas seulement à cause d’une indigestion de crêpes de ma maman), le concept de Minor In Possession aux Etats-Unis est un dogme avec lequel on ne plaisante pas, et qui caractérise les délits commis par les moins de vingt-et-un ans surpris avec une bouteille ou un joint, et qui en plus n’en ont pas honte les petits sagouins. Mais ce concept sert aussi de point de départ et de nom de baptême à un jeune groupe venu d’Olympia, état de Washington, dont la photo ornant le Bandcamp trahit avec une certaine acuité leur état-civil, nous présentant un quatuor assez blasé, défiant l’appareil photo de leurs poses étudiées, histoire de bien marquer leur territoire. Et avec un blaze comme celui de MINOR IN POSSESSION, il était fort illusoire d’attendre d’eux autre chose qu’une forme très expressive de Punk-Hardcore, ce qu’ils nous servent bouillant sur cette première démo qui ne manquera pas de faire parler d’eux, et pas seulement auprès des autorités locales. Eux risquent d’en devenir une, pour avoir osé graver pour la postérité une démo aussi chargée, et emprunte de Powerviolence salement dosé, et de Grind méchamment débridé.

En huit titres pour une minute de plus, ces sales gosses de Washington nous démontrent que l’avaleur n’attend pas le nombre des années, et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir l’âge légal pour pratiquer. Se saoulant de sonorités directement héritées de leur propre scène Punk Hardcore des 80’s, ces branleurs en profitent pour y adjoindre une méchante dose de Crust à tendance Grind typiquement anglaise, à grosse dominante EXTREME NOISE TERROR, tout en louchant sur le côté BLACK FLAG des débuts vers lequel ils risquent de sombrer. Mais on n’est pas prêts de les retrouver dans un caniveau quelconque, parce ces gamins ont la lucidité de leurs ambitions. Loin de torcher une maquette vite fait parce qu’ils viennent de braquer une carte-son valable, ces mioches savent pertinemment ce qu’ils font, et jouent crânement leur carte de violence en la saupoudrant de quelques références bien senties. D’ailleurs, l’allusion à la tournée US catastrophique des SEX PISTOLS en sample d’intro n’est certainement pas là par hasard, et place sous des augures rebelles cette première réalisation qui ne risque pas de finir à la poubelle. C’est méchamment bourrin, mais construit malin, avec une multitude de breaks venant consteller des morceaux instinctifs mais agencés, ce qui nous permet d’apprécier le barouf de ces mineurs en toute tranquillité. Et à peine le machin dégusté, on en vient à regretter que les marmots ne se soient pas montrés plus prolixes, et on se prend à rêver à la possibilité d’un LP complet. Il faut dire que ce Minor In Possession est un concentré de rage juvénile joué avec le professionnalisme de pros invétérés, et que cette démo se place dans la plus droite lignée de la culture Powerviolence ricaine.

On y sent l’ennui et la colère d’une jeunesse qui voit son avenir ruiné à grands coups de libéralisme forcené, mais qui préfère se consacrer à une pratique artistique plutôt que de plonger le nez sur des smartphones branchés. C’est un témoignage d’urgence que ces quatre-là nous livrent sans fioritures, disposant d’un son apte à rivaliser avec les formations les plus rompues, sans perdre de cette fraîcheur qui mérite d’être connue. Et de « Predator Stomp » (le morceau le plus court) à « Man » (le titre le plus long), ces gamins qui n’en sont plus vraiment nous donnent une leçon de savoir composer et de savoir jouer qui laisse assez admiratif, et qui donne envie de brûler sa carte d’identité pour retrouver une jeunesse agitée. Car ils ont beau faire les beaux et nous laisser croire que seule la débauche les intéresse, nous ne sommes pas dupes et comprenons assez vite qu’ils se sentent impliqués socialement (« Anti Facist », au son énorme et à la basse qui crapote), et qu’ils manipulent l’art du contretemps et de l’accélération fatale en deux temps avec un indéniable talent. Alors on encaisse, d’autant que le tout va très vite, et une saillie comme « Break Rules », de sa folie rythmique et de son riff simple comme ta gueule nous prend à rebours. Rondement mené, et achevé dans la démence d’un futur dystopien (« Dystopian », une apologie du Powerviolence sans remords, mais avec de sales touches Core), ce premier effort est d’une respectable densité, et valide cette entrée en matière, aussi modeste que fière.

Tiens, ça me fait même comprendre pourquoi j’ai arrêté l’alcool il y a vingt ans. Sont loin d’être cons ces mômes quand même…


Titres de l'album:

  1. Anti Fascist
  2. Break Rules
  3. Predator Stomp
  4. "Man"
  5. Regime
  6. Fallout
  7. Graffiti
  8. Dystopian

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 07/03/2018 à 18:12
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