Oracle (latin, oraculum): réponse d’une divinité au fidèle qui la consultait (Larousse)

Oracle : personne pratiquant la divination (Wikipedia).

Que faire lorsque ces oracles se rassemblent entre eux pour prédire le futur de la musique extrême ? Pas grand-chose, à part deviser sur leurs prédictions, en assimilant leurs morceaux au travers d’un « premier » album qui ne recule devant aucun excès, en louchant vers le passé de chacun de ses membres pour en dessiner un genre de futur, qu’on ne sait pas encore stable ou éphémère.

Plus concrètement, ORACLES est en quelque sorte un pas si nouveau « supergroupe », à la brutalité prononcée et au casting fameux, pour peu que l’underground brutal soit votre labyrinthe de frayeur habituel.

On retrouve en effet aux commandes de ce projet relativement ambitieux quelques figures très connues de la scène Metal Européenne, dont pas moins de trois ABORTED, deux ex-SYSTEM DIVIDE, et un LOCULUS mais ex-SYSTEM DIVIDE aussi…Pas mal pour faire parler, efficace pour composer, et terrifiant pour interpréter, c’est sous cet angle qu’il faut donc aborder Miserycorde qui n’a rien d’une somme de travail de débutants désireux de se faire connaître en provoquant un séisme brutal, aussi focalisé sur la musique que sur son artwork.

Sous cette pochette parfaite au trait fin et au message grossier, se cache donc un genre de side-project aussi boursouflé que pertinent, qui de sa volonté avouée cherche à repousser quelques limites pour en imposer de nouvelles, et de faire cohabiter les mélodies les plus prononcées avec la violence la moins larvée.

Le résultat ?

Un Techno Death à tendance gothique et symphonique, qui mélange les influences de chacun de ses membres à des inspirations externes, pour un ballet de l’outrance qui ne semble admettre aucune entrave.

Pour autant, est ce que le mélange détonant fonctionne ?

Oui, puisque les artistes à l’origine de cette tentative ont du métier derrière eux, et qu’ils n’ont pas hésité à transcender leurs propres influences pour accoucher d’une entité aussi viable qu’effrayante.

Dans les faits, et pour faire simple, imaginez la puissance impitoyable du Death sauvage des ABORTED, incrusté dans un contexte grandiloquent et excessif à la SYSTEM DIVIDE, le tout agencé comme la loge d’une diva de l’enfer, qui partage le devant de la scène avec un grogneur sanglant et cornu. Vous avez l’image en tête ? Alors maintenant, adjoignez-y le son. Je vous promets que l’opéra va vous décoiffer la perruque jusqu’à la dernière barrette.

Miserycorde n’est pas le genre d’album intimiste qui joue profil bas pour ne pas trop se faire remarquer. Au contraire, tout semble fait ici pour attirer l’attention, avec de arguments valides ou factices selon l’inspiration. Un peu comme si les THE MURDER OF MY SWEET, WITHIN TEMPTATION, ABORTED, SCAR SYMMETRY, CRADLE OF FILTH, EMPEROR et autres ARCH ENEMY se retrouvaient embringués dans un bal orgiaque de pas chassés, de trépignements épileptiques, avant d’être dérangés dans leur gestuelle par une horde de zombies sortant de nulle part, prêt à les bouffer sur place.

Certes, n’attendez aucune forme de finesse dans ce déluge de cliquant made in Belgium, et si Miserycorde n’est pas à proprement parler le « premier album » du concept (le line-up a quelque peu changé notamment au niveau du chant puisque Sanna Salou remplace de ses cordes celles de Miri Milman), il signifie quand même un nouveau départ, où tout semble exagéré pour provoquer des réactions épidermiques.

Quelques guests assez fameux (Jeff Loomis de NEVERMORE, Ryan Knight ex-BLACK DAHLIA MURDER et Per Nilsson de SCAR SYMMETRY) pour compléter un tableau déjà assez chargé, et en guise de cerise sur la pièce montée dégoulinante de barbaque, une petite reprise du maître MANSON, via un « The Beautiful People », plutôt accrocheur et respectueux de l’œuvre du gentil dégingandé blafard aux dents brillantes. En gros, un agencement diablement intelligent pour attirer le chaland, avant de lui exploser les oreilles d’un Death technique tonitruant, ne cachant pas ses accointances Gothiques et BM sous des apparats de stuc et de strass.

A partir de tous ces éléments en votre possession, deux options. Soit vous admettez que la musique, aussi violente et terrassante soit-elle reste de l’entertainment et peut refuser toute modération au profit d’une efficacité plutôt voyante et grognon, soit vous attendez d’un album qu’il provoque en vous des sentiments purs et intimistes, et qu’il stimule votre intellect pour que votre imagination se mette en fonction.

Si la première interprétation vous concerne, et que vous êtes sujet à une passion sans borne pour la vélocité et la férocité, alors Miserycorde représentera sans nul doute la quintessence de votre quête en incarnant un des meilleurs albums jamais composé.

De rythmiques puissantes en riffs tranchants, de hurlements gravissimes en volutes féminines, d’arrangements grandiloquents en breaks surpuissants, tout est fait ici pour vous entraîner sur la piste d’un cirque de l’étrange, un peu tape à l’œil sur les bords, mais suffisamment convaincant pour qu’on ne fasse pas attention aux détails. Enrobé dans une des productions les plus efficaces que j’ai pu entendre depuis très longtemps, signée Jacob Hansen (VOLBEAT, AMARANTHE, EPICA et ABORTED), Miserycorde est une – pas très subtile certes – alternance de Technical Death poussé à l’extrême et de Metal symphonique et gothique, qui superpose les bourrasques tempétueuses (l’ouverture écrasante de «The Tribulation of Man » avec Per Nilsson), et les accalmies faussement romantiques (« Remnants Echo », et ses claviers envahissants doublant son thème légèrement redondant).

Le groupe/concept a eu la clairvoyance de ne pas laisser s’étirer des compositions déjà trop chargées, et reste en timing mesuré, qui convient à merveille à ces quelques accès de fureur maîtrisée qui parfois se montrent d’une efficacité redoutable (« Canvas of Me », sorte de raccourci entre les DIMMU,  SCAR SYMMETRY et LACUNA COIL). Bien évidemment, quelquefois, la prétention prend le pas sur la raison, comme sur ce « S(k)in » qui dépasse les six minutes, mais l’exagération dont il fait preuve finit par remporter l’adhésion, par manque de souffle ou par simple admiration pour un combo qui ne recule devant rien pour nous mettre au diapason de sa déraison.          

Mais tout, des arrangements à la production, en passant par la schizophrénie vocale et la rythmique en béton (double grosse caisse triggée de rigueur) suggère un blockbuster musical pensé comme tel, même si parfois les passages Thrash à la SOILWORK/AT THE GATES nous ramènent à plus de modération et de classicisme (« Catabolic (I Am) »). Toutes proportions gardées évidemment.

 Mais si la deuxième interprétation influe sur votre réaction, il est évident que ce Miserycorde représentera une sorte de Némésis, tant tout ici est fait pour époustoufler sans vraiment chercher à impressionner en profondeur. Si ORACLES est plus grand que la somme des groupes le représentant, il peut justement se montrer trop grand, comme un larger than life un poil excessif qui donne le tournis, et finit par tourner en rond. Mais je ne peux m’empêcher d’être admiratif face à cette débauche de moyens qui la plupart du temps, servent des compositions hallucinantes de dextérité et d’uberviolence, tel un tsunami de Death technique et de Gothique virtuel déferlant sur les côtes d’une objectivité qui finit par être submergée. Et sans savoir de quelle divinité ces oracles se veulent le relais, je ne peux que prévoir un avenir funeste pour les adorateurs de musique ascétique, mais surtout, un futur haut en couleurs pour les fanatiques de grandiloquence sans limites.


Titres de l'album:

  1. An Adagio for the Callous
  2. The Tribulation of Man (feat. Per Nilsson)
  3. Catabolic (I Am)
  4. Quandaries Obsolete (feat. Ryan Knight)
  5. Scorn
  6. Body of Ineptitude (feat. Jeff Loomis)
  7. Remnants Echo
  8. Canvas Of Me
  9. S(k)in
  10. The Beautiful People
  11. We, The Indifferent

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 05/02/2017 à 16:20
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AH AH AH !!! !!! !!!
Commentaire excellent bordel !


Même pochette (si ce n'est la couleur et la position de celle-ci) que "High on infinity" de COUNT RAVEN.
Vous vous en foutez je sais, mais j'avais envie de le dire...


Si c'est ouvert qu'aux gens à qui Loudblast doit du pognon, y aura du monde.


J'aime bien, ça reconnecte au plus profond des racines.


Question :
Si le groupe doit du pognon a quelqu'un depuis 2013 pour des travaux de graphisme restés impayés, ça vaut une entrée gratuite ???