On a souvent tendance à penser, sans doute avec des éléments à charge, que le Doom est un genre figé, voué au statisme, à la grande joie d’ailleurs des pratiquants qui ne désirent pas que le style évolue au-delà de ses frontières inamovibles. Lourdeur, oppression, lenteur, riffs pachydermiques, voix de stentor scandée comme une oraison damnée, et surtout, l’ombre toujours écrasante de BLACK SABBATH, de ST VITUS et d’OBSESSED comme idole d’un soleil noir qui donne des coups de lune à l’âme. J’avoue être le premier à adopter ce mode de pensée, mais comme tout humain doté de raison, l’erreur est toujours à ma portée. Cette erreur de jugement est aujourd’hui indirectement pointée du doigt par un combo national, qui de son septième album fait grandement avancer les choses…Septième album donc, haute signification en termes de numérologie et de religion, comme celle qui fait entrer les musiciens en vocation, prônant des valeurs Heavy que rien ne saurait remettre en cause, si ce n’est leur propre créativité. Et si leur nom semble indiquer une majesté impressionnante en masse indissociable, les MONOLITHE sont, à l’instar de celui de Kubrick, une source de savoir, et peut-être même en extrapolant, l’origine même d’un concept qui depuis l’orée des années 70 s’obstine à dissimuler ses mystères les plus enfouis.

Depuis 2001 (analogie intéressante et tout sauf coïncidence peut-être), les parisiens continuent leur chemin sans se soucier des aménagements, et approfondissent leur analyse du genre en proposant des pistes, des concepts, que l’on trouve développés sur chacun de leur six LP précédents, qui de Monolithe I à Zeta Reticuli en 2016 n’ont eu de cesse d’enrichir une culture pour la rendre plus accessible, sans sacrifier son élitisme artistique. Car c’est bien de cela dont il s’agit, d’élitisme, mais non de celui qui consiste à mépriser les masses en leur refusant l’accès à la culture, mais bien celui qui prône des valeurs esthétiques précieuses, pour permettre une vulgarisation sans populisme autorisant les néophytes à pénétrer les arcanes d’un univers qui les rebute, ou qu’ils ignorent…

De fait, Nebula Septem est peut-être conceptuellement l’œuvre la plus ambitieuse du sextet (Rémi Brochard - chant/guitare, Sylvain Bégot - guitare, Benoît Blin - guitare, Olivier Defives - basse, Matthieu Marchand - claviers et Thibault Faucher - batterie), sur un plan musical comme à un niveau thématique. Sans véritablement s’éloigner des dogmes qu’ils respectent depuis leur création, les parisiens nous offrent aujourd’hui un travail de titan, s’articulant encore une fois autour des origines de l’humanité, mais en y mettant les formes pour donner à leur septième LP l’aura mystique qu’elle mérite. En sept morceaux de sept minutes chacun, MONOLITHE verse dans la numérologie et la mystique, et accompagne chacun de ses morceaux d’une tonalité différente, correspondant aux sept notes de la gamme anglo-saxonne. Ainsi, chaque pièce commence par une lettre allant de A à G, et s’accordant donc de la tonalité correspondante, ce qui pourrait passer pour un simple gimmick, mais qui s’avère en fait trouvaille de génie permettant au groupe d’aérer sa musique sans se retrouver coincé dans une sempiternelle litanie de Mi ou de Ré…Mais la véritable question est de savoir si la musique suit le même principe d’évolution et d’enrichissement, et la réponse vous sautera aux oreilles dès les premières écoutes de ce nouvel album, qui en cinquante minute redéfinit les principes mêmes du Doom le plus majestueux et ténébreux, en l’inondant de lumière et de mélodies, lui évitant ainsi de sombrer dans le gouffre du Funeral Doom promis d’avance à une fin inéluctable en forme de gangrène nihiliste incurable.

Musicalement justement, et sans diminuer l’impact des travaux précédents, Nebula Septem fait preuve d’une réelle audace, en flirtant encore une fois avec les limites du style, pour mieux s’en éloigner, et s’incarner en Heavy lourd et mélodique, apte à séduire les plus réfractaires. On sent par intermittence que le Black le plus impénétrable s’est invité au banquet, notamment sur le sublime « Engineering The Rip », qui de son mid tempo appuyé multiplie les références externes, suggérant même quelques accointances avec les collègues d’écurie de HEIR ou AU-DESSUS, spécialement lorsque la basse inventive d’Olivier joue les arabesques pour mieux soutenir des guitares en volutes harmoniques cristallines. Il est même possible à ce moment précis de penser à un genre de Post-Doom, qui aurait emprunté au BM son vocable le plus accessible pour enrichir et alléger son emphase, sans pour autant se départir d’une volonté opératique transformant sa progression en crescendo. Et s’il est évidemment très réducteur pour un groupe de se voir comparé à d’autres, je ne peux m’empêcher, toutes proportions gardées évidemment, de trouver des analogies flagrantes entre ce septième album et des artistes comme KATATONIA, MY DYING BRIDE, et même PARADISE LOST, sans pour autant que l’identité même des parisiens ne se voit remise en cause. Cette identité est forte, et présente dès les premières notes de « Anechoic Aberration », qui bride un riff purement Thrash d’une rythmique typiquement Doom, tout en soulignant le tout de vapeurs d’un clavier en contrepoint, remplissant admirablement bien sa tâche de soutien mélodique. Les arrangements, très travaillés, sont à noter, de même qu’une production si parfaite qu’elle en donne le vertige dans son équilibre absolu, ne mettant personne en avant sans laisser qui que ce soit en arrière-plan. Le chant très rauque et soutenu de Rémi, agissant parfois en renfort rythmique est toujours aussi convaincant, de même que le travail des guitares qui multiplient les motifs pour varier les ambiances. Ces dernières évoluent de ténèbres Doom en éclaircies Heavy, sombrant parfois dans la mélancolie funèbre sans jouer les pleureuses, et savourant par intermittences la violence d’un BM en circonvolutions.

Et sans se concentrer plus qu’il n’en faut sur la symétrie parfaite de l’album, qu’on oublie très vite lorsqu’on se plonge dans ses méandres, la progression globale est bluffante de concision, nous emmenant de ténèbres du chaos originel vers la lumière de la connaissance globale, prodiguant ainsi une réponse musicale et artistique à des questions existentielles qui risquaient la fin de non-recevoir. Le parallèle avec le 2001 de Stanley Kubrick s’en retrouve encore plus renforcé, les deux œuvres s’unissant dans un même creuset de spiritualité pour permettre à l’humanité de résoudre l’énigme de son existence au travers de concrétisations artistiques poétiques, mais fermement ancrées dans le réel. Cette même dualité entre onirisme et réalisme, qui permet aux parisiens de MONOLITHE, de relier en un voyage de quarante-neuf minutes les abimes de noirceur de CATHEDRAL aux nébuleuses étoilées d’OPETH, sans jamais citer ouvertement l’un ou l’autre. Et par extension et analogie, de permettre à notre libre arbitre de s’imprégner des dogmes d’un genre pour comprendre à quel point certains musiciens sont capables de s’en extirper pour proposer des avancées novatrices, sans trahir leur philosophie d’origine. Le meilleur des deux mondes, pour n’en créer qu’un seul, ou la perception n’a nul autre besoin que le plaisir des sens pour appréhender une musique aussi viscéralement émotionnelle qu’intellectuelle.


Titres de l'album:

  1. Anechoic Aberration
  2. Burst In The Event Horizon
  3. Coil Shaped Volutions
  4. Delta Scuti
  5. Engineering The Rip
  6. Fathom The Deep
  7. Gravity Flood

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par mortne2001 le 24/01/2018 à 14:09
88 %    329

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Simony
membre enregistré
24/01/2018 à 15:36:15
Moi qui trouvait que le groupe commençait à tourner en rond, voilà qui réveille mon intérêt envers ce groupe dont j'adore les premiers albums !

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