Noël approche à grands pas, et tonton Serafino prépare déjà ses cadeaux pour les fourrer dans vos petits souliers. Enfin plutôt entre vos deux oreilles, puisque encore une grosse dizaine de sorties viennent égayer ce mois de décembre. De tout dans les paquets, mais surtout de la mélodie, des découvertes, des confirmations, des espoirs, et tout ce qui a fait de Frontiers le label qu’il est aujourd’hui : la référence mondiale d’un Hard ‘n Heavy de premier choix…du moins la plupart du temps.
Pour cette première découverte, Serafino nous propose une chanteuse venue de Serbie, et déjà référence dans son pays depuis longtemps. NEVENA DORDEVIC, au CV déjà bien rempli est donc la nouvelle tête de gondole de la maison de disques italienne, qui ne recule devant rien pour la mettre en avant. L’argument promotionnel se basant sur les qualités vocales de l’artiste, nous étions en droit de nous attendre à un vrai festival de Castafiore, mais heureusement pour nous, il n’en est rien. La demoiselle à une voix bien posée, juste, pleine de feeling AOR, mais ne se perd pas en considérations opératiques comme nombre de ses consœurs.
NEVENA DORDEVIC, renommée NEVENA pour l’occasion, dispose d’un sacré bagage, ayant tâté du théâtre musical, du Jazz, de la Pop et du Rock, et se présentant comme une pianiste et une compositrice capée. Elle a accompagné sur scène quelques références, et a choisi de rallier les Etats-Unis et la Berklee College of Music de Boston, histoire d’enrichir son expérience, qui l’a déjà menée à la finale de la célèbre émission nationale First Voice of Serbia. Il est donc normal qu’après toutes ces années, la chanteuse signe enfin un deal pour interpréter des morceaux personnels, étant secondée pour l’occasion par un cador de la scène mélodique.
Serafino a jugé opportun de proposer à NEVENA de collaborer avec la légende Michael Palace, dont le formidable travail au sein de PALACE s’est logiquement fait remarquer ces dernières années. Le musicien s’est donc chargé de la composition et de l’interprétation, prenant à son compte l’intégralité de l’instrumentation. Et autant dire que la collaboration entre les deux artistes a bien marché, au point de produire une sacrée bordée de hits qui ne sont pas sans rappeler les moments les plus accrocheurs de PALACE. J’en tiens pour preuve l’imparable « Writer’s Block », hit parmi les hits, qui en sus d’une épaisse couche d’AOR louche vers la Pop pêchue de la fin des années 90. C’est donc un cocktail revigorant et euphorique que nous proposent les deux partenaires, conscients de ne rien révolutionner, mais de procurer un plaisir indéniable à l’auditeur.
Tout tourne autour de couplets bien écrits et de refrains fédérateurs. Michael a bien pigé les impératifs depuis longtemps, et son talent éclate une fois de plus au visage des fans d’un Hard mélodique ouvragé mais suffisamment sauvage pour exploser. On restera néanmoins dubitatif quant à tous les superlatifs utilisés pour décrire la voix de l’héroïne du mois, dont le timbre est certes agréable, mais dont la technique n’a rien de vraiment affolant. On louera tout de même sa versatilité, et cette aisance à sinuer entre les ambiances, se donnant à fond lors des intermèdes plus romantiques, comme ce « Miracles » qui n’en accomplit pas, mais qui caresse la sensibilité dans le sens du poil.
Nevena, éponyme, profite d’une production crystal clear, et nous fait l’hagiographie d’une interprète qui est depuis longtemps prophète en son pays. Il s’agit maintenant de secouer le cocotier du marché européen et des charts américains, ce que ce répertoire immaculé devrait permettre sans trop de difficultés. Michael est toujours ce multi-instrumentiste génial que nous connaissons depuis les débuts de PALACE, et nous offre quelques soli bien furieux, entre deux chœurs angéliques. Mais pas question d’atermoiements pour séduire la ménagère de moins de cinquante ans en manque de conte de fée musical, l’énergie et la puissance restant les deux obsessions des deux larrons. C’est sans aucun doute la raison qui les a poussés à placer le malin et sautillant « Bulletproof » en ouverture, le morceau en question se plaçant en convergence des réflexes AOR et Pop-Rock. Basse soft et roulante, guitare aiguisée mais humble, et surtout, refrain impeccable pour mettre tout le monde d’accord. Et la qualité présentée à ce moment-là ne fera que se confirmer par la suite.
Le but n’étant pas de se montrer agressif juste pour le plaisir, mais bien d’interpréter de véritables chansons, qui auraient pu faire les beaux jours du Billboard dans les années 80. On pense parfois à une rencontre inopinée entre Pat Benatar et les VIXEN (« Bad Sun Rising »), ou à un échange cordial entre Richard Marx et HAREM SCAREM (« Straight Into Madness »).
Et malgré le soin maniaque apporté aux arrangements, aux mélodies et à l’interprétation, Nevena garde cette fraîcheur un peu naïve, ce qui ne fait que renfoncer le sentiment de bonheur à jouer une musique simple, mais attachante. Michael jongle entre les rythmes, les atmosphères, passe du souriant poli à l’euphorie naturelle, mais évite de placer sa consœur dans un contexte trop personnel. En gros, Nevena est le produit d’un réel partenariat, et non un album de PALACE chanté par une intervenante extérieure.
D’une écoute très facile, et d’une approche limpide, ce premier album de NEVENA est de ceux qu’on écoute pour se détendre, et attendre des jours meilleurs. On imagine le ciel de Californie, les rues de Los Angeles, on se prend à rêver d’un voyage temporel marchant dans les deux sens, et sans regretter les eighties, de se sentir à l’aise dans une époque qui n’a pas oublié le sens du mot « composition ».
De la légèreté, de la franchise, et des tonnes de mélodies à reprendre sous la douche. Pas d’autre ambition que celle de vous faire plaisir pendant une grosse demi-heure. Mission accomplie, et bonjour de la Serbie.
Titres de l’album :
01. Bulletproof
02. Bad Sun Rising
03. Straight Into Madness
04. Too Late
05. Writer’s Block
06. Miracles
07. You Two
08. Fire In Me
09. Brand New Heart
10. Veil On The Mirror
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