No Cross No Crown

Corrosion Of Conformity

12/01/2018

Nuclear Blast

Déjà, la pochette en dit beaucoup plus long qu’on n’aurait pu le croire. Ces couleurs aux teintes orangées et violettes, cette petite fille au regard fixe et presque inquiétant qui tient un crâne à bout de bras, en valent plus que bien des longs discours, et pas seulement parce que leur iconographie est révélatrice. On pourrait, dans une analogie un peu capillotractée y voir un parallèle dramatique à la Shakespeare, en cumulant les thématiques d’Hamlet et du Roi Lear. Pourquoi ? Parce que finalement, être ou ne pas être n’est pas vraiment la question, mais être et avoir été peut se guider elle-même en tant que conclusion. Et puis ajoutez à ceci ces deux ou trois citations sibyllines qui finalement, dessinent bien les contours du projet :

  • « Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence »
  • « Les hommes sont ce qu'est l'instant. »
  • « Regarde avec tes oreilles. » (The King Lear, William Shakespeare)

Sans le savoir, ces trois extractions hors contexte balisent parfaitement le cheminement qui a abouti au retour de Pepper Keenan dans le giron de son groupe légendaire, CORROSION OF CONFORMITY. Et évaluez l’évènement à la hauteur de sa portée, puisque plus qu’une étape de plus sur un parcours chaotique, No Cross No Crown est une sorte de révélation sur le chemin de Damas. Premier album avec Pepper depuis In the Arms of God il y a treize ans, premier LP regroupant le légendaire line-up des grandes années Deliverance/Wiseblood, ce dixième témoignage longue-durée est presque historique dans les faits, découlant pourtant très logiquement d’une conjoncture favorable, et d’une envie d’aller de l’avant, une fois de plus. Le barnum étant planté, il restait à craindre l’effet pétard mouillé, les gars se connaissant sur le bout des doigts, mais ayant méchamment vieilli entre-temps. On pouvait anticiper une trop grande digression sur une thématique DOWN, Pepper ayant activement participé au projet supergroupe depuis si longtemps, et pourtant, je vous l’assure, vous pouvez être vraiment rassurés, il n’en est rien. Car No Cross No Crown est un véritable disque de CORROSION OF CONFORMITY, que les années confirmeront ou non à la hauteur de la légende passée. Mais aujourd’hui, c’est la légende présente qui s’écrit, et l’aventure est belle, mais puissante. Comment, pourquoi ? Allons-y.

Une tournée de quelques dates prévues pour se chauffer, une signature avec le géant Nuclear Blast, et le chemin prit une année entière à trouver son terme. Dès lors, il fallait enregistrer, coûte que coûte. Mais le groupe n’a pas précipité les choses, histoire de ne pas bâcler le chapitre et refermer l’histoire sur un épilogue douteux ou critique. Le succès critique lui, sera au rendez-vous de ces quatorze morceaux enregistrés comme une démo dixit Pepper lui-même, puisque la magnificence de ce nouveau-né est manifeste dès ses premières notes évaporées. On parlait de cette pochette suggérant quelques accointances avec un Southern Doom dont il est décidément difficile de s’éloigner, et « The Luddite » et ses accents graves NOLA prononcés semblait nous aiguiller sur la piste d’un Rock bourbeux et Sabbatien prononcé. Guitares graves comme une émotion palpable, rythmique plombée mais heurtée, et chant en arrière-plan célébrant le sabbat à la bougie, pour une litanie qui n’aurait pas fait tâche sur la série d’EPs proposés par DOWN, ou même sur un album de CROWBAR plus émincé que la moyenne. Mais comme pour nous ramener vers les certitudes du passé, le single avant-coureur nous permet de retrouver notre groupe animé des bonnes intentions, et « Cast the First Stone » de s’emballer d’un up tempo rageur et de riffs faisant la jonction entre le COC d’avant, et celui de maintenant. Et c’est diablement convaincant, malgré ce feedback un peu envahissant qui nous empêche parfois de nous délecter de ce groove unique. La patte des grands, uniquement, comme cet album qui célèbre le retour des héros qui n’en furent jamais vraiment. Alors, finalement, Wiseblood, Deliverance, Blind, les trois ? Inévitablement, puisque le patrimoine génétique de Pepper Keenan, Mike Read, Reed Mullin et Woody Weatherman transpire de la moindre inflexion s’échappant de sillons chauffés à blanc, et qui surdosent l’intensité sans risquer le blackout. Pepper chante comme jamais, et ses cinquante ans ne pèsent pas lourd dans la balance, excepté en termes d’expérience. Et celle acquise auprès de ses projets les moins annexes transpirent à chaque cri, à chaque souffle, sans que l’homme n’ait oublié comment faire avancer la machine. Alors, pour nous permettre de respirer, les quatre hommes ont disséminé de çà et là quelques interludes mélodiques, non pour accentuer le côté concept que No Cross No Crown n’est définitivement pas (le nom vient d’un vitrail d’ancienne chapelle, et Pepper a bien précisé que les thèmes de société avaient été éludés au profit d’une problématique plus humaine et centrée), mais plutôt pour aérer un album d’une rare pression gardée sous le coude. Et ils en ont encore, malgré les cheveux tombés et les rides creusées…

« Wolf Named Crow », est d’ailleurs très léger niveau texte. Une rencontre inopinée entre un chien aux yeux bleus et un gamin très curieux, et la messe est dite, l’anecdote sera reine puisque la profondeur de la musique se suffit à elle-même. Guitares qui hurlent et hululent, chant qui s’impose sans écraser les pieds, et la magie de cette rythmique retrouvée, Dean/Mullin, qui n’ont certainement pas oublié l’art séculaire du chaloupé/pilonné qui confère à n’importe quel riff un peu téléphoné un groove vraiment endiablé. Le groupe au complet n’a pas non plus remisé son désir de se replonger dans ses racines sudistes, que l’on retrouve solidement implantées dans la terre de « Little Man », petit plaisir coupable qui se pare d’atours ralentis de « Clean My Wounds », alors même que le quatuor ne cherche aucune rédemption, et continue de nous assommer de son Rock énervé via un « Forgive Me » qu’on ne nous espère pas dédié. Vous pardonner quoi les gars, de nous avoir donné autant de plaisir par le passé, et de continuer ? Soyez sérieux, nous sommes juste heureux de vous retrouver en si bonne forme, et bien accompagnés et épaulés par le fidèle John Custer qui offre à la bande le son parfaitement idoine dont ils avaient besoin, cette patine un peu crade qui empêche les fréquences d’être trop polies pour être honnêtes, mais pas assez rouillés pour nous monter à la tête. Celle des musiciens va bien, puisqu’ils abordent cette nouvelle étape comme le cadeau qu’elle est.  

« Nous devons redevenir des humains, et prendre soin des uns des autres. C’est aussi simple que ça ».

Redevenir des humains, et accepter ses passions, comme celle qui fixe un « Planet Caravan » et un « N.I.B » dans le rétroviseur embué de « Nothing Left To Say », lourd comme un DOWN qui ne tente même pas de s’extirper de ses obsessions en bourrier. Comme tolérer que parfois, c’est la main divine de Iommi qui guide l’écriture d’un « Old Disaster » qu’Ozzy aurait pu couiner de sa voix de chauve-souris enrhumée. De friser l’euphorie la plus totale sur « E.L.M » qui donne des pulsations inédites à un électro-encéphalogramme plat depuis le manque constaté. Et de laisser l’orage des arrangements gothiques transpirer d’un lyrique « No Cross No Crown », sombre comme une nuit aux étoiles fanées. Mais je vous le disais, cette pochette sublime laissait traîner plus d’indices de son graphisme savamment étudié que bien des sentences promotionnelles balancées à la volée. La conformité n’a jamais été l’apanage des créateurs les plus farouchement sauvages, et ce dixième album d’un groupe enfin réuni dans sa configuration bénie prouve que le hasard du destin est décidément plus malin que tous les plans marketing élaborés au petit matin. Ceux que vous allez connaitre après avoir écouté No Cross No Crown seront aussi ensoleillés qu’ombragés, mais ils vous donneront l’énergie suffisante pour affronter bien d’autres journées. La couronne que vient de retrouver sur son front CORROSION OF CONFORMITY ne risque pas de tomber. Mais ils n’auront pas eu besoin d’arpenter de chemin de croix pour en être ceints. Juste de rester eux-mêmes, sans penser au lendemain.


Titres de l'album:

  1. Novus Deus
  2. The Luddite
  3. Cast The First Stone
  4. No Cross
  5. Wolf Named Crow
  6. Little Man
  7. Matre's Diem
  8. Forgive Me
  9. Nothing Left To Say
  10. Sacred Isolation
  11. Old Disaster
  12. E.L.M
  13. No Cross No Crown
  14. A Quest To Believe (A Call To The Void)

Site officiel


par mortne2001 le 23/01/2018 à 17:25
90 %    514

Commentaires (3) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
23/01/2018, 19:00:57
Putain, ça sonne... On dirait drôlement DOWN par moment, et c'est pas pour me déplaire étant un gros (très gros) fan de la bande à Phil. Ca sent méchamment l'authenticité cette prod... Superbe chros mortne... Comme d'hab.

Buck Dancer
@79.87.138.218
23/01/2018, 23:01:13
Très chouette chronique.

Il faut vraiment que je commence à l'écouter cette album. J'aime les trois morceaux en écoute et y'a longtemps qu'on l'attend se retour de Keenan.

Simony
membre enregistré
24/01/2018, 11:09:10
Ça donne envie et je suis d'accord sur la pochette, elle est magnifique.

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Jon _ interview d'un homme multi-facettes

Simony 23/11/2020

Interview

Future World

mortne2001 23/11/2020

From the past

Voyage au centre de la scène : les fanzines

Jus de cadavre 22/11/2020

Vidéos

Rammstein 2005 (Volkerball)

RBD 16/11/2020

Live Report

At The Mill _ Live Stream Performance

Simony 07/11/2020

Live Report

Dahey OWM

Simony 01/11/2020

Interview

Fear Factory + Misery Index 2006

RBD 28/10/2020

Live Report
Concerts à 7 jours
Saor + Borknagar + Cân Bardd 01/12 : Le Petit Bain, Paris (75)
Saor + Borknagar + Cân Bardd 02/12 : Le Rex, Toulouse (31)
Saor + Borknagar + Cân Bardd 05/12 : Cco, Villeurbane (69)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Buck Dancer

Un ep moyen et voilà ou ça mène.... A la limite, Carcass en première partie de Behemoth ça peut se comprendre vu la grosse machine qu'est devenu la bande a Nergal. Mais Arch Enemy ça fait mal. C&apos(...)

01/12/2020, 15:32

Tartampion

J'aime beaucoup DEP. Ces deux morceaux n'y ressemblent pas, mais me donnent envie d'écouter l'album au complet.

01/12/2020, 14:10

MorbidOM

Heu... J'adore Carcass mais vous en demandez beaucoup là quand même.Première fois que j'envisage de ne pas aller voir Carcass alors qu'ils passent à Paris ou Marseille.

01/12/2020, 14:08

Simony

S'ils veulent faire le Knotfest, il y a des passages obligés...    SLIPKNOT + KORN + MACHINE HEAD + TRI(...)

01/12/2020, 13:42

Jus de cadavre

Entièrement d'accord Grinder (bizarrement ta réaction ne m'étonne pas hahaha !). Mais ça fait bien longtemps que le respect, tout le monde s'en beurre la raie je crois. Megadeth qui fait la première partie de Five Finger Death machin ((...)

01/12/2020, 12:39

grinder92

Carcass qui ouvre pour Arch Enemy et Behemoth, pffff. J'ai rien contre ces 2 groupes mais bon, on a tué le respect là, non ?

01/12/2020, 12:23

POMAH

Désolé pour la faute. Oui leur Album est vraiment une pépite, j'ai hâte qu'ils en sortent un nouveau d'ailleurs.

01/12/2020, 10:21

L'Apache

Ca me fait grave pensé à Behemoth perso !

01/12/2020, 08:48

Solo Necrozis

D'ici là on sera tous vaccinés et pucés par le nouvel ordre mondial donc pas de report cette fois j'espère!

01/12/2020, 08:19

Humungus

Un de mes albums de l'année !!!Tout est dit dans la chro... ... ...

01/12/2020, 07:14

Jus de cadavre

Ecouté un peu par hasard il y a quelques jours : une tuerie cet album !

01/12/2020, 07:05

LeMoustre

Retour qui fait rudement plaisir en effet. On a l'impression de revenir en 1989 au gré de The Descending ou de quelques parties Forbiddenesques parsemées entre moshparts typiques. Et puis Flores n'a pas trop muté, y'a bon.

30/11/2020, 14:38

Gargan

C'est Knokkelklang*, même chant. Album 2018 excellent par ailleurs. Ce nouveau projet confirme que 2021 sera une belle année metal et une bonne source de dépenses.

30/11/2020, 09:48

RBD

Je suis plutôt pessimiste, les rassemblements de ce type seront à mon avis l'ultime activité à redevenir autorisée avant le retour complet à la normale. Ils reviendront, mais en dernier. Ceci dit, les institutions catholiques viennent d'obtenir d(...)

29/11/2020, 19:33

mortne2001

"Pis de toute façon, moi, dès que cela sonne comme SLAYER j'achète de suite donc... ... ..."Je ne peux pas me battre contre ce genre d'argument, puisque j'utilise les mêmes

29/11/2020, 19:02

Gargan

4eme épisode, toujours aussi bien. Maintenant je les imagine jouer vetranatt dans la pièce rose haha

29/11/2020, 17:53

Humungus

Je serai bien plus jouasse que toi sur ce coup là mortne2001 :Tu trouves qu'EXHORDER a sorti l'album de sa carrière l'an passé... Bah je pense qu'il en est de même pour EVILDEAD aujourd'hui.Pis de toute façon, moi, dè(...)

29/11/2020, 14:46

Gargan

Beaucoup aimé le précédent (bien que trop court), surtout avec l’epique twelve bells, et ça sent toujours très bon. En même temps, on est rarement déçu avec le père Alan. Ce ne serait pas mal une petite interview soit dit en pass(...)

29/11/2020, 09:13

Oliv

Oui ya de quoi faire chez nous pourtant en catégorie métal français 

29/11/2020, 00:31

MorbidOM

Si tu t'en fous complétement pourquoi exhumer un post qui date de 8 moi ?

28/11/2020, 19:39