Faut se méfier des brocantes et des échoppes dites « rétro ». La plupart du temps, le chaland est clairement pris pour une bille à qui on tente de refiler des trucs prétendument estampillés « d’époque comme le formica », sauf qu’en grattant un peu la poussière, on se rend vite compte que les objets en question sont de vulgaires attrape-nigauds récupérés dans une cave moisie et humide.

Alors, watch out, beware. Listen, take care, puisque ce postulat somme toute assez lucide s’applique aussi à d’autres domaines, comme l’art par exemple. Et par extension logique, la musique.

Depuis une quinzaine d’années, les VRP de la nostalgie redoublent d’efforts pour vous inciter à penser qu’ils sont les seuls vrais garants d’une authenticité passéiste, au risque de vous refourguer des albums d’une qualité très moyenne. Les exemples sont légion, et ces mêmes disques sont autant de tupperwares de mauvaise qualité qui vont encombrer vos étagères. Mais il arrive que certains commerciaux soient plus honnêtes que la moyenne et puissent s’appuyer sur un réel argumentaire de vente. Ces gars-là ne viennent pas forcément d’Allemagne ou du Royaume-Uni, les terres les plus propices à un flashback évident, mais peuvent se faire les dents dans des pays qui n’ont pas vraiment connu d’explosion majeure en temps et en heure, comme…le Mexique par exemple.

Des noms ?

Un seul, celui de VOLTAX. Et vous pouvez y aller les yeux fermés, malgré l’appellation digne d’un médicament soignant les migraines. Ceux-là connaissent leur vocable sur le bout des cordes, et pratiquent la séduction par le passé depuis quelques années.

VOLTAX, c’est un quintette originaire de Mexico City (Jerry – chant, Diego & Rich – guitares, Hector – basse et Mario – batterie) qui depuis 2006 avoue par procuration une saine fascination pour la NWOBHM qu’ils ont peut-être connue lors de son émergence, mais qui en tout cas font tout pour nous en persuader. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai, puisque ce No Retreat... You Surrender est déjà leur quatrième méfait, faisant suite aux plutôt excellents Voltax (2007), Fugitive State Of Mind (2010) et Hiding Into Flames (2013). Entre tout ça et le reste, des démos, des singles, des vidéos, mais surtout, du cuir et des moustaches fières à la HEAVEN’S GATE, et surtout, des perfecto en guise de sombreros pour ceux qui douteraient encore de leur statut de héros locaux. Enfin locaux, loco devrais-je dire, puisque ces cinq-là se prennent vraiment pour des gauchos pistoléros dégainant le Heavy chaud comme une rame de métro, celle dont le terminus s’arrête sur le quai d’une gare de suspension du temps, histoire de nous rappeler qu’à l’orée des années 80 si regrettées, des combos comme SATAN, les TYGERS OF PAN TANG, TRESPASS, SAXON, DIAMOND HEAD et autres RODS battaient le haut du pavé pour assurer la transition entre les dinosaures des 70’s et les futurs cadors agressifs de la décennie suivante. Mais en même temps, avec un tel nom, une telle pochette, et un titre sans équivoque, la méprise était impossible, voire irresponsable. Alors oui, les VOLTAX jouent du Heavy Metal, comme on le pratiquait il y a presque quarante ans, mais le font bien, tellement bien qu’on a le sentiment, de la production à la composition, d’avoir déniché un vieux LP perdu sur les étagères d’une brocante oubliée par les pendules de la mode.

Mais la mode, qui en a cure ?

Pas eux, c’est certain.

Factuellement, No Retreat... You Surrender n’offre rien de plus ni de moins que leurs efforts précédents. Du gros Heavy Metal de grand-maman qui mise tout sur des riffs mordants, des rythmiques percutantes, et un chant s’égosillant gentiment, et quelques breaks assez suintants.

On y retrouve un peu de tous les ingrédients cités par les mexicains, JUDAS PRIEST, ACCEPT, MERCYFUL FATE, RAINBOW, IRON MAIDEN, URIAH HEEP, UFO, BLACK SABBATH main dans la main, mais aussi des traces d’ADN de quelques outsiders fameux de l’époque.

Sauf qu’au lieu de rendre bêtement hommage à quelques vignettes d’antan, le quintette a pris le temps de composer de véritables morceaux, qui ne se contentent pas de nous ramener à une époque bénie où tout était benoîtement durci, mais qui vont plus loin en se demandant ce qui aurait pu/dû se passer, si la tendance ne s’était pas radicalisée et modernisée.

Dès lors, on écoute ce quatrième LP avec une authentique soif d’authenticité, un peu comme si les chantres de la NWOBHM transposée en Amérique du Sud revenaient pour clôturer un chapitre à l’encre pas encore séchée.

Et après une intro simple mais à l’ambiance envoutante (« El Fin », comme ça, dès le début), « Broken World » rentre dans le vif du sujet avec son up tempo digne d’un « You Don’t Know It » d’HIGH TENSION ou d’un « Trial By Fire » des SATAN.

Les réminiscences du PRIEST, de MAIDEN et de DIAMOND HEAD sont bien évidemment palpables et patentes, des cris suraigus de Jerry aux riffs à la tierce de Diego & Rich, et nous sommes bousculés de couplets enflammés en refrains endiablés, dans une farandole diabolique qui ne rejette aucun cliché, mais les transforme justement en qualités que personne ne peut réfuter.

Mélodique, agressif, Power Metal typique, ce premier titre nous plonge dans le bain d’acide, dont nous ne nous extirperons pas pendant près de quarante minutes bien tapées.

Toutes les figures imposées sont respectées et reliftées, de cette basse à la Geezer sur le bondissant « This Void We Ride », à la progression un peu lugubre de « Starless Night » que le chevalier DIO aurait pu entamer à l’orée de sa carrière solo avec les GRAVESTONE en backing band, en passant par le Power Speed aux tics épileptiques d’un ACCEPT plus rapide que les requins de « Deadly Games », le tout joué avec une belle conviction, et un talent instrumental au-dessus de tout soupçon.

C’est beau, c’est caliente et truffé de brulots, et ça bénéficie en plus d’une production tout à fait symptomatique de l’entame des 80’s, avec des graves ronds et des médiums aiguisés, et un mixage un peu étouffé qui nous fait vraiment croire à un back to the past plus vrai et usé qu’une veste en jean élimée.

Mais ça fonctionne, parce qu’ils y croient, et nous aussi, et surtout parce que tous les morceaux sont high on energy, bourrés de mélodies et de flamboyants soli. Et si « The Hero » accélère un peu plus le tempo pour se frotter à un Speed de brasero, les pistoleros terminent leur quête par un clin d’œil assez incongru, en s’appropriant le « 25 or 6 to 4 » des CHICAGO, en version Heavy chatouillé d’un ludique piano, pour un dernier fait d’armes qui les transforme définitivement en chevaliers Hard à l’esprit éclairé.

On pourrait résumer l’affaire à cette séminale saillie cloutée. Bang that head that doesn’t bang, qui ornait la back cover du premier album de qui-vous-savez. Et je pense pouvoir affirmer que c’est exactement ce que les VOLTAX cherchaient, sans pour autant se contenter de passer pour de simplistes nostalgiques en mal de Heavy réchauffé.

Et si le temps s’est arrêté, leur créativité n’a de cesse de continuer à explorer les recoins d’une époque décidément toujours d’actualité. Et si après tout, on se prêtait au jeu, juste pour une heure ou deux ? De toute façon, une fois l’album posé, votre choix est limité. Pas de retraite, ni de reddition. Telles sont les conditions.


Titres de l'album:

  1. El fin
  2. Broken World
  3. This Void We Ride
  4. Deadly Games
  5. Go With Me
  6. Starless Night
  7. Night Lasts Forever
  8. Explota
  9. The Hero
  10. 25 or 6 to 4 (Chicago Cover)

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 17/05/2017 à 14:25
80 %    293

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