O Olhar Atento da Escuridão

Trono Alem Morte

21/12/2017

Signal Rex

Le solstice d'hiver marquait chez les Romains la fin des Saturnales, mais aussi le triomphe de la lumière, sur les ténèbres. La nature est dépouillée et réduite à la nudité, et il faut mourir pour renaître, tout comme la graine tombée en terre à l’automne et qui commence à germer en se décomposant…Période propice aux célébrations de toutes sortes, mais répondant à un désir sombre de renouveau après la fin, et plus prosaïquement, à l’arrivée de la saison la plus froide, la plus aride, et pourtant, l’une des plus fertiles en termes de poésie. Pas étonnant dès lors qu’une myriade de groupes choisissent la date du 21 décembre pour sortir leur album, profitant ainsi de la fin d’un cycle et du début d’un nouveau, date chargée en symbolisme qui selon eux, convient parfaitement à leur musique. C’est en tout cas une date à marquer d’une croix noire pour le label underground Signal Rex, via sa branche encore plus underground Harvest of Death, qui depuis quelques années nous inonde de sorties toutes plus mystérieuses et bruyantes les unes que les autres. Et cette habitude n’est pas prête d’être rompue si j’en juge par le premier longue-durée d’un combo national qu’ils mettent en avant ce mois-ci…Venu des enfers et directement branché sur les litanies les plus néfastes de Lucifer lui-même, les TRONO ALEM MORTE nous présentent donc le fruit de leurs exactions, O Olhar Atento da Escuridão, qui ne fera certainement pas tâche sur le catalogue déjà bien noirci de leur distributeur…

On commence à connaître la nouvelle scène lusophone, au travers de ses sonorités les plus abrasives possibles. Cette scène qui semble se repaître des aspects les plus sombres et nébuleux d’un Black Metal de plus en plus régressif. Ce BM que les ORDEM SATANICA, BLOOD CHALICE, ENDALOK et autres SEGREGACION PRIMORDIAL se font une joie de propager, au travers de disques toujours plus mal produits (sciemment cela s’entend), torturant des guitares déjà à l’agonie, suppliciant des rythmiques semblant geindre pour obtenir un son moins abominable, et lynchant des cordes vocales bien usées par des homélies nocturnes en forme de prières inversées à l’intention du malin. Que l’on aime ou que l’on déteste, il est difficile de ne pas se montrer respectueux, voire admiratif de cette recherche permanente du mal originel, celui-là même que les racines de HELLHAMMER, BATHORY et MAYHEM propageaient sur leurs premières démo, dont le son n’avait rien à envier à ces productions actuelles refusant tout artifice susceptible de les enrichir. De fait, et en tant qu’exemple plus que probant, les portugais de TRONO ALEM MORTE vont jusqu’au bout de cette quête d’absolu, en se drapant d’un linceul de mystère parfaitement opaque. Aucun nom de musicien, aucune précision, aucune localisation, même pas de page sur la toile ni de Facebook, ces chantres d’un BM foncièrement mauvais et néfaste s’éclipsent devant leur musique, et laissent parler leur art au détriment de leur ego. Attitude noble s’il en est, ou simple coup marketing, je pencherai pour la première solution eut égard au faible rayonnement que ce genre de groupe peut connaître, mais force est d’admettre que leur premier LP, cet O Olhar Atento da Escuridão dont je suis en train de vous parler, à quelque chose de vraiment captivant dans le fond, et d’effrayant dans la forme. Bien sûr, les esthètes les plus précieux du BM moderne n’y verront qu’une vaine tentative de capter les ondes passées et un effort pathétique d’en vivre selon les dogmes, mais les plus admiratifs d’un Black méchamment malmené et réduit à son état le plus primaire sauront reconnaître l’ambiance qui émanait des premiers efforts du style, et spécialement ceux de notre fameuse scène nationale des Black Legions, que les portugais ont choisie comme modèle ultime.

Pas étonnant dès lors de retrouver des points communs entre les lusophones et nos anciens VLAD TEPES, BELKETRE, MÜTIILATION, et tous les dignes représentants de notre scène locale des nineties, ne jurant que par Tom Warrior, Quorthon, et les premiers réflexes morbides d’Euronymous. Le BM des TRONO ALEM MORTE est en tout point symptomatique du minimalisme nocturne prôné par les légendes françaises de l’époque, et se traîne de son propre malheur au rythme d’une batterie processionnelle, soutenant avec peine des guitares maladives, aux obsessions occultes prononcées. Il est tout à fait possible de trouver ça excessif dans la recherche d’ascétisme, mais il est difficile de rester insensible à cette ambiance putride qui anime des morceaux aussi essentiels que « progressifs », comme le long introductif « O Inverno da Alma e a Sublime Libertação », qui du haut de ses dix minutes distille ses arguments très honnêtement, sans chercher à tromper l’assistance. Des atmosphères au son, de l’attitude au ton, en passant par l’imagerie, le côté anonyme maléfique, tout rappelle le cinéma d’auteur de José Mojica Marins, dont on imagine très bien le Zé do Caixão déambuler dans les couloirs noirs de l’âme torturée de ces musiciens à l’emphase lyrique. Le lyrisme est d’ailleurs très présent ici, spécialement dans les intonations théâtrales et dramatiques d’un chant à la Attila Csihar, qui profite d’un écho lointain pour égrener ses litanies d’une voix caverneuse et tremblante, parfait maître de cérémonie d’une messe noire célébrant le passage de l’automne à l’hiver, lorsque la dernière feuille se meurt et tombe sur la terre glacée.

Poétique autant qu’il n’est néfaste, le Black régressif des portugais ne dévie pas d’un iota de ses croyances de base, et ne fait aucun effort pour nous convaincre du bienfondé de sa démarche, bien au contraire. Il atteint parfois une sorte de paroxysme dans l’horreur, lorsque les effets sonores se mélangent dans une acmé de violence, à l’occasion d’un traumatique « Deserto da Desolação » aux cris glaçants et aux accents déments. Confrontant le Black au Doom le plus absurde, les TRONO ALEM MORTE poussent le bouchon aussi loin qu’ils le peuvent, pour tenter d’établir une nouvelle limite dans l’ignominie, accouchant de fait d’un des premiers albums les plus passionnants de ce genre très cryptique. On y retrouve un style extrême poussé dans ses derniers retranchements, et réduit à sa forme la plus primale, que le long et torturé final « Ao Abraçar a Ingrata Morte » sublime de son absence totale de compromis, et de sa distorsion de l’au-delà. Chaque morceau est une pierre de plus apportée à l’édifice érigé en hommage à la mort du BM contemporain, trop traduit et édulcoré pour être encore crédible et/ou dangereux, et la progression de O Olhar Atento da Escuridão est impressionnante de certitudes, s’enfonçant chaque seconde un peu plus profondément dans des enfers personnels dont rien ne saurait l’extirper.

Un disque remarquable et remarqué, qui cristallise à lui seul toutes les qualités et défauts de cette nouvelle scène, qui en l’état, peut se voir comme le miroir des Black Legions qu’elle semble tant vénérer.


Titres de l'album:

  1. O Inverno da Alma e a Sublime Libertação
  2. O Olhar Atento da Escuridão
  3. Infame Calamidade
  4. Deserto da Desolação
  5. Pesadelos Quebrantes
  6. Ao Abraçar a Ingrata Morte

Bandcamp album


par mortne2001 le 16/12/2017 à 14:35
80 %    480

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Kvitigatn
@85.138.20.246
25/12/2017, 03:26:05
I don't think there is that much influence from Black Legions in the Trono Além Morte music.

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Xtreme Fest 2016

RBD 08/07/2020

38'48 Regeneration

mortne2001 07/07/2020

Harmony Corruption

mortne2001 03/07/2020

Little Monsters

mortne2001 30/06/2020

Complicated Mind

mortne2001 15/06/2020

Dossier spécial Bretagne / LA CAVE #5

Jus de cadavre 15/06/2020

Screams and Whispers

mortne2001 12/06/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
LeMoustre

La même. Sauf que je préfère le 1er album au second. M'enfin, celui-ci est dans le panier. Bon groupe assez personnel en plus.

14/07/2020, 17:47

LeMoustre

Commande faite en LP et CD. Super label en plus. Hâte...

14/07/2020, 17:45

Gargan

Arkona, ça restera toujours pour ma pomme le groupe d'un premier album, "imperium". De la seconde vague bien foutue qui grésille, avec le petit truc, le charme, l'ambiance, enfin on se comprend...

14/07/2020, 14:02

Jus de cadavre

Mais oui c'est juste excellent ça ! Bien vu pour le coté Dissection, juste terrible !

14/07/2020, 13:59

Jus de cadavre

Boss HM-2 worship ! Excellent !

14/07/2020, 13:42

Saddam Mustaine

Je prefere Vader comme porte drapeau de la Pologne.

14/07/2020, 12:32

Hoover

Je n'aime vraiment pas ce qu'est devenu ce groupe. Perdition city était une évolution osée mais avec un résultat brillant, depuis ça oscille entre le chiant et le sans grand intérêt.

13/07/2020, 19:34

sart

Pas mal du tout.

13/07/2020, 19:28

sart

Meilleur et moins mélodique que le précédent, ce dernier Pocahontas n'en reste pas moins trop polissé, sans âme et s'oublie très vite.

13/07/2020, 19:27

sart

Du metal pompeux dit "'epique" bien raccoleur et de fort mauvais goût auquel sont juxtaposées quelques parties dites folk. A oublier au plus vite...

13/07/2020, 19:23

sart

Ca sonne comme du death suédois sans les fréquences basses.

13/07/2020, 19:21

Saddam Mustaine

Pas si mauvaise la suite, bien que très varié.

13/07/2020, 19:06

Humungus

Bien d'accord avec vous les gars.
... Même si j'ai tout de même une nette préférence pour leur premier album.
Quand au reste de leur discographie, elle m'en touche une sans faire bouger l'autre.

13/07/2020, 13:22

Gargan

Idem, dans mon top 10. Totalement dérouté à l'époque mais je ne m'en suis jamais lassé depuis, riffs et mélodies imparables. T'en écoute un morceau, puis deux puis l'ensemble sans t'en rendre compte. Enfin ce sont surtout les autres qui s'en rendent compte, because air guitar et air drums heh(...)

13/07/2020, 11:51

Saddam Mustaine

Amorphis cet album est sensationnel.

12/07/2020, 14:20

Pomah

Y'a clairement un côté synthwave pas dégeu, à creuser.

11/07/2020, 14:36

RBD

Voilà un groupe et un homme qui m'ont marqué à une époque où je commençais à être blasé. Ce n'est pas toujours facile à suivre d'un album sur l'autre, c'est un vrai fêlé. Mais comme dit le proverbe, ce sont des esprits comme ça qui font entrer la lumière.

10/07/2020, 23:41

aeas

Seul le batteur a encore un semblant d'intégrité à travers ses activités.

10/07/2020, 20:35

Jus de cadavre

Idem, découverte pour moi grâce à cette chronique. La prod est excellente pour l'époque !
Un bien bel hommage en tout cas Mortne...

10/07/2020, 17:38

JTDP

@jus : +9986457 !
@gerard : fais péter le "name dropping" on n'attend que ça de faire de nouvelles découvertes ! ;-)

10/07/2020, 17:10