L’histoire de la Corée est quand même assez complexe en soi. Séparée en deux portions de superficie et démographie différentes à la fin des années 40 (République de Corée au sud, 45% du territoire mais plus de 66% de la population, Republique Démocratique de Corée au nord, en gros, le reste), cette péninsule entourée d’îles affiche une histoire assez chaotique et aujourd’hui encore, les nombreux conflits déchirant les deux pôles agitent la communauté internationale au point que beaucoup s’inquiètent de ce l’avenir nous réserve…

Au nord, Kim Jong-un, gamin capricieux et héritier plus ou moins légitime, qui fait joujou avec ses missiles au point d’affoler le grand Poutine qui se demande s’il ne ferait pas mieux de l’enfermer dans sa chambre. Au sud, un ancienne dirigeante, Park Geun-Hye, arrêtée pour des affaires de corruption (la troisième chef d’état locale à subir ce sort, ça devient une habitude), et un nouveau président, Moon Jae-in qui semble montrer des velléités de rapprochement avec son ennemi juré du Nord, témoignage de bonne volonté qui s’échouera une fois encore sur les rives de la diplomatie stérile…

Bref, tout ceci est bien complexe et simple à la fois, mais aussi caractéristique d’un pays coincé entre le Japon, la Chine et la Russie, qui a dû faire face à l’ingérence Américaine dans les années 50, et au protectorat de l’Est d’un autre côté.

Et au milieu de tout ça, musicalement, ça donne quoi ? Ça donne une scène underground aux inclinaisons multiples, qui nous offre aujourd’hui sur un plateau sanglant le premier album d’un de ses représentants les plus occultes, le duo NECROMANCY SLAVE.

  

NECROMANCY SLAVE est un duo, formé d’Arche (instruments, composition et production) et Mort (chant, textes), tous deux membres du Kvlt of Black Maria, un cercle local sans doute équivalent à l’Inner Circle Norvégien des années 90, sans le côté malsain.

Difficile toutefois d’en savoir plus sur ces deux musiciens aussi obscurs qu’investis, et à la rigueur, pour tenter de percer leur mystère, seule une écoute attentive de leur premier album permettra de lever le voile sur les nombreuses interrogations qui recouvrent encore leur formation.

Mais cette aura sert leur musique, qui elle aussi se concentre sur des structures assez hermétiques et des sons grondants, empilés pour former un enfer intégral, qui bien souvent ressemble à une adaptation de drone dans une structure BM plus classique, qui ne crache pas sur une abstraction bruitiste assez impénétrable. Pour tenter d’être plus clair, le BM proposé sur Obscurum Prevails tient autant du Noise que du Raw Black, avec une production qui permet quand même d’en saisir quelques détails, tout en conservant cette patine assez épaisse qui évoque parfois les exactions bien connues de la scène Américaine des années 2010. On pense aussi à quelques traces de nihilisme à la REVENGE, AXIS OF ADVANCE, dans le fond plus que dans la forme, puisque nos deux musiciens Coréens ne restent pas figés sur un thème et une rythmique unique pour suggérer leur allégeance au malin.

Et si les intitulés des morceaux ne font pas grand cas d’un satanisme de circonstance (« Satan », « Demoniac », « Desecration », difficile de faire plus clair), l’utilisation de samples et autres arrangements enrichit leur approche sonique qui nous fait chuter dans les abysses d’un Black très lourd, tirant parfois sur le Doom maléfique.

Les riffs tissés par Arche sont bien sûr compacts et sombres, utilisant un spectre de graves assez large et misant aussi sur l’irritation de dissonances totalement maîtrisées, tandis que le chant assez étouffé et lointain de Mort évoque une lande brumeuse et nocturne, que le premier morceau, « Satan » concrétise à un niveau sonore assez impressionnant.

Longue litanie morbide et occulte de quarante-deux minutes, Obscurum Prevails se veut aussi sans doute, consciemment ou pas, prolongation des travaux de Tom Warrior sur les premiers essais de HELLHAMMER, et l’on retrouve le même ascétisme de ton, et la même véhémence de son. L’on pourra définir tout ceci comme une pulsion primale destinée à retrouver l’essence initiale du mouvement, mais il faut avouer que malgré ses nombreux défauts et son obstination à se montrer réticent à toute forme d’assouplissement, ce premier album est relativement fascinant dans sa brutalité sans compromis.

Les titres les plus longs permettent aux deux musiciens de tisser des atmosphères assez inquiétantes et progressives, grâce à l’adjonction de samples et de couches sonores menaçantes. Le terriblement grondant « Asylum » le démontre sans détour, et évoque à merveille l’effroi suscité par ces institutions mentales couvrant souvent des traitements inhumains et niant à toute individualité son statut d’être vivant autonome (et qui rappelle dans les faits certains sons hybrides entre GNAW THEIR TONGUES et STALAGGH, ce qui en dit long sur l’horreur « musicale » qui vous attend).

D’un autre côté, « Prey » et ses six minutes se veut plus volontiers BM « classique », avec son rythme plus enlevé et ses riffs dignes d’un Euronymous en plein apprentissage d’accords froids et figés, malgré une production sursaturée qui cache le sens véritable du morceau (ce qui est sans doute voulu au demeurant). Cette production est d’ailleurs assez aléatoire selon les titres, avec des médiums qui parfois agacent les oreilles, mais qui permet aussi de son amateurisme d’envelopper des titres comme « Unborn » d’un linceul opaque, qui nous pousse dans nos derniers retranchements à la ENCOFFINATION, dans une version moins extrême et grotesque de lenteur.

NECROMANCY SLAVE nous surprend d’ailleurs de références inattendues, et nous offre en final une étonnante reprise du « Body Bag » d’OBITUARY, alors même que l’on pensait le Death Metal des Floridiens aux antipodes de leurs influences. Mais Arche et Mort s’en sortent plus que correctement en adaptant ce classique à leur optique BM, et clôturent leur premier album avec panache sans se départir de cette vision morbide. Le riff est même respecté à la lettre, ce qui n’est pas la moindre des surprises…

Evidemment, Obscurum Prevails est à réserver aux plus underground des fans de BM à tendance Raw bruitiste, mais la naïveté contrôlée dont il fait preuve laisse augurer d’un avenir assez intéressant pour cette formation. Les deux acolytes de l’occulte disposent déjà d’un son qui leur est propre, et d’une imagination ténébreuse qui ne l’est pas moins.

De quoi en savoir plus sur les traductions locales, et s’acclimater d’une scène qui reste une des plus discrètes et énigmatiques d’Asie. Mais il n’est pas évident que la Corée du Sud utilise l’art des NECROMANCY SLAVE pour se rapprocher de ses voisins nordiques. A moins de vouloir déclencher un nouveau conflit d’intérêt que la meilleure volonté internationale ne saurait apaiser…


Titres de l'album:

  1. Satan
  2. Desecration
  3. Unborn
  4. Demoniac
  5. Asylum
  6. Proclamation
  7. Prey
  8. Body Bag (Obituary cover)

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 11/06/2017 à 14:03
70 %    238

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