A Helsinki comme partout en Europe, à la fin des années 80, était un style qui se taillait encore la part du lion et qui n’avait pas encore cédé sous les coups de boutoir vicieux d’un Death teigneux, qui n’allait pas tarder à lui aussi plier l’échine face aux assauts du Néo Metal. 1989, Finlande, un petit groupe de passionnés se réunit enfin sous l’égide d’un leader autoproclamé, Juha Virtanen, guitariste chanteur sevré aux intonations de la Bay Area et de la Ruhr, et bien décidé à exposer ses vues sur la violence instrumentale alors en vogue. Aux commandes de THE HIRVI (l’élan en idiome local), Juha et les siens arpentaient donc les MJC nationales, les petites salles de bal et autres infrastructures susceptibles de tolérer leur boucan (dont les squats et autres bâtiment plus ou moins décatis, dont certainement aussi le garage de ses parents), afin de propager les idées extrêmes raisonnables que son inspiration lui dictait. Les choses commençaient à gentiment fonctionner, le groupe disposant d’un following limité mais dévoué, et le logique enregistrement d’une démo vint donc sanctionner ce début de parcours assez remarqué pour que la chose se refourgue avec intérêt. Las, cette histoire se termina en queue de poisson, comme tant d’autres, et le groupe rendit les armes, et se tut pendant de longues années…De très longues années, puisqu’il fallut attendre presque trente ans pour assister à un comeback aussi inespéré que miraculeux, qui eut lieu en 2017 avec la réapparition des héros sur scène, et maintenant, sur disque. Mais le jeu en valait-il la chandelle pour nous autres, fans de Thrash des plus grandes heures de bonheur ? Bien sûr, puisque Juha n’a pas du tout changé son riff de mi d’accordeur, tout en adoptant une posture pas si nostalgique qu’elle n’en a l’air…

Bien que formé durant l’époque dorée de la violence domestiquée, THE HIRVI n’en a pas pour autant façonné une œuvre qui n’aurait pas dépareillé il y a trois décennies presque bien tassées. Si le Thrash de la formation quasi originale (Juha - guitare/chant, Jusa - basse, Otto - batterie et Joni - guitare, soit deux tiers du line-up historique) est toujours profondément ancré dans ses racines passées, l’approche choisie pour aborder ce premier et tant attendu longue-durée n’en est pas totalement passéiste. On sent bien évidemment que les influences des finlandais n’ont pas vraiment changé, et qu’ils ne se sont pas totalement montrés perméables aux us et coutume modernistes des 90’s et du nouveau siècle, mais une légère adaptation à des exigences plus contemporaines permet de remarquer qu’ils ne sont pas du genre bornés, et parfaitement au fait des attentes d’un public toujours plus avide. Profitant quand même de la mode old-school actuelle qui permet à des centaines de groupes de faire comme ci, les THE HIRVI font plutôt comme ça, eux qui ont connu en temps et en heure l’excitation d’un Thrash somme toute assez modéré, mais farouchement passionné. D’ailleurs, sans avoir pu écouter leur démo publiée en 1989, je suis prêt à parier que les similitudes qu’on pourrait trouver entre elle et cet Old School Killspree seraient nombreuses…Mais restons plutôt collé à l’actualité, puisque le présent du combo nous intéresse plus que son passé. Avec ce titre qui ne cache en rien ses intentions le quatuor finlandais joue la carte de la franchise, mais pratique plutôt volontiers la modulation en termes de puissance d’acier. Inutile d’attendre donc un déferlement de haine à peine digérée, puisque cet initial LP joue plutôt les mouches du coche en évitant la confrontation frontale et en choisissant assez souvent des chemins de traverse.

Si certains morceaux n’hésitent pas à frapper fort et vite, c’est plutôt l’efficience des riffs qui frappe la conscience collective. Pas si éloignés que ça d’un Techno Thrash light, les musiciens restent toujours dans des balises de raison qui parfois peuvent évoquer la vague suédoise Néo-Thrash des eighties (AT THE GATES en tête), notamment sur le lapidaire et introductif « Dying Time », qui réconcilie la mode nordique des 90’s et l’art séculaire suédois des AGONY. On se dit même assez souvent que la musique des METAL CHURCH a dû plus d’une fois chatouiller les tympans de nos nouveaux amis, piste validée par le timbre de voix très rauque et proche d’un David Wayne de Juha. Pas mal de circonvolutions donc, un staccato en béton, pour une valse sans hésitation entre Heavy bien torché et Thrash modulé, qui paie tout autant son tribut aux traditions nordiques qu’aux coutumes d’outre-Atlantique. THE HINVI ne rechigne d’ailleurs jamais à intégrer à sa violence des mélodies assez proéminentes, ce qui lui permet de trouver un bel équilibre entre force et honneur. Avec un timing resserré d’une trentaine de minutes pour huit morceaux, les finlandais ont joué la bonne carte, celle de la concision qui évite le trop plein d’idées pas toujours pertinentes dans ce genre de réalisation. On craque donc méchamment et logiquement sur les redondances groovy de « Satan Is Back » (et qui n’est pas content), et sur le délire parodique et ludique de « The Hinvi », qui en profite quand même pour se payer de méchantes embardées presque Death, tout en restant proche de l’efficience d’un MEGADETH.  

Interludes délicieux aux riffs sentencieux (« Vihan Païva », il est interdit de ne pas headbanguer), invectives rythmiquement pertinentes (« Don’t Fuck With The Runners », un peu HEXX sur les bords), constructions en gigogne qui saluent les BELIEVER (« Killer Instinct »), et long pamphlet progressif qui démontre qu’avec les années, les musiciens n’ont rien perdu de leur appétit ou de leurs ambitions. Pivot central d’un album charnière, « Dance Dance Dance » n’a rien à voir avec les RATT, mais ne ménage pas les effets, et nous plonge dans une ambiance mystérieuse, parfaitement en adéquation avec la volonté nostalgique de se replonger dans une époque magique. On y apprécie une basse qui se fait sa place, ces finesses de fills d’un batteur qui n’a pas les baguettes dans sa poche, mais aussi ce mid tempo qui permet de nous chatouiller la plante des pieds Mustaine de tout amateur de Thrash pas si passéiste qu’il n’en a l’air. Et histoire de bien s’incruster dans les mémoires, Old School Killspree s’achève même dans une dernière dualité mélodie/furie, via la conclusion péremptoire « Jumala on Hyvä » qui passe en revue quelques figures imposées sur fond de blasts déchaînés. Alors, certes, trente ans, ça laisse des traces, mais à l’écoute de ce premier album tardif de THE HINVI, on se dit que finalement, la jeunesse et la liesse, c’est surtout dans la tête. Et dans les mains aussi, puisque ces musiciens revenus de l’oubli ne les ont pas dans le dos. Une fausse nostalgie pour une vraie orgie, et surtout, une manière de se souvenir que bien des héros ont rendu les armes un peu trop tôt.     

       

  

Titres de l'album:

                           1. Dying Time

                           2. Satan´s Back

                           3. The Hirvi

                           4. Dance Dance Dance

                           5. Vihan Päivä

                           6. Don´t Fuck with the Runners

                           7. Killer Instinct                          

                           8. Jumala on Hyvä

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par mortne2001 le 22/06/2018 à 14:57
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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