Un avis de décès à postériori vous intéresserait-il ? Bien évidemment, sinon, vous ne seriez pas là à lire cette chronique, puisque telle est la thématique du jour. Et autant avouer que nos amis espagnols d’Xtreem Music n’y sont pas allé avec le dos de la cuillère en fouillant l’underground d’hier, mais plutôt à la pioche bien rouillée, puisqu’ils ont exhumé des bandes enterrées depuis l’orée des nineties. Ils ont même dû aller pelleter au fin fond d’une foret finlandaise, pour ressortir le cadavre desséché d’un des plus anciens et obscurs représentants Death local, en l’occurrence le concept CARNIFEX, que seuls les initiés et les acharnés du tape-trading doivent connaître, au moins de nom. Il faut dire qu’entre 1990 et 1994, les groupes évoluant dans le créneau ne manquaient pas, et que tout le monde se lançait dans la profanation de sépultures, histoire de renifler les effluves les plus putrides de l’extrême. Le monde à l’époque était séparé en deux factions, les admirateurs des racines floridiennes, et les maniaques du dégel scandinave, avec d’un côté les fondus de MORBID ANGEL, DEATH, CANNIBAL CORPSE, et de l’autre, les obsédés d’ENTOMBED, GRAVE, UNLEASHED et autres joyeux drilles en costard de croque-mort. Mais entre ces références gravitaient une myriade de combos au rayonnement beaucoup plus limité, qui s’étaient engouffrés dans la brèche sans trop se poser de question. D’ailleurs, les finlandais qui nous préoccupent aujourd’hui évoluaient à l’origine dans la mouvance Thrash via leur ensemble D.B.M, dans lequel ils partageaient des vues sur la violence instrumentale depuis 1986. M. Liulia (guitare), R. Hämäläinen (basse)

et A. Wennström (guitare) décidèrent donc de radicaliser leur son, et débauchèrent K. Perkkiö des thrasheurs locaux de SARCATIC, avant de trouver le bon cogneur en la présence de Pentele. Est-ce pour autant que l’histoire a retenu leurs noms ? Pas vraiment, et ce pour plusieurs raisons…

D’abord, parce que les apprentis deathstars n’ont jamais trouvé contrat discographique à honorer. Ils ont donc fait ce qu’ils ont pu, c'est-à-dire comme les copains, enregistrer des démos, dont la plus connue (relativement il faut dire) fut la première, cette fameuse Decadence qui trouva illustrateur en la personne du fameux Chris Moyen, rencontré par l’entremise d’A. Wennström, qui à l’époque faisait quelques piges de basse pour BEHERIT et BLACK CRUCIFIXION. Mais le quintette finlandais s’obstina quand même, trouvant l’underground à son goût, et enchaîna avec un split en compagnie des FESTERDAY, avec lesquels ils partagèrent fut un temps le même batteur. Demo III termina donc la saga des CARNIFEX en 1993, en guise de carte de visite pour démarcher les maisons de disques, et qui finalement, ne leur permis pas de décrocher le fameux sésame. C’est donc fort dépités que les pauvres rendirent les armes et jetèrent l’éponge en 1994, certainement loin de se douter que vingt ans plus tard un label espagnol allait rééditer leurs exactions en format CD, eux qui coururent pendant des années après ce Saint Graal qu’ils n’obtinrent jamais. Et c’est fort dommage, car au vu de la production pléthorique de l’époque, leur Death à tendance technique et Grind à la fois aurait parfaitement eu sa place, et eut remplacé avec panache quelques références beaucoup moins culottées. Pathological Rite tombe donc à pic pour découvrir ce groupe qui avait les armes pour séduire les fans de Death les plus pointus, ceux qu’une simple attaque sonique ne suffisait pas à convaincre, et qui attendaient plus qu’une vulgaire succession de sévices instrumentaux pour prendre leur pied avec leurs oreilles.

A cheval entre la technique affutée des MORBID ANGEL, la froideur assumée des UNLEASHED et autres WINTER, et la furie débridée des ENTOMBED lors de leurs passages les moins contrôlés, CARNIFEX se présentait comme une alternative plausible aux CARNAGE et autres SUFFOCATION, tout en gardant une identité forte à la croisée des genres. Aussi Death qu’un grognement de Chris Barnes ou qu’un riff de Trevor Peres, les finlandais n’en pratiquaient pas moins une sorte de métissage, tout du moins une alternance, qui leur permettait de trouver un juste équilibre entre ambitions instrumentales et efficacité brutale. Et cette compilation arrive à point nommé pour les réhabiliter, non pour l’honneur ou pour l’histoire, mais pour les amateurs d’une musique d’époque, bénéficiant d’un lifting assez prononcé. Sans dénaturer la qualité putride d’origine, le nouveau mixage permet de gommer les imperfections et de niveler les fréquences, ce qui permet d’apprécier ces treize morceaux à plein volume. On y découvre alors pas mal de finesse, et surtout, des musiciens très au fait des recettes les plus probantes, qui n’en tombaient pas pour autant dans le fast-food extrême. Pas mal de recherche, des constructions souvent alambiquées, mais une probité assez précoce, puisque dès les premiers morceaux, l’ambiance et plantée. Il est toutefois intéressant de pouvoir noter la progression sur les trois enregistrements officiels, qui rapprochait d’ailleurs quelque peu les finlandais d’un son subtilement Black à la DISSECTION (« Why », parce que), voire d’un DEATH de l’époque bénie d’Individual, dans un registre évidemment beaucoup moins léché (« Salvation = Suffocation »). Un sacré paquet de riffs, une rythmique mouvante et évolutive, un chant grave mais intelligible et stimulant, soit une optique complète et satisfaisante, pour une jolie démonstration de Death à plusieurs facettes, loin de se contenter de racler les fonds d’égouts.

Nous avons même droit en cadeau bonus à un petit plus beaucoup plus roots, en l’occurrence un morceau capté pendant une répétition de 1993, « Fresh Flesh », au son beaucoup plus approximatif, mais qui nous permet d’apprécier le groupe dans son jus d’époque. Cette compilation du label ibère Xtreem Music vaut donc largement le détour, ne serait-ce que pour relire pendant trois-quarts d’heure un petit bout de légende, sans avoir à exhumer les restes épars d’un corps musical pourri parsemé sur la toile. Mais même en termes de probité musicale, Pathological Rite vaut largement le détour, plus en tout cas que bon nombre de combos pseudo vintage qui tentent désespérément de se raccrocher à la branche du pendu depuis quelques années. 


Titres de l'album:        

1. Intro
2. Pathological Rite
3. Disturbed One
4. Purify Thy Souls
5. Necrophobia
6. Aberration Into My Subconscious
Split Demo '91 (with Festerday) 
7. Left Behind
8. Release From Slavery
Demo III [Demo '93]
9. Why?
10. Salvation = Suffocation
11. Resurrection
12. Spiritual Void
Rehearsal Recording [1993]
13. Fresh Flesh         

Facebook officiel                     

                       

par mortne2001 le 08/05/2018 à 18:42
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(...) s le contredire hein !


Bon ITW et surtout bon groupe.
Hâte d'entendre ça moi aussi sur album avec un "vrai" son. Même si celui des deux premières réalisations était plus que convenable en ce qui me concerne.
Perso, je ne trouve pas que CONVICTION soit aussi référencé à CATHEDRAL mais bon... Si l eMa(...)


Aujourd'hui ???
Vous êtes donc si impatient que ça les gars hé hé hé !


Je les ai vues il y a deux ans. Il y avait encore de la fraîcheur. Le style n'a pas fondamentalement changé à ce que je vois, ce thrash à l'allemande un peu kitsch.


Ah le blaireau que je suis... en effet 18€ c'était plus que donné. Merci de votre vigilance cher Humungus.
En tout cas, possible que j'y sois, affiche ultra alléchante. Et pour ceux qui veulent plus d'infos sur ce fest, rendez-vous en page agenda concerts.


Erratum cher Simony :
18 euros la place... Si seulement !
Le billet est à environ 35 euros. Ce qui est déjà peu au vu de la programmation.
J'en profite d'ailleurs pour mettre également en exergue SADISTIC INTENT et TOXIC HOLOCAUST présents eux aussi sur ce fest.


Perso j'avais plus entendu parlé du groupe depuis The Waiting Room de 2011, j'étais persuadé que le groupe avait splitté d'ailleurs. Content de voir que ce n'est pas le cas.


Excellent, merci pour le partage. Un groupe qui a su se créer sa propre identité. J'aime beaucoup ce dernier album


Je vais aller découvrir ça sans faute ! Du Doom trad ça cours pas les rues en France !


Certainement la meilleure affiche que ce fest n'ait jamais connue...


Doivent être content les gars...
Exactement ce qu'ils recherchent depuis des années :
Le mainstream...
Et donc les ventes...
Et donc la tune.


ISON pas honte !


Fut un temps où une expédition punitive plus tard largement romancée dans un bouquin aurait été menée ! Hi hi hi


"Merci de m’avoir lu"...
Merci d'avoir écrit surtout !
J'adore vraiment toutes ces histoires de tournées in situ.
Alors groupes de France et de Navarre, n'hésitez surtout pas à suivre le conseil de grinder92... ... ...


mouais... pour un groupe de black je pensais que ce genre de problémes se réglaient directement entre eux via un bon coup de surin et pas par label et avocats interposés. Tout fout l'camp ma bonne dame !


lamentable d'associer le metal à cette daube de jeu video... désolant


Les copains ! Cela fut encore bien plus folklorique que les échos que j'ai eu de vive voix.