En même temps, je pourrais comprendre. Mais vous avez la gentillesse en conclusion de tous vos laïus présentatifs de préciser que vous ne blâmez pas ce pauvre Kandinsky. Pourtant par extension et élargissement, il pourrait être à l’origine lointaine de votre passion pour la déconstruction artistique, ce qui ferait de vous ses petits enfants légitimes ou non, incapables d’entrevoir l’art autrement que sous une forme réassemblée.

Mais après tout, on construit une œuvre artistique comme on le sent, sans être obligé de commencer par la fin pour finir par le début.

Développons.

Pour les étourdis ou pour ceux que l’art du vingtième siècle laisse indifférents, ce pauvre Vassily Kandinsky était un artiste Russe né en 1866 à Moscou, et mort en 1944 à Neuilly-sur-Seine, au spectre des capacités assez large.

Principalement artiste pictural et pseudo pionnier de l’art abstrait (selon la légende, prétendument fausse, sa première œuvre daterait de 1910, soit bien avant les Picasso, Matisse et consorts), mais aussi graveur, théoricien de l’art, poète et dramaturge (le genre de mec avec qui on ne s’ennuie jamais mais qui vous fait vous sentir tout petit), il a été une source d’inspiration intarissable pour bon nombre d’autres instigateurs d’une forme d’art réfutant la logique picturale, et se retrouve donc en 2017 avec son nom sur la pochette d’un groupe Grec, visiblement très inspiré de ses travaux, mais aussi de ceux d’autres ensembles beaucoup plus proches de nous en termes de contenu et d’époque.

Les BLAME KANDINSKY nous en viennent donc d’Athènes, Grèce, pays et ville dans lesquels ils ont vu le jour en 2012 pour se livrer corps et rythme à la débauche d’un Hardcore fortement teinté du Mathcore si chers à nos estimés DILLINGER.

Tournant sans relâche depuis leurs débuts, et déjà auteurs d’un EP, Pink Noise Motel, publié il y a trois ans, le quintette (Stratos – chant, Marm et Spyros – guitares, Kostas – basse et Chris – batterie) a travaillé sa partition pour la rendre partiellement illisible, et emprunte d’un charme Noisy découlant des expériences en amont des CONVERGE, DEP, UNSANE, et autres collectifs brisant le schéma trop bien établi du Hardcore en multipliant les cassures, les breaks, la logique harmonique et la bienséance temporelle.

Avec des signatures irrégulières mais poliment progressives, les BLAME KANDINSKY nous proposent donc leurs vues sur un Mathcore raisonnable, un poil moins intense que celui de leurs homologues, mais suffisamment créatif pour retenir notre attention.

Point de chamboulement de l’ordre établi à l’horizon, mais de solides compositions, qui présentent un travail d’arythmie propre sur lui, et une somme de riffs assez impressionnante, le tout recouvert des usuels vocaux écorchés qui toutefois ont le mérite de ne pas trop en faire côté raclage de gosier. Ça joue brutal, mais sans dépasser les limites de la convenance, et finalement, ce Spotting Elegance In Chaos reste dans une moyenne de Hardcore/Math relativement modéré, mais diablement efficace pour peu que l’on ne se montre pas trop exigeant sur les prouesses d’originalité.

Non que ce premier effort en soit complètement exempt, mais en respectant de très près les lettres d’or d’un style qui depuis la fin des années 90 à pratiquement dit tout ce qu’il avait à dire, les Grecs ne prennent pas trop de risques, et finalement, signent un album un peu trop sage, qui se veut funambule à une quinzaine de mètres de hauteur, marchant sur un large câble protégé d’un gros filet aux mailles resserrées.  

  

C’est efficace, à n’en point douter, mais lorsque le chronomètre se laisse un peu aller, la redondance guette et les itérations peuvent devenir pénibles (« Where The Sun Is Silent », sorte de manifeste à l’usage des néophytes du Mathcore, avec toutes les formules récitées avec application), alors que dans les moments les plus troubles et oniriques, les grecs se montent beaucoup plus convaincants (« Goya’s Polaroid », intermède planant et limite Ambient, dévoré par des boucles vocales tournoyant dans un aria fantomatique assez flippant).

Le Mathcore, comme tout style hautement extrême, ne supportant pas la timidité, il convient d’en aborder la mise en pratique de deux façons. En accentuant ses aspects les plus maltraités et en fonçant droit devant (école Calculating Infinity), ou en le modulant de digressions étranges et fertiles au risque de le dénaturer (école Jane Doe, et d’autres)

Avec Spotting Elegance In Chaos, les BLAME KANDINSKY restent encore un peu à mi-chemin. On sent que le potentiel d’affront est là, mais toujours un peu hésitant. Alors en estimant que ce premier album n’est qu’une mise en jambes, il est potentiellement annonciateur d’une suite plus poussée, ce qui nous laisse espérer des lendemains moins timorés.

 

Ce qui ne les empêche nullement de se montrer convaincants et puissants (« Consuming Angels Breeding Demons », avec ce petit lick de guitare syncopé groovy qui relance l’intrigue, « Cowboys Are Devout », entame explosive de la trempe d’un « Sugar Coated Sour » ou « Concubine »), suffisamment décalés et dissonants pour donner envie d’aller de l’avant (« Brenda », accumulation de plans pertinents et de mélodies déviantes), classiques mais remués (« Glasgow Smile », qui se rapproche le plus d’un DEP très inspiré), et finalement concrètement violents et entêtés jusqu’à oser un beat peinard qui lâche une meute de chiens en mid tempo à vos trousses (« Beleave »).

En gros, beaucoup d’application, quelques tentatives plus soulignées, mais encore un peu trop scolaires pour pouvoir surprendre l’amateur acharné.

Mais, une production matte et rêche, une interprétation pleine d’allant, et quelques idées plus nuancées font de ce Spotting Elegance In Chaos un certain modèle d’élégance dans le chaos, qui saura séduire les amateurs de Mathcore solide et un tantinet chatouilleur.

Par contre, pas de souci de paternité de style, les BLAME KANDINSKY arrivant sur le devant de la scène un peu après tout le monde.

 A eux maintenant de prouver qu’ils sont aussi polyvalents que leur modèle patronymique, en publiant un second LP aux lignes moins tracées et à la violence plus travaillée.


Titres de l'album:

  1. Cowboys Are Devout
  2. Motivation
  3. Hope
  4. Beleave
  5. Where The Sun Is Silent
  6. Goya's Polaroid
  7. Consuming Angels Breeding Demons
  8. Brenda
  9. Years Of The Vulture
  10. Glasgow Smile

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 06/02/2017 à 14:35
70 %    425

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