Prisma

The Poodles

26/01/2018

Gain Music

Deux concepts pour le prix d’un. D’un côté, l’un des groupes suédois les plus appréciés et célébrés, THE POODLES, qui depuis la sortie de Metal Will Stand Tall il y a plus de douze ans occupe une place importante dans le cœur des fans de Hard mélodique et exotique, et qui nous avait laissés sur une excellente impression en 2015 avec son imparable Devil in the Details. Il faut quand même avouer que le gang de Stockholm n’a jamais vraiment déçu, et que depuis ses débuts il a aligné les sorties impeccables, transcendant la mélodie via l’énergie, et sublimant l’harmonie de son envie, ce qui en fait aujourd’hui l’un des groupes les plus respectés de son pays. De l’autre côté, un exercice de style légèrement biaisé, et dangereusement calibré, celui de l’album de reprises, qui en a laissé plus d’un sur le carreau. Je ne vais certainement pas recenser en ces lignes tous les artistes s’étant essayé au petit jeu de l’appropriation, ni ranger à gauche de la ligne ceux qui se sont bien ramassés, pour comptabiliser les rares à droite ayant transformé l’essai. Souvent, ce défi est plutôt une façon de relâcher la pression, et d’abandonner la composition pour s’intéresser à celles des autres, en optant soit pour un panaché de classiques bien tassés, soit pour d’obscures relectures d’obscurs morceaux que seule une frange d’initiés connaît. Quelle fut donc l’approche du quatuor (Christian "Kicken" Lundqvist - batterie, Jakob Samuel - chant, Henrik Bergqvist - guitare et Germain Leth - basse), qui avec Prisma nous propose donc sa propre version de l’histoire musicale, ou plutôt, « d’une » histoire musicale ? Un truc plutôt intéressant sur le papier, puisque la seule contrainte imposée était d’opter pour des artistes et chansons très éloignés de leurs préoccupations métallisés, et sous cet aspect-là, l’entreprise est une vraie réussite, puisque les suédois ont tapé large sans pour autant jouer la facilité. Et m’est d’avis que certaines appropriations surprendront même les plus ouverts, qui n’auraient jamais envisagé leur groupe fétiche s’essayer à l’élargissement intégral…

Qui dit album de covers, dit fatalement tracklisting, et celui de Prisma permet justement d’apprécier un prisme aux multiples reflets, effectivement assez différents de l’image usuelle des POODLES. En regardant par les facettes brillantes, on y voit quelques « presque » morceaux connus, d’autres plus incongrus, et une poignée de classiques qui méritaient en effet une relecture moins figée. Connaissant les inclinaisons des suédois à ne jamais rien faire comme tout le monde, il n’est donc pas surprenant de retrouver accrochées à leur musette des photos d’artistes comme DEPECHE MODE (dont l’œuvre globale semble être beaucoup mieux acceptée par les rockeurs d’aujourd’hui que par ceux du passé, qui n’avaient de cesse de les mépriser), SWEDISH HOUSE MAFIA (clin d’œil national oblige) ou même les FLEETWOOD MAC, mais on ressent un plus grand étonnement à les savoir proches d’Adèle, des OSMONDS, tout en admettant qu’ils ont un peu triché avec leur principe en s’accordant un instant interne, via le « Soldiers Of Fortune » de DEEP PURPLE, alors même qu’ils réfutaient toute accointance avec leur univers à la base. Mais pardonnons-leur cette allégeance à Stormbringer, puisqu’elle passe admirablement bien la rampe, comme la majeure partie du répertoire rafraîchi. Ces choix divers refusent évidemment tout intimisme, puisque même les références les plus nuancées se retrouvent transfigurées Rock entre leurs mains passionnées, transcendant même les inflexions Soul de la belle Adèle en reliftant son « Set Fire To The Rain » façon AOR à la suédoise, tout en emphase dramatique et harmonies fédératrices. Et cet album permet de donc de vérifier l’adage qui affirme qu’une bonne chanson le reste même reprise par des artistes pas vraiment délicats, puisque la plupart des presque standards appropriés ont gardé leur magie initiale, tout en restant parfois très proche de leur version originale. C’est le cas de l’imputrescible « Go Your Own Way » des MAC, qui à la sauce POODLES n’offre que peu d’inédit, à part une surcharge de production qui démultiplie la force des guitares au point de faire glisser le tube d’un ciselage californien à une tuerie scandinave. Mais s’en plaindrait-on pour autant ? Non, puisque le principe était connu à l’avance et qu’il vaut mieux l’accepter pour ce qu’il est.

Mais parfois, le quatuor du froid s’amuse beaucoup à déformer pour faire épouser aux chansons les formes qu’ils souhaitent leur faire adopter, ce qui nous donne de petites perles comme cette version très Hard-FM de « Maniac » de Michael Sembello, nous éloignant de fait des pistes de danse pour nous rapprocher des barrières d’un concert. Arpèges, riffs qui tombent comme la pluie hors-saison, performance vocale en nuance, pour une grosse différence, et surtout, la preuve qu’un hit peut revêtir bien des visages pour peu que ses repreneurs ne fassent pas une montagne du respect qu’il sont censés lui devoir. C’est le concept même de ce prisme mis en avant par le titre et la pochette (très réussie d’ailleurs), qui se concrétise par des allers retours entre Rock, Pop, et même électronique épileptique, puisque les POODLES osent l’improbable en s’acoquinant méchamment avec un alien dont le nom fera certainement chuter quelques cheveux sur le front, en la personne du blondinet des platines David Guetta. Jakob Samuel et sa bande n’ont pas hésité à se frotter à sa scie radiophonique « Love Is Gone », pour une transposition qui ne manque pas de charme, avec distorsion grasse sur beat up tempo presque disco. On découvre donc une autre facette de ce groupe, très ouvert et pas effrayé par des défis à relever, bien que ce titre ne constitue pas le haut fait d’un album qui contient des segments bien plus malins. Ainsi, le « Crazy Horse » des OSMONDS en ouverture constitue une surprise bien plus appréciée, avec son chant enflammé, son riff démultiplié, et son énergie mélodisée. L’autre changement de braquet nous permet de gravir la montagne DEPECHE MODE par son versant le moins éclairé, et « It’s No Good » de devenir un tube Industrialo-Groove monstrueux, liquoreux, au goût prononcé et à l’assombrissement tamisé. Mais vous le savez, une bonne chanson…enfin vous avez compris le principe.

Le « Call Me » de BLONDIE aurait de quoi incruster des fourmis dans les belles jambes de la craquante Debbie, transformant son Pop-Rock moroderisé à l’époque en monstrueux Boogie, tandis que le sublime « Goodbye Yellow Brick Road » de sir Elton JOHN ne pâtit pas trop d’une charge de taureau, et trouve même un surplus de groove sur ses couplets, tandis que le crescendo évoque volontiers une version Broadway d’une des plus belles chansons du maestro. Pardonnez à votre serviteur une passion pour cet artiste, et de considérer cette appropriation comme le sommet d’un album qui ne redescend qu’en de rares occasions, mais le mélange des voix, la tension dramatique en font la plus belle preuve qu’avec un peu d’intelligence et de passion, un classique peut connaître une seconde jeunesse sans être dénaturé de ses prouesses. Mais le final tout en tendresse de « Soldier Of Fortune » vaut aussi son pesant de reconnaissance, puisque les suédois ont respecté le modèle original, et lui ont même insufflé un peu de folklore local, le transformant en transhumance de l’âme. Une façon de nous saluer en toute intimité, et d’offrir à Prisma l’épilogue qu’il méritait, évoquant même le EUROPE de ces dernières années… Deux concepts pour le prix d’un, pour une franche réussite, dans un domaine qui ne supporte ni la gratuité, ni la facilité. Mais en choisissant de n’en faire qu’à leur tête, THE POODLES nous prouvent qu’ils sont aussi grands dans l’originalité que dans le pilotage guidé. Prisma ne se contentera donc pas du côté gauche de la ligne en compagnie de tous ceux s’étant lamentablement vautrés, et passe la rampe avec succès, par son audace, et ses choix diversifiés.


Titres de l'album:

  1. Crazy Horses (The Osmonds)
  2. Maniac (Michael Sembello)
  3. Love Is Gone (David Guetta)
  4. It's No Good (Depeche Mode)
  5. Don't You Worry Child (Swedish House Mafia)
  6. Goodbye Yellow Brick Road (Elton John)
  7. Call Me (Blondie)
  8. Go Your Own Way (Fleetwood Mac)
  9. Set Fire To The Rain (Adèle)
  10. Soldier Of Fortune (Deep Purple)

Site officiel


par mortne2001 le 03/02/2018 à 14:06
80 %    497

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


RBD
@92.167.29.106
03/02/2018, 15:08:36
Encore It's No Good ! In Flames vient à peine de la reprendre aussi. Je ne compte plus les reprises de Depeche Mode par des groupes de Rock ou Metal. Dans le tas du reste, y'a effectivement des noms provocateurs.

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Night Of The Masks

Simony 26/09/2020

From This Day Forward

mortne2001 10/09/2020

...And Justice For All

mortne2001 08/09/2020

Slayer + Megadeth 2011

RBD 05/09/2020

Manifest Decimation

mortne2001 31/08/2020

Opeth 2006

RBD 29/08/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Kerry King

Pas d'autre choix que d'attendre janvier pour enchainer les concerts a un rythme fou pour rattraper le retard.Attendre...Attendre.

26/09/2020, 19:13

Humungus

AH AH AH !!! !!! !!!coquerelle = Meilleur commentaire 2020 !!!

26/09/2020, 17:36

coquerelle

Ouais

26/09/2020, 09:19

metalrunner

J y perçois du vektor mais effectivement surtout du toxik de par le chant. Au moins ils ne cachent pas leurs influences. A écouter plus attentivement pour voir la digestion des dites influences.

26/09/2020, 08:50

NecroKosmos

Ah, oui, ce titre me plait carrément. Le chant est génial avec effectivement un côté REALM ou FORBIDDEN, voire HIRAX.

26/09/2020, 08:06

POMAH

Hum je te comprends 

26/09/2020, 04:18

LeMoustre

Un certain côté Toxik/Realm, pour sûr. Ca speede bien sur ce titre. Curieux de découvrir ce groupe qui m'a l'air intéressant, pas bien loin d'un Sacral Rage, tiens.

25/09/2020, 20:38

Hammer Pils

15 pesos c’est pas donné, même si je comprends qu’ils doivent remplir la gamelle à la fin du mois surtout dans leurs pays où tu n’a ni assurance santé, ni chômage.... Mais à la limite plutôt qu’un streaming qui sera vite(...)

25/09/2020, 19:08

Sphincter Desecrator

"Trois concerts en "live stream" filmés en studio"... Sauf que pour moi, s'il n'y a pas de public, ce n'est pas un concert. CQFD.Ceci dit, le contexte est particulier, et je comprends cette recherche d'un nouveau format, s(...)

25/09/2020, 18:54

Moshimosher

Perso, en ces temps difficiles, ça ne me choque pas... Maintenant, faut voir les conditions du streaming, les difficultés du groupe et des individus qui le composent, et l'impact que ça peut avoir sur tout ce qui n'est pas ce streaming mais se rapporte au groupe... (...)

25/09/2020, 18:27

Kairos

@satantu te trompe je pense, c’est bien les bonnes prestations de cradle qui se compte sur les doigts d’une main. je ne les ai vu que 2 fois sur scene mais je confirme que cradle en live, c’est problématique.Cradle a été conspué pend(...)

25/09/2020, 17:44

Oliv

oui c’est   plus un soutien au groupe qu’autre chose car des lives d’Obituary , t’en a un paquet sur YouTube 

25/09/2020, 17:29

Buck Dancer

Oui, bien cool !! 

25/09/2020, 16:29

Jus de cadavre

Pareil je trouve ça trop cher. Mais attention ce sont des ricains donc :- business is business (oui même pour du Death Metal)- aux États-Unis tu taf pas, t'a pas de revenu c'est pas comme chez nous... (pas de statuts d'intermintents là-bas) (...)

25/09/2020, 16:27

Simony

Merci Wolf88, bien vu !

25/09/2020, 15:58

Simony

L'objectif est d'en faire une mensuellement, donc oui ça devrait revenir.Merci et content que ça vous plaise.

25/09/2020, 15:48

Wolf88

Bonjour,Ce n'est pas Finlande mais à DanemarkBandcamp: https://septage.bandcamp.com/releasesFacebook: https://www.facebook(...)

25/09/2020, 15:26

Buck Dancer

Je ne payerais pas non plus pour ça, mais je suis curieux du troisième concert. 

25/09/2020, 15:08

Jefflonger

Très  belle chro, album varié et pourtant direct dans le pif

25/09/2020, 15:02

Kairos

Moi j’ai backé parceque les mag à kro, news et interviews n’ont plus vraiment beaucoup d'interêt a l’heure du net

25/09/2020, 14:10