Fêter le retour du Messie, c’est de circonstance en cette période de fêtes de la nativité. La crèche, tout le tintouin, les boules, le sapin, les cadeaux, le foie gras…

Après, lorsque le Messie est du genre génie maudit bruitiste n’ayant aucun rapport avec Joseph, Marie, les rois mages et Bethlehem, la question de la pertinence se pose. Et puis son retour est-il synonyme de temps meilleurs, de joie, de bonheur et de plénitude entre les hommes ?

Pas sûr, vraiment pas sûr.

Dans cette mini sous production extrême qu’est le déversement underground de bruitisme outrancier, le rôle tenu par Mories, aka Maurice de Jong est d’importance. Un simple coup d’œil à sa production pléthorique depuis 2005 permet de comprendre à quel point l’homme est au moins aussi hyperactif que Devin Townsend, tout en incarnant son pendant/penchant assourdissant et psychopathe, ne s’intéressant qu’aux aspects les plus noirs et dérangeants de la musique moderne.

Et au jugé de la moyenne de ses parutions, 2016 fut une année stable, avec un seul EP et un split avec les ACTUARY, mais aussi ce LP dont nous allons parler, qui fait suite à celui de l’année dernière, Abyss Of Longing Throats, qui respectait comme d’habitude une certaine ligne de conduite exempte de toute complaisance.

Mories, en l’état, c’est un peu l’électron libre de la scène extrême underground Européenne. Le mec qui bricole dans son coin, qu’on appelle pour pousser quelques cris ou bidouiller deux ou trois arrangements, et qui offre volontiers ses services.

Mais il n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il travaille pour lui, ce que démontre sans ambages ce dixième longue durée qu’il convient donc de célébrer comme un anniversaire.

Anniversaire un peu bizarre, organisé sans une cave, et avec quelques convives détraqués triés sur le volet…Mais un anniversaire quand même, dont Hymns For The Broken, Swollen And Silent est la bande son remplie de non abnégation totale, et qui une fois de plus, va faire appel à vos sens les plus primaux et à votre ouverture d’esprit tordu la plus totale.

Car on n’aborde pas un album de GNAW THEIR TONGUES comme du tout-venant extrême. L’homme travaille ses sons, ses ambiances, les place avec intelligence et patience, pour accoucher de symphonies de l’absurde que seuls les habitués du Dark Ambient et du Post Noise savent apprécier à leur juste valeur.

La symphonie 2016 est justement une collection d’hymnes, adressés et chantés à la gloire de tous les flingués de la terre qui n’appréhendent la musique que comme un moyen d’expression et un art de la déconstruction. Et sous cet aspect-là, le même que d’habitude, Mories ne déçoit pas. Il a une fois de plus signé une longue litanie de torture disharmonique qui s’intègre parfaitement au reste de son œuvre, en laissant libre court à son imagination hérité de Dante Alighieri, en nous ouvrant les portes de son purgatoire personnel. Mais qu’à cela ne tienne, il semblerait que ce dixième album fasse place à une certaine empathie de ton, et se place parmi ses travaux les plus « abordables ». Toutes proportions gardées évidemment…

Alors dans les faits, huit titres pour quarante minutes de bruits imbriqués les uns dans les autres pour former une sorte de mobile à la rotation instable, et qu’il est impossible de décrire en termes précis, individuellement s’entend. Car chaque chapitre de l’histoire de GNAW THEIR TONGUES s’aborde globalement, puisque pensé comme tel.

Alors on retrouve ces strates de sons qui se superposent, se mélangent, toujours abordés d’un point de vue extrême et irritant. Une agression continue des sens, avec pour l’occasion, une indéniable grandiloquence qui s’approche parfois d’une forme d’harmonie tangible (« Silent Burned Atrocities »), et qui nous ramène aux IN SLAUGHTER NATIVES et toute la clique des chantres d’un Dark Ambient à tendance industrielle. Et au fur et à mesure que l’album avance ses pions, on se surprend à « comprendre » la démarche de l’auteur, qui nous emmène quelque part, sans que l’on sache vraiment où.

Mais loin d’une simple provocation inaudible, Hymns For The Broken, Swollen And Silent semble répondre à un cheminement logique, qui ne refuse pas de se laisser amadouer par quelques structures un peu plus cohérentes que la moyenne. Sa propre moyenne évidemment…

Une fois de plus, Maurice a endossé toutes les responsabilités, a composé cet album en trois ans, l’a patiemment assemblé, produit, a invité des amis (Hekte Zaren sur « Our Mouths Ridden With Worms »), et a peut-être pensé que depuis qu’il se produit live, une certaine homogénéité était de mise, ainsi qu’une approche plus coulée de sa claustrophobie intense.

Ce qui fait ce de tome X de ses aventures un de ses disques les plus accessibles, ou plus ou moins selon votre sensibilité/endurance, que l’on peut écouter en premier avant d’aller plus en profondeur dans sa psyché torturée.

Il est certain qu’au vu de ses expériences passées, ces hymnes font partie des plus lumineux, si vous me pardonnez cette expression un peu osée dans son cas.

On y trouve même une de ses fulgurances créatives les plus remarquables dans la clôture « Our Mouths Ridden With Worms », qui tente un lyrisme sombre parfaitement délicieux, malgré des itérations Indus étouffantes, comme quoi, tout est possible.

Mais encore une fois, parler de GNAW THEIR TONGUES et tenter de vous expliquer pourquoi ce projet est d’une certaine façon indispensable est une entreprise vouée à l’échec dès le départ.

Hymns For The Broken, Swollen And Silent s’adressera comme d’habitude à la cohorte de suiveurs de Mories, dont je fais partie, et les autres continueront de l’ignorer, à tort ou à raison, et peu importe.

 Mais le bruit, sous toutes ses formes à des vertus cathartiques. Pour ses manipulateurs, et pour ses admirateurs.


Titres de l'album:

  1. Hold High The Banners Of Truth Among The Swollen Dead
  2. The Speared Promises
  3. Frail As The Stalking Lions
  4. Your Kingdom Shrouded In Blood
  5. Silent Burned Atrocities
  6. Hymn For The Broken, Swollen And Silent
  7. I Have Clad The Pillar In The Flayed Skins
  8. Our Mouths Ridden With Worms

Site officiel


par mortne2001 le 06/01/2017 à 17:49
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