D’ordinaire, lorsque j’entends parler de Technical Death Metal, je prends mes jambes à mon cou pour me réfugier sous mon lit, les oreilles calées sur un bon vieux JOURNEY. Oui, je l’avoue, le style me barbe comme celle de Corbier chatouillait le nez de Dorothée, mais n’étant pas obtus de nature, je sais parfois faire fi de mes préjugés pour laisser les groupes tenter de me convaincre sans avoir à s’obstiner. Mais entre les démonstrations gratuites ne faisant que recycler les plans du DEATH d’Individual Thought Patterns et refourguer les numéros de concassage du MESHUGGAH de Chaosphere, le cahier des charges est noirci depuis bien longtemps…Un peu de nouveauté ne faisant de mal à personne, il convient parfois d’oublier ses principes histoire de découvrir des groupes osant aller plus loin que le décryptage de partitions de solfège complexes, j’ai choisi ce matin de me focaliser sur le cas récent des danois de XENOBLIGHT, qui avec leur premier album proposent un crossover assez fascinant, loin des turpitudes egocentriques d’instrumentistes plus concernés par leur CV que par le plaisir qu’il sont censé procurer. Pas vraiment Techno-Death dans la forme, mais résolument armé et affuté dans le fond, le quintette danois (Marika Hyldmar - chant, Rasmus Tobias Clemmensen & Mikkel Jepsen - guitares, Steffen Hagelskjær - basse et Thomas Halborg Madsen - batterie) se propose donc de nous narrer ses vues sur un melting-pot d’influences, couvrant un large spectre d’agression, qu’ils se plaisent à baliser sur leur page Facebook de quelques noms fameux en décoration. Ils abordent donc l’importance de combos comme BLOODBATH, BEHEMOTH, CATTLE DECAPITATION, DEATH, DESTROYER 666, FLESHGOD APOCALYPSE, GOJIRA, HAVOK, KREATOR, NEVERMORE, OPETH, RINGS OF SATURN, ou SEPTICFLESH, et force est d’admettre que sous cette énumération d’apparence gratuite, se cache la clé de leur imagination, bien tapie sous des couches de magma sonore en explosion.

D’ailleurs, loin des querelles de clocher, les originaires de Silkeborg préfèrent parler d’un générique Extreme Metal pour calibrer leur optique, terme évasif leur collant à la peau comme les tempi impairs aux baguettes de Tomas Haake. N’attendez pas pour autant de ces pourfendeurs de modération une quelconque affiliation avec les mathématiciens suédois, puisque sur Procreation, l’ambiance se veut plus proche d’équations Thrash reformulées avec des inconnues Death, que d’une énième démonstration de théorie absconse, résolue à grands coups de couplets qui n’en sont pas et de soli Jazz perdus dans un espace-temps indéfini. On sent que si le DEATH le plus pointu a énormément compté pour eux, tout comme l’ATHEIST le plus tordu, les ombres de KREATOR, d’AT THE GATES, de SOILWORK et de BEHEMOTH planent bas au-dessus du ciel de leur constellation, et si leur niveau instrumental est lui aussi au-dessus de tout soupçon, il n’en devient pas pour autant une excuse à l’absence d’inspiration. Tout n’est pas parfait, ni pertinent, mais la plupart du temps, ce quintette venu du froid et du pays de KING DIAMOND sait faire parler la poudre, et provoquer des détonations assez soufflantes. Chaque secteur de jeu est évidemment imperfectible, et tout le monde se reconnaîtra dans ces impulsions techniques assez bluffantes de dextérité, dextérité que le combo met admirablement bien en avant sur des instrumentaux du calibre de « Xenoblight », de son riff redondant et de son ambiance plus compacte qu’expérimentale. Mais avec deux guitaristes aussi complémentaires que téméraires, une section rythmique de caoutchouc et de fer, et un chanteur versatile au timbre subtilement écorché, l’équipée reste sauvage, et nous garantit suffisamment de sensations fortes pour s’imposer.

Tout ceci sonne parfois comme une collision provoquée entre les électrons DEATH, BEHEMOTH, AT THE GATES et VEKTOR (« Nocturnal Manifestations »), et si ces références reviennent aussi souvent dans le discours musical, c’est qu’elles constituent un solide canevas sur lequel les XENOBLIGHT peuvent tisser des motifs personnels plus agencés. Et si tous les arguments sont avancés, ou presque, sur la tonitruante entame « Descension », via des sextolets cramés et une multiplication des breaks comme Jésus multipliait les pains dans la gueule, le reste ne l’est pas justement, et offre quelques pistes intéressantes à suivre, à la jonction d’un Death vraiment pointu et d’un Thrash bourru. Difficile d’ailleurs de situer la tendance, puisque les cinq musiciens se font un malin plaisir de brouiller les pistes en agrémentant leurs structures de quelques accroches moins calibrées, dont cette intro percussive et grondante sur l’implacable « Shapeshifter ». Le ciel se noircit soudain, sans pour autant invoquer les Dieux BM anciens, mais les accointances entre les danois et leurs voisins norvégiens se font soudainement plus claires. Alors, convergence des flux Death, Thrash et Black ce Procreation? Plus ou moins, mais la belle énergie Thrash développée nous entraine plus volontiers sur les sentiers de la vague du renouveau métallique du début du vingt-et-unième siècle, par ce refus des étiquettes et des cloisonnements trop étroits. D’ailleurs, l’absence de franchise de certains riffs aux échos psychédéliques nous ramène à l’époque du VOÏVOD le plus décisif (« Obsidian Chromatism », qu’on aurait pu écouter pendant la période Eric Forrest du groupe canadien), tandis que les segments les plus développés s’acharnent à brouiller l’écoute pour nous perdre sur les sentiers de l’ouverture fusionnelle (« Nocturnal Manifestations », aussi fondamentalement Metal que méchamment létal). En résulte donc une impression mitigée, mais pas péjorative pour autant, puisque la technique n’est jamais privilégiée au détriment de l’efficacité. Ainsi, lorsque le tempo se calme et se cale, la puissance dévale (« Transcendance », le genre de truc que BEHEMOTH aurait pu nous pondre dans un accès de réalisme), et les riffs deviennent plus mémorisables, sans pour autant calmer les ardeurs d’un chant aux limites du Black.

Et entre quelques conseils éclair (« Kill Yourself », oui, mais non), des digressions à cheval entre les époques pour une énorme secousse mastoc (« Predominance », le plus DEATH mais pas que du lot), et une conclusion en demi-teinte qui ouvre des possibilités infinies (« Virus », direct mais progressif, le meilleur des deux mondes), ce premier album se pose là en tant que déclaration d’intention, et laisse présager d’un avenir assez futuriste et chaotique. Petit bémol, une absence quasi-totale de basse, instrument à l’importance indéniable dans ce genre d’agencement, et quelques systématismes qui restent encore un peu trop flagrants. Mais lorsque l’intensité monte d’un cran, et que les XENOBLIGHT osent le Progressif violent comme une apocalypse programmée, nous atteignons des sommets, qui attestent des qualités de musiciens que rien ne semble pouvoir arrêter.

Gardons l’esprit ouvert, et n’ayons l’air de rien. Procreation ne bousculera peut-être pas l’ordre des choses établi dans le petit landerneau du Death technique, mais il y met un sacré coup de guitare dans la fourmilière. Espérons que tout ça fasse avancer les choses.


Titres de l'album:

  1. Procreation
  2. Descension
  3. Shapeshifter
  4. Obsidian Chromatism
  5. Xenoblight
  6. Nocturnal Manifestations
  7. Transcendence
  8. Kill Yourself.
  9. Predominance
  10. Virus

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 19/02/2018 à 14:09
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