De retour en terres mélodiques, quelle ne fut pas ma surprise de constater que nos amis hollandais de TERRA NOVA proposaient leur septième album studio, couronnant de son septième sceau une carrière vénérable, ponctuée de hiatus et silences forcés que les fans ont toujours eu du mal à accepter. A l’attention des néophytes, sachez que ce groupe n’est pas né de la dernière pluie harmonique, puisque son existence remonte aux années 90, et qu’il a déjà publié un nombre conséquent d’œuvres sinon impérissables, tout du moins historiques dans un contexte européen, spécialement néerlandais. Car TERRA NOVA, c’est un peu l’épitomé de l’AOR made in Europe, et surtout, un art consommé pour synthétiser l’esprit typiquement eighties hédoniste tout en le transposant dans un langage concret contemporain. Un art qui se concentre sur des morceaux simples, à l’inspiration plurielle acceptant le boogie comme déviance Rock inévitable, et imposant le Hard-Rock comme énergie indivisible au sein d’un contexte presque Pop parfois. Soit la quintessence de ce que les spécialistes musicaux désignent sous le terme un peu putassier d’AOR, et qui représente peu ou prou toutes les formes de Rock abordable que le grand public ne peut ranger dans une autre petite case. Des musiciens aguerris donc, qui depuis plus de vingt ans poursuivent leur chemin, les menant de leur Hollande natale jusqu’au Japon, pays qui les honore depuis leur émergence et qui distribue leurs albums avec une gourmandise goulue. Après trois albums publiés sur un label national et distribués du côté du soleil levant par le label historique Victor, les TERRA NOVA connurent donc une période de désillusion, causée par l’incapacité de leur maison de disque à promouvoir avec efficacité leur travail, ce qui mena ces instrumentistes sur la triste voie du split, jusqu’à ce que ce bon vieux Serafino de Frontiers ne leur offre un deal à la hauteur de leur talent. Dès lors, l’histoire pouvait reprendre son cours, et les originaires des Pays-Bas purent reprendre leur travail là où ils l’avaient arrêté, continuant de nous enchanter avec des œuvres colorées de la trempe de Escape, le LP du comeback, Come Alive en 2010 ou Reinvent Yourself en 2015. 

Et c’est dopés à la motivation qu’ils nous en reviennent donc en cette fin 2018, avec un septième longue-durée sous le bras, conjointement distribué en Europe par MelodicRock Records et King Records au Japon. C’est cette version nippone qui nous intéresse aujourd’hui, et la précision est loin d’être anecdotique, puisque l’album se voit complètement chamboulé entre ses deux incarnations, le tracklisting proposant un running order réorganisé, et les morceaux bonus étant très intelligemment séparés. On sait que les japonais aiment bien se la jouer à part et se voir offrir des cadeaux personnels, mais il est assez rare que l’ordre des chansons se voit bousculé entre deux distributions, ce qui ne vous empêchera guère d’apprécier ce Raise Your Voice qui en effet fait entendre la sienne bien au-delà des frontières. Mais il semblerait que nos amis japonais aient préféré mettre en avant le côté le plus AOR mordant de TERRA NOVA, puisque leur version débute par le musclé mais mélodique « Raise Your Voice » en lieu et place de l’européen « Breathe In Breathe Out », plus malléable et souple, histoire d’attirer dans leurs filets les fans les plus endurcis d’un Hard-Rock adouci. Mais le résultat est le même, puisque de toutes façons les douze morceaux de ce septième album sont autant de perles à enfiler autour du collier du Rock west-coast subtilement renforcé de guitares acérées et de rythmiques appuyées. On constate que malgré les années qui passent les hollandais n’ont rien perdu de leur acuité harmonique et de leurs capacités synthétiques, puisque Raise Your Voice n’est rien de moins qu’un superbe résumé de toutes les tendances AOR/FM des vingt dernières années, ce qui nous pousse à comprendre que le parcours de ce quatuor (Fred Hendrix - chant, Ron Hendrix - clavier, Gesuino Derosas - guitare et Lars Beuving - Batterie) s’est en permanence adapté à son environnement, transformant un simple groupe en métonymie globale, ce que des hits de la trempe de « Rain » ou « Be Who You Are » nous font comprendre de leurs riffs aiguisés et de leurs harmonies ciselées. Rien de neuf, rien qui ne bouscule l’ordre établi, mais une solide dose d’énergie et de mélodie, pour un passage en revue de toutes les possibilités de styles qui se complètent et se confondent pour mieux se retrouver autour d’un refrain imparable qui aurait fait craquer les charts américains il y a quelques décennies.

Et si la cohérence est de mise par rapport au contexte global, elle l’est aussi eut égard à la carrière même du groupe. On retrouve tous les ingrédients que les deux derniers LP ont proposés, arrangés à une sauce différente pour pouvoir offrir un peu d’inédit. Et si l’AOR tient encore une fois la place d’honneur à la table de la qualité, le quatuor n’hésite pas à proposer des digressions un tant soit peu plus agressives et tirant sur le Hard Rock bluesy dont les règles furent instaurés par le géant LED ZEP (« Rock N Roll Hero », qui se plaît à mixer les seventies et les eighties avec la grâce d’un HAREM SCAREM qui accepterait le côté contemporain des GRETA VAN FLEET), ou au contraire d’endosser le costume brillant d’un samedi soir dansant pour accoucher d’une Pop Musclée que les HAYWIRE avaient vulgarisée en leur temps (« Breathe In Breathe Out »). De la diversité donc dans l’homogénéité, et une acceptation des libertés prises avec les styles, pour parfois assumer le synthétisme d’un Rock sudiste traduit dans un idiome purement Pop (« Trouble », l’un des plus gros hits de l’album que la belle Alannah Myles aurait pu reprendre à son compte dans les années 90). Mais ce qui évite le naufrage sur les rivages de la mélasse la plus gluante, ce sont ces guitares, qui même dans les moments les plus apaisés tiennent quand même à s’imposer, que ce soit via quelques licks déliés ou quelques riffs bien troussés, acceptant parfois le jeu de la Synth-Pop la moins putassière (« Don’t You Walk Away », plus west-coast qu’un solo de Steve Lukather), pour mieux taper dans le ternaire et s’endiabler d’un tempo méchamment chaloupé (« Blue Light », ou comment se transformer en bar-band sans renier ses velléités mélodiques prononcées). Et dans le détail comme sur le plan global, Raise Your Voice a encore des allures de best-of, puisque chaque morceau propose sa propre identité, s’enfumant d’asphalte qui fond sous la chaleur de pneus qui crissent Rock et glissent Roll (« Better Days »).

De temps à autres, le groupe sait tamiser l’énergie pour allumer la lampe de chevet du désir et de l’envie, et signe des ballades quelque peu lacrymales, mais à la sincérité dont personne ne peut douter (« Am I The Man », piano en avant, ambiance Richard Marx/WHITESNAKE, ou le bonus-track « The Other Side », un peu STRYPER sur les bords mais surtout STYX ou REO SPEEDWAGON dans le fond), mais ces moments de tendresse ne sont que des pauses romantiques dans une histoire d’amour purement Rock, et ce septième album, quoique trop récent pour être désigné comme d‘un des meilleurs, prouve que les TERRA NOVA restent des valeurs sûres de la scène Melodic Rock actuelle, et une institution qui mérite toute l’attention et les louanges que vous pourrez lui adresser.


Titres de l’album :

                        1.Raise Your Voice

                        2.Rain

                        3.Be Who You Are

                        4.Rock N Roll Hero

                        5.Breathe In Breathe Out

                        6.Trouble

                        7.Don’t You Walk Away

                        8.Am I The Man

                        9.Blue Light

                       10.Better Days

                       11.Storm Coming                       

                       12.The Other Side

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par mortne2001 le 28/01/2019 à 15:56
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