Pour un groupe d’un tel calibre et d’une telle précipitation musicale, on ne peut pas dire que les LENG TCH’E soient vraiment pressés de donner une suite à leurs aventures. Au début, un an de décalage entre deux sorties, puis deux, puis trois, et puis…sept entre le très remarqué et écouté Hypomanic et ce petit dernier, qui ose enfin se parer du nom même de leur style un peu bâtard. Razorgrind donc, pour définir avec tout l’humour qui les caractérise ce mélange entre Death, Grind, Sludge et…Stoner ? Moi, je ne suis pas contre à la base, mais de là à trouver des effluves de Rock gras dans leur musique…Vous y croyez vraiment les mecs, surtout avec des influences comme NASUM, MORBID ANGEL ou NAPALM ? Pour vous faire plaisir, je veux bien rentrer dans le jeu bruitiste, mais il ne faudrait pas déconner non plus…

Toujours hébergés par les inconscients de Season of Mist, nos belges préférés reviennent donc nous en raconter quatorze bonnes sur fond de chaos instrumental toujours aussi bien géré et agencé, sans pour autant perdre en folie ce qu’ils gagnent en professionnalisme au cours des années. Mais la réponse à la question que vous vous posez sans oser la poser est ferme et définitive. Oui, les LENG TCH’E sont toujours les mêmes, non, ils n’ont pas changé, ils sont toujours ceux qui aiment vous torturer, et pas forcément au son de guitares espagnoles qui sonnent le coucher de soleil sur la ville…

Ce qu’on aime chez eux et qu’on a toujours aimé, c’est cette précision dans la folie, et cette légèreté dans la gravité. Ces riffs qui taillent dans le gras, ces voix qui se dédoublent dans une schizophrénie cannibale, ces putain d’accélérations qu’on ne voit pas venir de loin, et cette variété de ton dans l’obstination de direction. Tout en gardant une optique cohérente et explosive, les belges casent un maximum d’idées, de plans et de riffs, nous donnant un sentiment d’instabilité destiné à nous leurrer, puisque nous, fans, savons très bien où ils veulent en venir. Et Razorgrind ne fait exception à aucune règle. Son titre est franc, et sa musique ne l’est pas moins, et il est inutile d’en attendre autre chose que ce que Hypomanic proposait, sauf que depuis, le son s’est encore épaissi et clarifié, et dame le pion à tous les copains qui s’affalent dans des productions aseptisées et trop triggées ou des trucs à peine dignes d’un amateurisme même pas éclairé. Alors grosse dose de Death/Grind à tendance frappe chirurgicale, ou déviation soudaine pour opus en massacre majeur ?

Les deux mes chers amis, et de fait, et même après une telle absence, les belges n’ont rien perdu de leur acuité ni de leur sadisme, et signent l’un de leurs opus les plus complets et représentatifs de leur approche non conventionnelle, apte à faire passer les BRUTAL TRUTH pour de vilains obsédés des blasts. Tiens, un truc aussi groovy qu’écrasant tel « The Red Pill », à part NAPALM DEATH, qui serait capable de le composer ? Eux, tiens. Tu te posais encore cette foutue question ? Puisqu’on te dit qu’ils sont les meilleurs…

Sept ans, c’est long, et parfois, ça aide à oublier, quand on le veut bien. Mais les LENG TCH’E ne s’oublient pas comme l’amant d’un soir, même s’ils ne nous ramonent le conduit qu’à intervalles très irréguliers. Avec ce sixième LP, Serge (chant), Jan (guitare), Nicolas (basse) et Olivier (batterie) remettent les pendules à l’heure et pilonnent dans la bonne humeur, nous réservant un bon gros lot de peluches Death’n’Grind à éventrer dans la joie et la félicité, pour y découvrir des cadeaux sous forme de petites idées pratiques et ludiques. Alors, comme en plus on est un peu fourbe du côté de Ghent, on place en première partie les machins les plus instinctifs et épidermiques, des trucs construits sur un déluge de blasts qui s’écroulent en Beatdown, avant de repartir de plus Death pour nous bousiller les oreilles. Et ça fonctionne une fois encore, parce que c’est frais, sincère, et surtout, joué avec une minutie sans faille. Alors de « Gundog Allegiance » à « Cibus », en passant par le très crusty « Indomitable », on joue vite, carré, fou, et on emporte l’adhésion, une fois encore, sans avoir à forcer le talent. Mais après tout, lorsqu’on est capable d’être bourrin, agressif, entraînant et malin, on est fatalement aimé du plus grand nombre des tarés qui ne suivent les premiers créatifs venus.

On change un peu l’ordre des choses, et on en tente certaines, qui osent la longueur et la « progression », à l’image de ce « Spore », qui vous jette la tronche la première dans les champignons pour vous offrir une réalité parallèle. Une réalité dans laquelle les belges et les anglais sont frères, pour faire sa fête au Crust/Hardcore le plus teigneux et le moins révérencieux. Olivier se prend pour une boîte à rythme de l’enfer, Jan multiplie les motifs sans en avoir l’air, et Serge hurle et vitupère. Combinaison fatale ? Non, Razorgrind qu’on vous dit. Un style qui allie la puissance du Death, la vitesse du Grind, et l’accroche du Hardcore/Stoner dans un même élan de colère.

Mais ces mecs-là ne sont pas forcément en colère. Juste pressés d’en finir, mais en précisant pourquoi. Et ça, c’est unique en son genre.    

    

Ils se prennent même parfois pour les rois Heavy d’un Zanzibar de fourbi (« Stentor Of Doom », effectivement salement lourd, mais toujours excité par les patterns d’Olivier qui même en version écrasante ne parvient pas à se calmer), admettent quelques vices bien cachés (« Redundant », oui mais en répétant ce genre d’idée bien formulée ça passe comme une bonne tétée Death au lait maternel périmé), prennent des positions Core qu’ils tiennent au corps (« I Am The Vulture », ce qui se rapproche le plus d’un gros Heavy Death soudainement agacé de sa propre mesure étriquée), énumèrent des processus inévitables dans un déluge de grognements fatals (« Species. Path. Extinction », ce qui nous attend tous), reconnaissent en avoir trop sur le foie et risquer l’overdose jusqu’au trépas (« Cirrhosis », un genre de cult-classic instantané qui ne colle pas au palais), et se finissent dans le même genre de litanie interminable et traumatique que celles usitées par les NAPALM ou les BRUTAL, en étirant les six minutes d’un Death Indus plus raide qu’on bâtonnet Findus (« Magellanic Shrine », compressé, pesant, oppressé, et mélodique quand même).

Bon, le résumé, je vous le laisse, moi j’ai bien travaillé, j’ai tout isolé, à vous de refaire le chemin en arrière, sans ne rien avoir à deviner.

Et oui, les vilains qui descendent tout et tout le monde de bon matin vous hurleront à la gueule que sept ans pour pondre ça, c’est sans doute abuser. Certes, on retrouve les LENG TCH’E dans plus ou moins le même état que sur Hypomanic, mais pas vraiment non plus.

C’est symptomatique je vous dis. Et puis, c’est aussi une acceptation d’un style qu’on aime plus que de raison.


Titres de l'album:

  1. Gundog Allegiance
  2. Indomitable
  3. Cibus
  4. Spore
  5. AnarChristic
  6. Stentor of Doom
  7. Redundant
  8. Commitment Fail
  9. The Red Pill
  10. Species. Path. Extinction.
  11. Guinea Swine
  12. Cirrhosis
  13. I Am The Vulture
  14. Magellanic Shrine

Site officiel


par mortne2001 le 08/09/2017 à 17:49
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