Carnival Of Killers

Macabre

13/11/2020

Nuclear Blast

Je viens de réaliser, totalement hagard, que le line-up de MACABRE n’a pas changé depuis ses débuts en 1985. Ce que tout le monde a considéré comme une bonne blague dans les années 80 s’est en fait avéré l’un des groupes les plus stables du monde, et ce malgré un concept condamné à se répéter dès le départ. Et c’est donc avec un plaisir mêlé de surprise que nous retrouvons une fois encore les trois psychopathes que sont et ont toujours été Nefarious (Charles Lescewicz - basse/chant), Corporate Death (Lance Lencioni - guitare/chant), et Dennis The Menace (Dennis Ritchie - batterie), pour leur premier album en neuf ans. Nous étions en effet sans nouvelles du trio depuis le plutôt moyennement joyeux Grim Scary Tales publié en 2011, et c’est cette fois-ci Nuclear Blast qui s’est occupé du destin de ce sale bambin. Pour beaucoup, MACABRE est une vilaine farce qui dure depuis trop longtemps, à l’image de trois tarés restant accrochés à leur vidéoclub de province tout poussiéreux, lâchant toujours les mêmes calembours à base de serial killers. Pour une poignée d’autres, c’est un concept culte, une épiphanie d’humour, une fontaine de jouvence mortelle qui depuis Grim Reality en 1987 vient nous rajeunir la face et les fesses à grands coups d’histoires horribles de tueurs bien réels. Pour moi, MACABRE se situe un peu entre les deux, et si j’ai apprécié en leur temps des albums comme Murder Metal ou Dahmer, je ne m’en suis pas pour autant relevé la nuit pour aiguiser mes couteaux. A l’image des boogeymen dans les slashers, les MACABRE sont increvables, mais ont parfois besoin de recharger leurs batteries pour revenir encore plus décidés et tarés.

Et il est cocasse de constater que le trio se manifeste alors que le spécialiste mondial des serial killers Stéphane Bourgoin a avoué sa supercherie qui a duré pendant des décennies, faisant par là même du trio le groupuscule de spécialistes en la question le plus incontestable. Et avec sa pochette à la « où qu’il est Charlie ??? », Carnival Of Killers nous propose donc un après-midi à la foire, une foire dans laquelle se dissimulent évidemment les pires flingués de l’histoire macabre mondiale, puisque les trois lascars n’ont toujours pas renoncé à consacrer leur œuvre à des figures paternelles comme Dahmer, Lucas, Gacy ou Fritz Haarmann. D’ailleurs, ce troisième hommage au boucher allemand permet aux américains de se fendre d’une composition pour le moins folklorique, « Warte, Warte », chantée évidemment dans la langue de Goethe, et qui rapproche encore plus le trio des imparables AOK, leurs cousins allemands qui n’étaient pas non plus les derniers à verser dans la galéjade du Schlager. Au-delà de toutes ces comparaisons et images plus ou moins pertinentes, que dire à propos de ce sixième longue durée des originaires de l’Illinois qui n’ait déjà été dit à propos de leur cinq albums précédents ? Qu’il a une fois encore été enregistré par Tomek Spirala du StudioH34, qu’il compile toutes les astuces les plus éprouvées de ces trois malades de Thrash et de Death, et qu’il ne fera aucunement tâche dans leur discographie. On retrouve tout ce qu’on a toujours aimé et détesté à propos de ce groupe, les morceaux Thrash furieux qui donnent le vertige, les intermèdes rigolos qui ne le sont pas pour tout le monde, ces textes focalisés sur les épisodes les plus tragiques de la vie de pauvres parias incompris par la société, ces soli bricolés avec un manuel signé Kerry King en 1985, cette dualité vocale schizophrénique qui hystérise encore plus les titres les plus furieux, et cette tendance à la complaisance qui fait croire qu’un concept amusant est à même de cacher une pauvreté musicale flagrante.

Alors, en évitant de jouer les vieux grincheux, autant dire qu’écouter Carnival Of Killers revient plus ou moins à retrouver à cinquante ans de vieux potes de lycée qui se marrent toujours des mêmes blagues et qui radotent les mêmes anecdotes. Parfois, ça passe et le moment est drôle, parfois ça constipe et on regarde son smartphone toutes les deux minutes. Mais comme MACABRE ne se manifeste pas non plus aussi souvent que l’ami Ricoré, on supporte assez bien l’écoute de ce nouvel album, qui une fois encore juxtapose les tranches de barbaque crues et Death/Thrash, et les petites historiettes dispensables, mais qui donnent le sourire. A l’image de la fête foraine que cette superbe pochette signée par Corporate Death et l’artiste Laz Gein, Carnival Of Killers alterne les ambiances et solde la barbe à papa, ce qui donne parfois de grands écarts entre la gaudriole de « The Wheels On The Bug » et le malsain oppressant et Heavy de « Corpse Violator ». Mais le bonheur de retrouver H.H.Holmes, Gacy, Bundy, Speck, Ramirez et tous les copains de la chambre à gaz ou la corde à nœud est parfois palpable, spécialement lorsque le groupe retrouve l’énergie de sa jeunesse et adresse quelques clins d’œil au passé glorieux de Grim Reality ou Gloom («Your Window Is Open »).

Sans jouer les ronchons, ce qui nous apparaissait dans les années 80 comme un gros Luna Park plein de lumières et d’attractions à sensations ressemble désormais à une fête foraine de campagne, avec ses manèges gentillets et ses peluches de tueurs en série qui ont méchamment pris la poussière. Il est quand même difficile de s’enthousiasmer à l’écoute d’un « Joe Ball Was His Name » quand on a encaissé jeune « Mr. Albert Fish (Was Children Your Favorite Dish?) », même si MACABRE arrive toujours plus ou moins à monter dans les tours quand il le souhaite (« Tea Cakes », « Now It’s Time To Pay »). Mais bon, après tout, puisqu’ils ne viennent nous rendre visite que tous les dix ans dans notre bled, autant les accueillir avec le sourire, mais l’aspect de plus en plus foutraque de cette frairie du dimanche donne plus envie de rester chez soi pour regarder Mindhunters que de s’acheter un ticket pour une grande roue un peu rouillée.  

                                                                                                              

Titres de l’album:

01. Intro

02. Your Window Is Open

03. Joe Ball Was His Name

04. Sticky

05. Abduction

06. Tea Cakes

07. Them Dry Bones

08. Richard Speck Grew Big Breasts

09. Slaughter House

10. Breaking Point

11. The Lake Of Fire

12. Warte, Warte

13. Now It’s Time To Pay

14. The Wheels On The Bug

15. Corpse Violator

16. The Murder Mack


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par mortne2001 le 04/01/2021 à 14:49
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