Certains albums sont faits pour rester dans l’ombre. Les audiophiles et passionnés connaissent bien le problème. Après un pressage d’origine en vinyle, et une éventuelle édition CD, des œuvres connaissent alors une indifférence totale de la part des labels, pour des questions de droits ou autres, et atteignent des prix astronomiques sur les sites de vente d’occasion. D’autres à l’inverse, et selon la bible des collectionneurs Discogs, ont le bonheur de se voir réédités des dizaines de fois, en version deluxe, augmentée, remasterisée, relookée, sous tous les formats, et à peu près tous les deux ans. Je ne parle pas là uniquement des groupes majeurs, dont le catalogue appartient à des majors qui sont toujours promptes à racler un peu de monnaie, mais aussi d’autres ensembles, beaucoup moins renommés, mais qui voient leur carrière mise en lumière avec une régularité étonnante. Et alors que le chaland pleure l’absence de son disque culte sur l’autel de l’oubli, il se voir parfois assailli de reboots qui n’ont pas forcément lieu d’être, et qui présentent un caractère anecdotique pour le moins troublant. C’est le cas des anglais de PAGAN ALTAR, obscure formation des années 70, et qui aurait dû profiter de la mode déclenchée par la NWOBHM, de par leurs origines, mais aussi de par leur style. Car la genèse du groupe remonte à l’année 1976, ce qui n’a pas empêché leur première démo de patienter six ans dans les tiroirs avant de voir le jour en 1982. Et puis…plus rien. Plus rien comme de nombreux autres collectifs qui ont eu leur chance mais qui n’ont pas su la faire fructifier, à cause du hasard, de changements de line-up, ou tout autre motif justifié. Et malgré des shows soignés en adéquation avec leur direction musicale, ça n’est qu’en 1998 que le premier LP de PAGAN ALTAR fut enfin édité, sous le faux titre de Volume I, alors même que ses bandes avaient été captées dès les années 80. L’histoire de l’underground aurait pu s’arrêter là, mais c’était sans compter sur la rage de passionnés qui n’ont eu de cesse de replacer le contexte sous les feux de l’actualité…

Jugez du peu. Volume I, d’abord publié sur Oracle Records, a ensuite connu une renaissance en 2005 via les bons soins de Black Widow Records, puis une nouvelle sortie en 2012 grâce à Cruz Del Sur Music, avant de se voir gratifié cette année d’un nouveau pressage offert par les canadiens de Temple of Mystery, qui en profitent d’ailleurs pour agrémenter leur catalogue du reste de l’œuvre des anglais. Pas moins de quatre labels en vingt ans pour un LP somme toute assez formel et typique de son époque, ce qui peut surprendre le chroniqueur qui se demande à juste titre la raison d’une telle admiration. Mais la maison de disques canadienne nous parlant alors d’édition deluxe, avec travail sonore de lifting, booklet riche et tutti quanti, accordons leur le bénéfice du doute, et osons penser que cet énième replacement est justifié…Ceux connaissant le groupe sauront dès lors de quoi nous parlons, et n’ayant jamais jeté une oreille sur les éditions précédentes, je ne saurais dire si le travail de polissage est notable et louable, me contentant alors de découvrir un groupe dont j’avais vaguement entendu parler, sans vraiment m’intéresser à sa musique. Pourtant, celle-ci vaut largement le coup d’oreille, si le vintage est votre tasse de thé, puisque les anglais jouent un Heavy Metal de fort bonne facture, évidemment influencé par les cadors de l’époque de BLACK SABBATH, avec cette petite touche sombre que l’on a retrouvé plus tard chez les ST VITUS, TROUBLE, MERCYFUL FATE et autres WITCHFINDER GENERAL, soit la quintessence d’un Doom d’une autre époque, joué tel quel, et fleurant bon l’orée des eighties à plein nez.

A ce niveau-là, le talent des musiciens est indiscutable. Autant dire qu’ils en connaissaient un rayon sur la question, et qu’ils n’hésitaient pas à infuser dans leur lourdeur une sévère dose de mélodies presque Folk. A cheval entre la vague lourde des trois premières années des 80’s et des groupes comme COVEN, PAGAN ALTAR sonne comme l’archétype d’un ensemble (Alan Jones - guitare, John Mizrahi - batterie, Trevor Portch - basse et Terry Jones - chant, décédé en 2015) qui pratiquait le Heavy Metal comme on le jouait à l’origine, encore empreint de Rock occulte, mais déjà un pied dans la tombe Doom. Se présentant comme une sorte de compilation de titres enregistrés dans un passé lointain, Judgement of the Dead est un exercice de style qui en a, et qui évidemment fera craquer tous les amateurs de sensations d’oppression, avec son festival de riffs noirs comme les cheveux de Iommi, ses rythmiques appuyées, ses breaks accélérés, et son chant un peu évaporé, dans le plus pur Ozzy style. Cette nouvelle réédition profitera certainement de l’engouement suscité par la nouvelle vague old-school sévissant depuis une décade, et ceux n’ayant pas eu la chance de connaître en temps et en heure la mutation de cette musique seront satisfaits de découvrir un groupe d’époque, baignant dans son jus gentiment occulte. Mais autant récompenser les méritants, ce que les PAGAN ALTAR sont assurément, et admettons que les sept morceaux de cette galette sont tous recommandables, pour à peu près les mêmes raisons. Avec une optique progressive privilégiant les climats au détriment des effets choc (qui ont méchamment perdu de leur impact en quarante ans), Judgement of the Dead évite le piège des comparaisons avec les groupes actuels, se satisfaisant très bien de ce son un peu grésillant, aux médiums très prononcés, et aux graves boostés par une surproduction pas toujours très pertinente.

Mais entre un « Pagan Altar », qui aurait sans problème pu figurer sur le séminal Black Sabbath, un « Judgement of the Dead » à l’atmosphère très travaillée et aux harmonies légèrement amères, un « Reincarnation » qui clôture le disque avec panache, nous enivrant de sa patte seventies très bucolique avant de se lâcher sur un up tempo Rock en diable, et un « The Black Mass » que le grand KING DIAMOND aurait certainement apprécié, le bilan est largement positif, et reste un témoignage assez fascinant d’un passé loin d’être enterré. Pas d’ennui à craindre donc, d’autant que les anglais savaient lâcher la vapeur façon boogie avec un trépidant « Night Rider », plus purement ancré NWOBHM, mais un vrai plaisir d’écoute, un peu gâché parfois par une production qui en fait trop et dénature la simplicité d’origine. De là à se montrer ferme et définitif sur une nouvelle édition qui n’avait peut-être pas lieu d’être, il y a un fossé que je ne sauterai pas pour faire plaisir au label. Mais que les néophytes ne se retiennent pas, puisque au-delà de ces détails, Judgement of the Dead est un excellent album de Heavy Doom qui mérite vraiment d’être connu et reconnu.

     

 Titres de l'album :

                           1. Pagan Altar

                           2. In the Wake of Armadeus

                           3. Judgement of the Dead

                           4. The Black Mass

                           5. Night Rider

                           6. The Dance of the Banshee

                           7. Reincarnation

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par mortne2001 le 20/06/2019 à 17:52
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T'as ça aussi sur le label d'origine Metal Blade. Bon morcif, déjà que le EP contient un sacré titre, ils ont gardé leur sens de la composition, les gaziers. Hâte d'avoir ça en mains.


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Miam miam !!!


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Merci pour la réponse Simony. Et donc, rien de bien méchant apparemment, un petit bizutage !
En même temps dans Death, comme les musiciens changeaient tout le temps ou presque, tout le monde était toujours le petit nouveau.


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