« Ça n’est pas que je n’aimais pas les chansons qu’on m’envoyait, je me suis juste dit, « Je suis un compositeur ». Mes chansons sont aussi importantes que ma voix pour moi. Je pense que cet album plante mon drapeau sur ma planète de compositeur et de producteur, vraiment. Je voulais vraiment trouver la bonne sonorité. Et quand je parle d’un album complet de Glenn Hughes, c’est parce que je l’ai écrit en intégralité »

Les anglophones appelleraient ça un statement, nous, francophones, juste une affirmation, celle d’un talent qui est arrivé à maturation il y a des dizaines d’années, et une assertion. Celle du potentiel énorme d’un artiste dont la voix est finalement à la hauteur de la créativité, mais ça, nous le savions depuis longtemps déjà…Il aura fallu huit ans à Glenn HUGHES pour oser enfin le comeback en solo, après des années d’insertion au sein de l’extraordinaire collectif BLACK COUNTRY COMMUNION, plusieurs crises de santé parfois assez critiques (opération du cœur notamment, pas vraiment du tout-venant), mais sincèrement, après quelques minutes d’écoute de ce Resonance, en toute objectivité, l’attente en valait vraiment la peine.

Il est toujours difficile de juger l’actualité d’un musicien de légende en occultant son glorieux passé, mais c’est le prix de l’objectivité à payer. Il faut en effet savoir si une nouvelle œuvre a une quelconque prise sur l’actualité, et si, d’un certain côté, elle tient la dragée haute à d’autres travaux contemporains sans avoir à se reposer sur l’inné.

Dans le cas de Glenn, l’exercice est épineux. Après tout, DEEP PURPLE (qui lui a permis de se voir introniser au Rock N’Roll Hall of Fame), TRAPEZE, BLACK SABBATH, Gary Moore, et on oublie consciemment certains épisodes, sur un CV, ça commence à faire salement lourd, sans même aborder le cas de ses propres efforts sous sa bannière, qui n’ont rien à envier à ses collaborations les plus fameuses.

Mais le Glenn 2016, est-il hot, or not ? Car après tout, son dernier album, perle de Soul massacrée par un label Rock saturé de marketing facile, s’est retrouvé noyé dans la masse, comme une injuste bouteille à la mer lancée par hasard et fracassée sur les rochers de l’indifférence…Mais cette fois ci, la donne est différente, puisque de Soul il n’est point question. Et à dire vrai, sa couleur est clairement annoncée dès le premier morceau de ce Resonance qui effectivement va trouver un écho formidable dans l’âme de tous les vrais rockeurs du monde entier. Parce qu’entre nous, on ne baptise pas une entame « Heavy », si l’on ne sait pas où on va. Et Glenn, en novembre 2016, après avoir souffert, se veut solide comme le Heavy Rock, ce qu’il démontre en douze tours de pistes, à quelques exceptions près.

   « C’est un tournant pour moi. C’est un album très Heavy, et même très sombre par moments, mais il y a aussi beaucoup d’émotion et de lumière. Il y a aussi beaucoup de groove. Je veux dire, le ZEP était en fin de compte un groupe de Rock, mais ils étaient très arrogants aussi. Avec moi, ça va aussi être très Rock, mais très arrogant également. »

Alors le ZEP, mais aussi le PURPLE, puisque ce nouvel album en solo se concentre sur la facette la plus dure du chanteur, ce que la profession de foi « Heavy » annonçait en amont de sa sortie. Accompagné au Danemark par les pointures Soren Anderson (guitare), Pontus Engborg (batterie) et Lachlan Doley (claviers), Glenn s’est lâché, a évacué des années de frustration et de complications de santé, et a effectivement sorti un des albums les plus lourds et conséquents de sa carrière. Mais comme il le précise avec insistance, il ne s’agit pas ici de Heavy Metal stricto sensu, pas de celui qu’on honore avec un signe du diable à la DIO, non, juste un Rock salement lourd, mais aussi gorgé de Blues, et de Soul, cette fameuse Soul à laquelle il déclarait son amour sur First Underground Nuclear Kitchen, en 2008.

Il est certain que Resonance a puisé dans le background de BCC, puisqu’on y retrouve ces grandes envolées lyriques dont le chanteur est friand, mais cette fois-ci, et bien que la musique qui en émane soit éminemment  sensible, Glenn a mis de côté toutes les facilités mélodiques pour se concentrer sur son vécu, ce qui apporte à ce LP une profondeur indéniable.

Malgré son titre et son riff digne de Joe Perry/Nuno Bettencourt, « Heavy » n’est pas le morceau le plus « dur » de cet album. Non, la palme pourrait se disputer entre le torride « Let It Shine » qui choisit même une entame assez alternative, avant de s’imposer comme une traduction ZEP/PURPLE made in 2016, presque Néo Hard Rock dans l’esprit.

Ou alors, peut-être que ce statut conviendrait plus à la revanche de « God of Money » qui remet les pendules du capitalisme artistique à l’heure de la sincérité, et qui voit Glenn signer son texte le plus saignant. Joli croisement entre un SABBATH inspiré et un ALICE IN CHAINS expiré, ce morceau est symptomatique de l’état d’esprit de Hughes aujourd’hui, droit dans ses bottes, toujours prompt à tisser des lignes de basse serpentines soutenues par des ivoires et ébènes frappés avec rage et stridences.

Alors album sous haute énergie, drivé par un tempérament de feu et une volonté de s’affirmer comme musicien de Hard Rock à part entière, ce qui n’empêche pas le maestro, dont la voix fait partie de la légende au même titre que celle de Robert, de Ronnie James, de Joe Lynn ou de David, de se laisser aller aux joies d’un Funk Discoïde que les CHIC ou DAG auraient pu apprécier de concert, sur un endiablé et plein de stupre « Landmines », qui sans rappeler First Underground, l’évoque de biais.

Mais comme HUGHES l’a affirmé à maintes reprises, ici, c’est la lourdeur et la puissance qui priment, comme s’il voulait se prouver qu’il est capable de rester musicalement dur face à l’adversité et le temps qui passe. Alors, il laisse traîner sur les trottoirs de son avenir des coups de colère comme ce « How Long », qu’il chante évidemment avec ses guts, et qui s’enflamme d’un orgue incendiaire et d’une guitare qui ne l’est pas moins. Soulignons de fait le formidable travail de Soren Anderson au manche, qui s’est glissé dans les compos du maitre avec une maestria et une fougue incroyable. La paire rythmique Hughes/Engborg est parfois de plomb en fusion, mais aussi de sang, celui qui coule dans les veines d’un musicien intègre, qui ne crache toujours pas sur un minimum de dextérité au moment de coucher ses lignes ondulantes sur bande.

Et si l’homme termine son album par une digression pleine d’émotion avec un « Long Time Gone » sur lequel il peut enfin laisser sa voix déambuler dans son passé, et retrouver un Hard Rock de nostalgie plus mélodique et aéré que la moyenne de Resonance, et s’il offre un bonus track bourré de feeling et de délicatesse de cordes (« Nothing’s The Same », plus ZEP qu’un leftover de III), on quitte cette résonance avec en tête un déluge de décibels, et le souvenir de « Steady » (avec en guest le fidèle Chad Smith au kit), « Flow », « God Of Money », et tous les autres, qui prouvent que même opéré, même fatigué, Glenn HUGHES en 2016 a de quoi en remontrer à bien des jeunes loups aux dents plus longues que les siennes, mais au talent raccourci par un opportunisme trop pressé pour être honnête.

« Hé les mecs, j’ai 65 ans, mais je peux encore sortir mon album le plus Rock ! »

  

Dont acte, et quel acte. Mais certainement pas le dernier d’une carrière qui commence à éclipser la lune des satellites du Hard Rock qui tournent en rond. On ne surnomme pas un artiste « The Voice » pour faire joli, et dans le labyrinthe d’un parcours parfois erratique mais toujours magnifique, Resonance est un écho qui n’a pas fini de s’évaporer sur les scènes du monde entier.

 Plus. Il est une déclaration d’amour à un style auquel Glenn HUGHES a tant donné et qui nous a tant offert.


Titres de l'album:

  1. Heavy
  2. My Town
  3. Flow
  4. Let it Shine
  5. Steady
  6. God of Money
  7. How Long
  8. When I Fall
  9. Landmines
  10. Stumble and Go
  11. Long Time Gone
  12. Nothing's The Same (Bonus Track)

Site officiel


par mortne2001 le 11/11/2016 à 10:22
90 %    474

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


rico
@171.16.208.2
07/01/2017 à 01:39:43
c'est du grand glenn hughes avec des titres qui te rentrent dans le cerveau et qui ne te quittent plus.a écouter sans aucune modération et fort si voisin éloigné.

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Pas forcément. Le nom du mag a toujours été RockHard. Il ne vise pas le même public que Metallian.

Moi ça me va à 100 %


Je ne suis pas sûr que ce soit de la HM-2 sur le 1er album. Tout ce qui passait au Sunlight n'avait pas toujours ce son caractéristique (Tiamat et Grave par exemple ;-) )


Ouais c'est bourré de feeling ce morceau je trouve. Cette légende (si ce n'est LA légende) du sludge n'empêche ce mec ! Et ce look de loubard qui va bien :D !


@stench: Je fais encore un paquet d'échanges à l'étranger, l'underground s'arrête pas à ta région, voir à la France :)
Tu parles de split tapes de VACARME?


Le premier extrait est vraiment intéressant, Kirk en a encore dans le ventre !


La date prévue à Barcelone dans la première version de cette tournée a carrément sauté. Ils doivent être dégoûtés.


"Pas de date pour la France".....


Putain "Noose" sur la compile Metallian n°3 je crois... outch le flashback fait mal là...


NecroKosmos, pareil pour moi. Même si, de mémoire, il y avait deux ou trois bons morceaux sur Amok. Mais le style de plus en plus heavy me convenait moins.


'North from here' est un de mes albums cultes !! Mais c'est le seul de Sentenced que j'aime.


Oui c'est bien les français !


Sortilège, c’est les français?
Si oui c’est cool pour eux


A l'époque, j'avais acheté l'album "North from here" de Sentenced et j'aimais beaucoup. Je ne connais pas KYPCK par contre et je vais écouter ça.

Le morceau de Sepult' a l'air sympa.


Toujours aussi mou du genou dans son choix éditorial.


Leur nouvel album est une bombe !! Dans mon top 5 de l'année !!


Effectivement...
Mais ce "plagiat" me va très, très bien à moi.