Resurrection

Darkcharge

16/11/2017

Autoproduction

Tout ça va finir par devenir très compliqué. Fut un temps, très reculé j’en conviens, où les groupes se contentaient d’un style pour s’exprimer. Il était dès lors assez simple d’en parler, en se basant sur les analyses déjà poussées et proposées, et aussi aisé de les disséquer pour savoir s’ils avaient quelque chose de neuf, ou du moins de qualitatif à proposer dans le créneau, sauf que ces mêmes créneaux n’existent plus depuis longtemps. Plus sous la même forme claire, aux limites bien définies en tout cas. Tenez, en 2017, est-il encore possible de trouver des combos qui se calent bien au chaud au creux d’un Black rudimentaire ? Ou d’un Hardcore lapidaire ? La question semble anecdotique, mais reste d’importance. Parce qu’à force de fouler du pied les limites conjointes ou pas, on finit par se perdre et ne plus très bien savoir de quoi on parle. On parle de quoi d’ailleurs ? De Crust Black ? De Sludgecore ? De Darkcore ? Tout ça devient encore plus ridicule qu’un catalogue de VPC des nineties, et finalement, mieux vaut faire fi des étiquettes pour apprécier la musique pour ce qu’elle est.

Et dans le cas des DARKCHARGE, elle est très vilaine, très méchante, et très sombre. Lettrage de patronyme purement BM, pochette à la The Return de BATHORY, ambiance poisseuse comme les doigts d’un pervers après tripotage en règle de sa victime, on nage en plein cauchemar extrême, mais finalement, il est assez facile d’en identifier les contours puisque le groupe nous file un sacré coup de main, sans le faire exprès, enfin je crois. Mais si, regardez bien, écoutez, et réfléchissez. Un peu d’aide, vous avez du mal ce matin ?

Crust, cris de belette Black coincée dans un piège de soir de sabbat, riffs nihilistes mais galopant, et puis ce nom, qui en évoque deux autres, bien concrets. DARK/CHARGE, le tout graphisé inintelligible histoire de montrer son allégeance. Et puis surtout, du D-beat joué comme à la parade du Metal noir, sans complexe, mais avec beaucoup d’animosité, justifiée. Alors, le mélange commence à vous titiller les neurones ? Sinon, jetez un coup d’œil aux influences de ces américains de Floride, et la réponse vous sautera aux yeux et aux oreilles. DARKTHRONE plus DISCHARGE, égal DARKCHARGE. Facile non ? Et pourtant, rien n’est plus vrai, sauf que le quintette (Chant – Nastros, Guitares - Nick No, Hooey Davis, Khris, Basse - Nick No, Hooey Davis et  

Batterie - Nick No) tire peut-être plus d’un côté que de l’autre. Lequel ? Celui vers lequel il va sombrer, et nous entrainer avec lui dans sa chute. Mais ce côté rudimentaire non dénué d’une certaine ambition a de quoi plaire, surtout que le son de la chose, ce Resurrection qui visiblement leur colle à la peau, tire méchamment vers la démo enregistrée un soir de pleine lune pour voir si les loups vont hurler. DARKCHARGE, c’est un peu le pire des deux mondes. Un Crust/D-beat vraiment abrasif, et un BM aussi lapidaire qu’une séance de spiritisme orchestrée par Fenriz et Nocturno Culto, pour un crossover qui fait peur, mais se montre aussi efficace, donc encore plus effrayant dans les faits, puisqu’il n’y a rien de plus vain qu’un bruit modelé à la hâte, histoire de se montrer encore plus extrême que les copains. Extrêmes, les américains le sont, sans conteste, mais ils tiennent à garder prise avec une musicalité qui n’est pas flagrante au prime abord. Alors, ils adoptent les rythmiques échevelées du Crust, et les saupoudrent d’une bonne dose de poivre BM des origines, qui tire même vers sa propre version canadienne, très froide et rigide. Pourtant ça groove, comme le démontre le très malin «When There's Nothing Left to Burn », qui pourrait être un méchant et très humour noir clin d’œil adressé au BURZUM pyromane des nineties. Pas très politiquement correct tout ça, mais on n’a pas forcément envie non plus de faire partie d’une société bienpensante et castratrice.

Alors, ces fameuses influences ? Citées sur leur page Facebook, et remarquables. Et moi, un groupe qui a le culot de juxtaposer dans la même énumération des références aussi cruciales que HELLHAMMER, ANTI CIMEX, DOOM, BATHORY, CELTIC FROST, NAPALM RAID, TOTALITÄR, MAYHEM, PISSCHRIST, ANTISECT, NAUSEA, VENOM, CONFLICT, TRAGEDY ou DISFEAR suscite mon intérêt et ma curiosité, direct. Et un groupe qui en plus, est capable de transposer l’esprit des premières démos de HELLHAMMER dans un contexte purement Deathcrush de MAYHEM (« Disciples Of Destruction »), est forcément constitué de musiciens à la culture globale remarquable, et aux capacités d’adaptations notables. Ce qui est le cas, même si tout ça ne va pas plaire à grand monde de son caractère un peu décalé, et de son approche un peu amateur. Mais si vous aimez les albums épidermiques, enregistrés comme des maquettes et sonnant comme tel, alors l’épiphanie de violence vous guette. D’ailleurs, vous n’aurez pas longtemps à attendre pour le réaliser, puisque le plus que BM que le plus BM des groupes de BM « Ensom Ulv » vous attrape d’entrée sans vous laisser le temps de vous préparer ou vous défendre, comme une attaque conjointe de DARKTHRONE et de DOOM, piège savamment orchestré pour prouver que les intentions ne sont pas si bonnes que ça. Certes, il reste des défauts à gommer, un certain systématisme notamment qui fait que certaines idées sont réemployées d’un titre à l’autre, mais entre ces soli lapidaires et purement suédois, cette rythmique qui cavale de bon aloi, et ce chant absolument répugnant qui vomit son dégoût de la normalité, la valse file la gerbe, et rassure quant au leitmotiv d’une troupe qui n’a cure d’une quelconque politesse musicale.

Alors en gros, tout ça prend des allures de joli orgie sonore, ce que confirme avec force bruitages immondes et lignes vocales ne l’étant pas moins le final « What Lies Beyond », qui pourrait symboliser à merveille la paillardise des premiers VENOM transposée dans un contexte de Crust un peu hystérique, joué par les DAKTHRONE et URSUT en commun. Mais comme je le disais, Resurrection, c’est vilain, pas beau, moche, et pourtant salement jouissif. Et transgressif. Alors, comment ne pas craquer ?

Impossible. Un peu comme un film d’horreur de série B, assez mal foutu, aux effets cheap mais au bon mauvais goût soutenu.


Titres de l'album:

  1. Ensom Ulv
  2. Nail The Coffin Shut
  3. Until The Blood Runs Dry
  4. When Ther's Nothing Left To Burn
  5. Disciples Of Destruction
  6. Lust
  7. Devour The Eclipse
  8. What Lies Beyond

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 30/12/2017 à 14:12
76 %    525

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview

Welcome To My Nightmare

mortne2001 26/12/2020

From the past

IXION : entretien avec Julien

JTDP 16/12/2020

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Gargan

Il va être dans les listes des meilleurs albums 2021 celui-ci haha ! Le sieur Helwin aux fûts, soit dit en passant.

18/01/2021, 09:53

LeMoustre

Sympa, cette vidéo ! D'ailleurs je recommande la compile de Asshole, très complète et d'un bon niveau. Plein d'anecdotes justes comme celle sur la Fnac, par exemple. 

18/01/2021, 09:06

Bones

Vidéo très sympathique et intéressante ! Dans la bande son des années lycée, ce CYTTOYLP.  Je me vois encore trimbaler ma grosse malette de matos d'arts plastiques dans les transports en commun, sur laquelle j'avais reproduit au feutre(...)

17/01/2021, 22:07

Simony

Excellente vidéo comme d'habitude. Avec les documents d'époque, on replonge encore plus au cœur de la bête.

17/01/2021, 18:43

Simony

Excellente vidéo comme d'habitude. Avec les documents d'époque, on replonge encore plus au cœur de la bête.

17/01/2021, 18:43

yaccio

bof aussi plat que d'hab'

16/01/2021, 21:13

RBD

Excellente découverte, d'un mid-tempo lourd qui fait penser aux vieux Death, à Morgoth, à Massacre et à toute la vieille Floride en général et à toutes références de Death Metal un peu lent mais inexorable. Un début de ce (...)

16/01/2021, 19:16

Meuleu

Excellent, The Crown comme je l'aime !

16/01/2021, 17:40

Jus de cadavre

Superbe artwork en tout cas !

16/01/2021, 12:43

Seb

Jle trouve vraiment cool ce morceau.Ca fait un bout de temps que j'avais entendu un morceau aussi bon de leur part !

15/01/2021, 18:24

Moshimosher

Bon, ben, là, ça me fait carrément envie !!! A défaut de la fève, je veux bien la couronne !

15/01/2021, 17:18

Humungus

THE STRUTS ???Mortne2001...WTF ???

15/01/2021, 11:53

Humungus

Mais qu'est-ce que c'est que cette pochette putain ???

15/01/2021, 11:50

Gargan

J'attendais de voir ce nom passer. Totalement adhéré à l'ambiance qui s'en dégage (belles lignes de basse qui plus est), achat direct. kling !

15/01/2021, 08:23

Buck Dancer

100% d'accord avec la chro et Jus de cadavre ! Dans mon top 5 de l'année 2020. Du death metal qui se veut transgressif et repoussant, comme à la grande époque. Et moi, ça me mets en joie... 

15/01/2021, 00:16

Jus de cadavre

C'est bien qu'il y ai de temps en temps des albums qui rappellent aux gens ce que c'est le Black Metal. Comment c'est sensé sonner. Sans compromis, nihiliste, violent, sombre et dérangeant.Une autre tuerie de 2020 (oubliée dans mon top tiens !). Et (...)

14/01/2021, 20:33

Jus de cadavre

Une des baffes de 2020. Y a pas à chier la scène Death Metal nord-américaine a su se renouveler et nous propose des trucs de plus en plus sauvages et violents tout en gardant les pieds dans la tradition. Et ça moi ça me plait !Excellent.

14/01/2021, 20:21

Saddam Mustaine

Peter Tagtgren pour le remplacer j'avais pensé, ça serait un delire c'est sur.

14/01/2021, 18:58

Saddam Mustaine

Clairement, on oublie presque qu'il est arrivé qu'en 2001 apres 3 albums de Nightwish, il était encré dans le groupe.

14/01/2021, 18:57

metalrunner

Un très bon groupe l Angelcorpsemorbidangel Français 

14/01/2021, 17:48