Inutile de se compliquer la vie. Comme le disait la pub pour une obscure marque de charcuterie industrielle, « le bonheur est dans les choses simples ». Mais simples, pas simplistes, sinon, ça devient de l’abêtissement, et c’est très mauvais pour la santé. Tenez, en termes de brutalité, pas la peine de chercher GORGUTS à quatorze heures quand on peut compter sur les MISERY INDEX pour vous mettre la misère justement. Et en parlant d’index, c’est plutôt un gros majeur que ce sixième album tend à la face de l’intelligentsia underground, reprenant une fois de plus les ingrédients qui ont contribué à ériger ce projet en véritable institution. Tout le monde connaît l’histoire, le groupe fut formé par trois anciens aides-soignants de la maternité DYING FETUS un moche jour de 2001, lorsqu’un énième mort-né (comme moi, c’est rigolo) tomba de la table d’accouchement. Fort marris de se trouver débauchés, les trois compères décidèrent donc de changer de tablier pour le tâcher à nouveau d’un sang impur, toutefois plus dilué dans le Thrash et le Hardcore que celui de leur ancien employeur. Depuis, cinq albums studio, pas mal de tournées, des EP, des anecdotes, mais surtout, l’assurance de ne jamais être déçu, ce que leurs notes sur le site référentiel Encyclopedia Metallum confirment. Rien sous la barre des quatre-vingt pour cent, ce qui confirme que le combo de Baltimore n’a rien à envier à John Waters en termes de mauvais goût dans le bon goût, mais rien de surprenant non plus, les méthodes étant rodées depuis presque vingt ans, et qu’il serait idiot d’en changer. On nota en son temps une légère accalmie sur le fleuri The Killing Gods, publié il y a cinq ans déjà, et qui faisait montre de signes d’accommodation mélodique qui en avaient chagrinés certains. Depuis, une poignée de morceaux lâchés à la volée, et enfin, la suite des aventures post-opératoires avec ce Rituals of Power que les fans attendaient de pied ferme.

Et dire qu’ils ne seront pas désappointés est d’un lénifiant sens de l’euphémisme. On retrouve les MISERY INDEX (Jason Netherton - basse/chant, Adam Jarvis - batterie, Mark Kloeppel - guitare/chœurs et Darin Morris - guitare) au top de leur forme, toujours prompts à en découdre, et toujours aussi fascinés par la violence instrumentale, quoique de plus en plus éloignés de leurs racines Grind. Moins d’affolement donc, tendance que l’on constate depuis un bon moment, mais toujours cette pugnacité qui trouve ici un reflet encore plus Hardcore que d’ordinaire, au point qu’on se demande parfois si Baltimore ne s’est pas relocalisée du côté de Boston ou New-York. A cheval entre le Crossover et le Death qui bat le beurre, le quatuor se permet des beignes dans la catégorie poids lourd, avec des morceaux qui font gicler les dents si fort que le dentiste sadique de Marathon Man en perdrait ses tenailles. C’est particulièrement manifeste quand le tempo marque le pas, sur le monumental et écrasant « Hammering the Nails », qui gicle sur les gencives à la manière d’un glaviot lâché de la scène du CBGB’s, et encore plus sur la pulvérisation « Rituals of Power », qui vous prend aux aisselles pour vous soulever à deux mètres du sol, les babines retroussées et le regard apeuré. Limite Crust à la suédoise par moment, ce morceau est symptomatique de la démarche des américains en 2019, visant l’efficacité primale au travers d’une simplicité de propos faussement humble. Les animaux ont travaillé leurs riffs qui charcutent dans les grandes largeurs, et une place de plus en plus importante a été laissée aux chœurs, qui sonnent comme un pit de pitbulls dans un club paumé de la banlieue du Maryland.

Alors évidemment, la question se pose. Doit-on s’enthousiasmer d’écouter toujours la même chose, le groupe n’ayant manifestement pas décidé de biaiser ? La réponse est évidente, puisqu’on ne demande pas à une assemblée de bestiaux comme MISERY INDEX de finasser mais bien de tabasser. Et rayon mandales par paquet de douze, Rituals of Power se pose en nouveau mètre-étalon. Ok, son entame laisse présager d’une suite que tout le monde connaît, avec un rapide « Universal Untruths » troussé vite fait derrière une salle d’attente avec son feedback un peu en latence, et « Decline and Fall » semble confirmer cette inclinaison à la bestialité, mais au fur et à mesure que les pistes passent, une s’en dégage, celle de la temporisation, histoire d’appuyer là où ça fait vraiment mal. En tournant presque complètement le dos à ses origines les plus primaires et primales, le groupe en jette version fight Hardcore de l’enfer, et signe des uppercuts qui démontent la mâchoire. On apprécie toujours sans conteste la rythmique qui sait encore s’emballer, mais qui préfère concasser, et les rares accélérations sont toujours justifiées, bien que sans doute trop rares pour les habitués. Mais même les groupes les plus épais se doivent de muer et de trouver un nouveau souffle, et lorsque toutes les composantes (vitesse, puissance, méchanceté et hystérie) se mettent en branle, ça donne des moufles comme « The Choir Invisible » qui promet une méchante volée en live. D’ailleurs, le répertoire du groupe est à envisager sous l’angle d’une restitution in situ, et imaginer ces neuf nouveaux hymnes à l’immédiateté en concert donne la bave aux lèvres. En bons molosses qui ne lâchent pas leur os, les américains bastonnent, cognent et enfilent les tartes, sans se poser trop de questions, mais sans non plus jouer les gros bourrins au long menton. Et en tassant leur inspiration sous la barre des quarante minutes, les marsouins ont joué bon, puisque la bourrasque passe comme une tornade au joli prénom. Tiens, mange toi donc « New Salem » dans les dents encore une fois et tu comprendras. Et même si le morceau avait déjà été lâché en éclaireur, il fait du bien au petit cœur de bonheur.

Aucune déception donc, mais aucune révélation, sur le chemin de Damas ou ailleurs, et les MISERY INDEX d’ajouter une pièce de choix à leur parcours, avec un sixième LP qui tient largement la route et la comparaison avec la concurrence. Et comme ils sont suffisamment avenants pour nous proposer quelques fantaisies rythmiques (« They Always Come Back », et un Adam Jarvis en complète roue libre qui multiplie les fills jusqu’à en perdre le fil), et des pulsions qui prennent en traître (« I Disavow », nous on approuve ce petit regard en arrière qui blaste comme ta grand-mère), et qu’en plus ils finissent sur un mode « Massacre à la tronche grogneuse » (« Naysayer », vraiment vilain et velu qui remonte les BMP par le cul), on ne va surtout pas se plaindre. Non, on va juste chercher les pansements pour les oreilles, et apprécier le bourdonnement des acouphènes pendant quelques heures. Puisqu’on vous dit qu’il n’est pas utile de se compliquer à vie. Les MISERY INDEX d’ailleurs vous la simplifient, alors on leur dit merci !


Titres de l'album :

                             1. Universal Untruths

                             2. Decline and Fall

                             3. The Choir Invisible

                             4. New Salem

                             5. Hammering the Nails

                             6. Rituals of Power

                             7. They Always Come Back

                             8. I Disavow

                             9. Naysayer

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par mortne2001 le 11/05/2019 à 14:20
85 %    162

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
12/05/2019 à 19:48:36
Énorme album encore une fois de la part des ricains. Ça cogne très très dur...
Excellente chronique ;)

RBD
membre enregistré
14/05/2019 à 21:07:12
J'ai aimé "Killing Gods" mais un retour aux bases de la période Brutal mais mélodique ouverte depuis "Traitors" risquait d'être fatal pour l'auditeur, à nouveau. De toute façon Misery Index déçoit rarement.

Par contre il me semble que ce sont eux qui avaient quitté Dying Fetus, ils ne se sont pas fait débarquer, tout en maintenant d'assez bons termes.

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Aaaaaaahhh !!!
C'était le bon vieux temps tout de même hein…
(Vieux con speaking)


dégageait*


Kerry King + 1.
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Tant pis... un énorme live en tout cas ! Ultra bourrin !


Magique


ah ouais ? le pantera me fait bien envie aussi ! je l'ai qu'en bootleg degeu et pas complet...


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ah le bon vieux groupe en carton


très mou


Oui, belle pochette !! :)


Je n'aurais jamais cru qu'un jour un groupe ose s'arroger ce nom sacré...


Voilà la meilleure pochette de tous les temps !!


Mou ?!!! Euh...


Un autre groupe qui a tout démonté sur ce Hellfest c'est Anthrax !

Bordel encore furieux ça vieillit pas, putain de patate.

https://www.youtube.com/watch?v=pHKTjsYlNh0


+ 1 bordel !!!
(Comme souvent avec Sieur Jus de cadavre...)


Indifférence générale !


Meilleur concert du Hell, un groupe fou ! J'aimerais vraiment les voir dans une petite salle chauffée à blanc... ça doit faire encore plus mal !