Rock Believer

Scorpions

25/02/2022

Vertigo

Il y a douze ans, j’accompagnais la sortie de route d’un des plus grands groupes de Hard-Rock du monde qui avait alors décidé de prendre sa retraite. Je me retrouvais donc face à mon clavier à trouver les bonnes formules pour dire adieu aux SCORPIONS, dont la musique avait bercé mon adolescence comme la vôtre, et qui, avec Sting in the Tail, sortait les feux d’artifices pour rappeler les célébrations d’antan, les pyramides humaines, les concerts homériques, et la hargne d’albums comme Blackout, Animal Magnetism ou Lovedrive. Les pensant sincères, j’avais adapté mon vocabulaire à cet au-revoir émouvant, trouvant dans cet ultime chapitre les indices qui laissaient à penser que Sting in the Tail était vraiment la dernière piqure mortelle.

Las, une fois encore, les évènements allaient ternir ma dernière dithyrambe, puisque le quintet revint à peine un an plus tard avec un album médiocre, fait de bric de morceaux actualisés et de broc de reprises hasardeuses. Pris d’une envie de revanche au goût amer, je sortais les armes et trempais ma plume dans le fiel pour souligner cet opportunisme déplacé, prenant clairement les fans pour des imbéciles - ou des vaches à lait selon l’option.  

Depuis, SCORPIONS a joué sur tous les tableaux, accumulant les tournées et les live (quatre en dix ans), les retours en grâce et les revirements, et atteint du syndrome Sheila, confirmait que la retraite n’était finalement pas pour eux. Juger cette attitude est évidemment inévitable, même si le plutôt tiède Return To Forever restait assez convaincant pour entretenir l’épaisseur du rideau de fumée.

Alors, l’annonce d’un dix-neuvième album studio a évidemment éveillé chez moi un sentiment d’indifférence polie. Que pouvait donc avoir à proposer un groupe exsangue, usé par les années et le manque d’inspiration, l’envie en berne, et de plus, bridé par les conditions sanitaires, laissant ses membres aux quatre coins du monde ? Néanmoins, les rumeurs enflaient, les singles s’amoncelaient sur les playlist Youtube, et les avis d’amis commençaient à s’amasser dans ma boite mail. N’y prêtant qu’une attention distante, mais vaguement intéressée, je me suis finalement penché sur le cas de ce Rock Believer, au titre n’autorisant aucun faux pas de la part du quintet allemand/polonais/suédois. Et j’avoue ne guère regretter ma décision.

Durant la pandémie et l’isolation de conséquence, Rudolf le grimaçant et Klaus le nasillard ont beaucoup travaillé. Pour cause, puisqu’ils n’avaient que ça à faire, et Schenker a donc sorti sa guitare pour en tirer des riffs dignes d’intérêt, qui constituent l’ossature de ce nouvel album, à la pochette magnifique, détail anecdotique pour certains, mais qui laisse à penser que l’époque des classiques était clairement dans le viseur du guitariste/compositeur allemand. Et sans faire preuve de trop de fermeté, autant dire les choses comme elles sont : Rock Believer n’est pas un classique du groupe, pas plus que Power Up d’AC/DC ne se rangera aux côtés de Back in Black ou Highway to Hell, mais il est un formidable témoignage de l’envie du duo de se rapprocher de ses plus grands achèvements, sans jouer l’ambition démesurée.

Il est tout d’abord impeccablement produit par Hans-Martin Buff et le groupe, qui ont conjointement réussi à lui conférer cette patine live propre. On sait les SCORPIONS très portés sur la perfection sonore, après toutes ces années passées sous la coupe du maniaque Dieter Dierks, mais Rock Believer  a su garder l’énergie déployée par les musiciens jouant ensemble sans tomber dans le piège du cinéma-musique-vérité qui aurait pu rendre les aspérités trop irritantes. Poli mais puissant, voilà une première constatation qui fait plaisir, et « Gas In The Tank » démarre sur les chapeaux de roue pour prouver que l’âge de ses compositeurs n’a en rien entamé leur enthousiasme et leur faim de riffs.      

   

Mid tempo en mode binaire qui nous ramène directement aux burners les plus burnés, déluge de guitares, distorsion musclée, le titre est évident, mais fait plaisir aux oreilles. C’est une reprise de contact post-pandémie très valable, et qui immédiatement rassure quant aux intentions du groupe. Groupe qui a abordé ce nouveau virage avec une philosophie à la fois très simple et très claire :

Tout a soudain ressemblé à ce qu'il était dans les années 1980, lorsque nous étions cinq à faire du rock ensemble, à traîner au pub du coin le soir et à parler de notre musique

 

Et si Matthias Jabs le dit, autant le croire sur parole d’autant que le soliste sait de quoi il parle. A plus de soixante-dix ans chacun, Rudolf et Klaus se paient donc un retour en forme, une ballade dans les couloirs de leur propre histoire, tout en se tenant au courant de l’actualité Rock de ces dix dernières années. C’est ainsi que le tandem, soutenu de temps à autre par la verve de Matthias et du bassiste Paweł Mąciwoda, nous a concocté un  répertoire qu’on peut clairement diviser en trois champs d’influence. Les morceaux faciles, énergiques et réminiscent d’années 80 brulant le bitume des routes du monde entier (« Roots in My Boots », « When I Lay My Bones to Rest », « Peacemaker »), ceux plus nuancés nous conduisant à nouveau vers l’autel de la reconnaissance commerciale et publique (« Knock 'em Dead » qui n’aurait pas dépareillé sur le séminal Savage Amusement, « Hot and Cold » chaloupé Heavy formel, mais agréable et fiévreux, « Call of the Wild » qui agite les chaines des fantômes des années 70), et le reste, parfois sensible, parfois légèrement expérimental, amer, doux, aux mélodies claires ou au contraire brumeuses.

Ainsi, « Rock Believer » aveu implicite au rythme martelé comme un « We Will Rock You » par l’enclume Mikkey Dee (dont c’est la première participation en studio avec le groupe), est l’hymne dont le groupe avait besoin pour nous rappeler à quel point son existence avait bouleversé celle du public russe, « Shining of Your Soul », aux harmonies orientales et à la basse méchamment bouclée, « Seventh Sun » et sa rencontre psychédélique improbable entre BLACK SABBATH et le Heavy à l’allemande font de ce dix-neuvième album une réussite presque totale.

Et SCORPIONS n’a évidemment pas résisté à nous laisser sur un sentiment de nostalgie très prononcé, en clôturant son retour par l’éternelle ballade que toutes les âmes sensibles attendaient au tournant. Et « When You Know (Where You Come From) » ne les décevra pas, avec sa proposition de compromis entre « When the Smoke is Going Down » et « Winds of Change ». La voix de Klaus, marquée par les années, est toujours aussi émouvante, les riffs plaqués par Rudolf sincères, et cet épilogue est sans doute l’un des plus beaux moments d’émotion que SCORPIONS a pu nous offrir depuis les années 90.

A noter que la version deluxe de l’album propose quelques titres en bonus, qui - une fois n’est pas coutume - méritent leur pesant d’acier. Des chansons différentes, plus Heavy, plus osées, catchy et même culottées (« When Tomorrow Comes »), qui font du package un achat indispensable, même pour la fanbase non-hardcore.

SCORPIONS, un nom qui en impose, qui a parfois été la cible de quolibets mérités, qui depuis quelques années branche rallonge sur rallonge, mais qui nous prouve à chaque fois son importance sur la scène Rock. Ils sont sans doute ces croyants rock qu’ils chantent avec une foi indiscutable.

    

                                                                                                                                                                                                                   

Titres de l’album:

01. Gas In The Tank

02. Roots in My Boots

03. Knock 'em Dead

04. Rock Believer

05. Shining of Your Soul

06. Seventh Sun

07. Hot and Cold

08. When I Lay My Bones to Rest

09. Peacemaker

10. Call of the Wild

11. When You Know (Where You Come From)


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par mortne2001 le 03/03/2022 à 18:06
80 %    276

Commentaires (5) | Ajouter un commentaire


Humungus
membre enregistré
04/03/2022, 09:54:58

AAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHH !!! !!! !!!

SCORPIONS… … …

Dans notre style de prédilection, peut-être le groupe le plus raillé.

Et ce malheureusement à très juste titre :

Aux mémoires courtes je n’hésite pas à vous rappeler ici ce funeste moment télévisuel du 29 octobre 1993 (oui, oui, j’ai fait des recherches…) où Klaus Meine poussait la chansonnette dans une émission de Dorothée sur TF1. Mes potes et moi on en rit (jaune) encore à l’heure actuelle…

De fait, tout comme mortne2001, quand j’ai vu poindre cette nouvelle galette, je n’y ai pas cru un seul instant.

Pour moi, SCORPIONS est mort et enterré depuis « Crazy world ». 32 ans sous la pierre tombale tout de même hein !

Et pourtant ! Si je vous dis que « World wide live » (l’un des (le ?) plus grands albums live de tous les temps) a été la toute première expérience sonore Hard Rock qui m’est été donné d’entendre dans ma prime jeunesse, inutile de vous dire que je suis un énôôôrme fan de la formation.

Alors, sans trop y croire, j’ai téléchargé la chose et me suis écouté ça d’une oreille tout d'abord distraite… … …

LA CLAQUE !!! !!! !!!

LE retour !!! !!! !!!

Improbable ! Incroyable ! Invraisemblable !

LE miracle quoi.

Dès l’attaque des hostilités, ça balance plus que sévère : « Gaz in the tank », « Roots in my boots » et « Knock `em down », cela sent à plein naseau le bon vieux temps des 80s ! Erection. Puis vient le titre éponyme : Clairement plus popisant (cela m’a fait penser à du GHOST sur le refrain…), taillé pour la radio et les stades. Bref… Passons. Heureusement cela repart de plus belle ensuite et ce jusqu’à la fin avec même quelques fois des clins d’œil 70s (« Shining of your soul », « Call of the wild »).

Alors forcément, y’a la sempiternelle ballade : « When you know (Where you come from) » qui clôture l’ouvrage. Bah même ça, j’ai aimé ! Alors soit c’est moi qui ai foutrement changé, soit c’est eux.

…Je penche pour la seconde hypothèse.


PS : Petit ajout concernant le CD bonus de la version « Deluxe ».

Pourquoi d’ailleurs un second CD ?

Ce dernier est d’une durée de 20 min et l’album en fait 45. Pourquoi avoir scindé les deux ? Marketing j’imagine.

Bref…

5 titres.

Le premier oubliable à mon sens (j’ai cru entendre le non regretté JOHNNY).

Les trois suivants très, très bons (putain le riff de basse binaire et entêtant de « When tomorrow comes » !).

Pis pour finir, ils ont pas pu s’empêcher de nous refaire leur guimauverie du moment (« When you know » donc) en version acoustique. Au vu de tout ce qui précède, je leur pardonne.


Re-PS : Je me joins également à mortne2001 concernant la pochette. Clairement un retour aux sources des superbes jaquettes du groupe (cf. un de mes posts récent sur le sujet). Bon… Le scorpion sur la langue gâche quelque peu l’ensemble, mais j’vais pas cracher dans la soupe, c’est tout de même laaaaaargement plus chiadé que « Unbreakable » hein !


Humungus
membre enregistré
04/03/2022, 22:32:41

Erratum :

Quand je disais que le groupe était six pieds sous terre depuis 32 ans et leur "Crazy world", j'avais totalement oublié l'insupportable "Savage amusement" de 88.

Donc si mes calculs sont corrects, les teutons étaient bel et bien en mode hibernatus depuis précisément 34 ans.



Arioch91
@90.78.177.248
05/03/2022, 07:43:20

Gros +1 pour World Wide Web !

Quand je veux m'écouter du Scorpions, c'est généralement ce live que je me passe.


Humungus
membre enregistré
06/03/2022, 05:02:44

"World wide web" hé hé hé...


Arioch91
@90.78.177.248
07/03/2022, 11:35:01

Ah merde   déformation professionnelle

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