Metal symphonique, chanteuse, pochette qui recycle tous les clichés fiévreux du genre, et page Facebook qui ressasse les sempiternelles influences : NIGHTWISH, EPICA, WITHIN TEMPTATION, EDENBRIDGE, SYMPHONY X, DELAIN. Recevant un CD promo pareil, avec moins de conscience professionnelle, c’est direct le tiroir des invendus de l’imagination et on oublie immédiatement. Sauf que non, évidemment, et pas seulement parce les groupes/labels/managers/agences de promo qui envoient encore des CD physiques méritent quand même un peu de respect. Avant même d’avoir posé mes plus si chastes oreilles sur le premier album d’ELFIKA, je n’avais nullement envie d’entendre leur musique. Après tout, en bon réfractaire du style, l’attitude eut été logique, détestant déjà cordialement tous les groupes précités qui représentent pour moi le nadir de la création musicale en termes de Metal. Mais puisqu’il faut bien se recentrer sur le principal, un groupe existant depuis dix ans, ayant bossé comme un âne pour enfin publier son premier LP après une décennie complète, et s’étant constamment remis en question mérite un minimum d’attention…Alors, pour la faire courte, ELFIKA est en fait à la base un duo franco-belge, constitué de deux compositeurs/interprètes, Laure Ali-Khodja au chant et Manu BasseKiller à la…basse bien sûr, qui s’est réuni en 2009 pour essayer de proposer sa propre version d’un Metal progressif aux aspirations symphoniques, et qui aujourd’hui y parvient grâce à sa ténacité et au label belge Valkyrie Rising. Ce premier LP intervient donc après une démo, qui avait permis au groupe de faire valoir ses qualités mais aussi de prendre conscience de ses défauts, mais ce départ devait finalement s’avérer être un faux, puisque suite à la sortie de la maquette, plusieurs membres prirent la tangente, laissant notre duo de base bien seul. Mais c’était sans compter sur la force de caractère de Manu et Laure qui ont continué de travailler ensemble, jusqu’à réaliser leur rêve baptisé Secretum Secretorum.

Sans vouloir gâcher une surprise qui n’existe pas, ce premier LP ne révolutionnera aucunement le petit monde du Sympho Metal. Ne voyez rien de péjoratif dans cette assertion, puisque je suis certain que telle n’était pas la volonté du groupe. Leur seul souhait semble-t-il était d’aller jusqu’au bout de leurs capacités, d’enregistrer une musique dont ils puissent être fiers, et de fait, s’entourer des bonnes personnes. Notamment Anthony Parker à la guitare, dont le groupe affirme « qu’il a apporté tout le côté métal des guitares souhaité depuis longtemps par Manu, et ceci avec une technicité et un niveau de réalisation exceptionnel qui permit de construire les morceaux au-delà des souhaits les plus ambitieux. », mais aussi Axel Thomas à la batterie, qui confère à la rythmique cette solidité dont elle a tellement besoin. Sous ce point de vue-là, l’opération est une brillante réussite, puisque le projet, sans donner l’accolade aux plus grandes références du genre, reste d’une qualité constante et d’un intérêt certain. Bien sûr, quelques petites erreurs restent encore à gommer, notamment en termes de production, qui ne traite pas toujours le chant avec la délicatesse qu’il mérite. Le chant justement, assuré dans tous les registres par Laure est convaincant, subtil, puissant, modulé, lyrique mais pas pénible, et nous permet de nous envoler au son de compositions qui acceptent toutes les responsabilités du rôle. Inutile donc de vous attendre à une digression toute en humilité, puisque ELFIKA se l’est joué bombastic et opératique, ce que l’intro digne d’une cascade de voiture en hélicoptère de Michael Bay « The Chamber Of Secrets » confirme bruyamment. Une intro qui nous plonge dans l’ambiance et nous prépare à la déferlante « So Human », qui en un peu moins de sept minutes nous expose toutes les idées. Grosses guitares pour riffs symptomatiques, structure évolutive, classicisme d’interprétation, chanteuse à l’aise dans sa robe de soirée, mélodies prononcées pour un passage en revue de tous les impératifs. C’est formel, mais si on accepte le fait, le tout se laisse écouter avec beaucoup de plaisir.

Alors groupe de Metal symphonique, d’accord, c’est indéniable. Mais avant tout, ELFIKA est un groupe de Metal capable de composer et interpréter de très bonnes chansons, catchy comme il faut, à l’image de « Angel », qui bien sûr rappelle méchamment NIGHTWISH, mais qui nous convainc de son up tempo martelé comme un mantra et de ses variations vocales bienvenues. Mais le gros morceau de Secretum Secretorum est évidemment sa partie centrale, avec cette longue suite découpée en quatre chapitres bien distincts, sur laquelle le groupe déploie tout son savoir-faire. Car à l’instar de nombreux artistes contemporains, ELFIKA aime à intégrer à sa musique des éléments hors contexte, comme des arrangements synthétiques, certes pas toujours efficients ou pertinents, mais qui ont le mérite de conférer à leur travail une patine plus sombre, autorisant les incartades plus Heavy bienvenues. Avec ces multiples allusions au répertoire classique, ces envolées typiques du créneau, cette atmosphère qui change d’une minute à l’autre et ces ambitions clairement affichées, le duo marque des points, et permet à son œuvre de sortir de l’ombre. On sent en effet que Manu et Laure ont des choses à dire, qu’ils ont pris le temps de les coucher sur partition, et qu’ils ne se sont pas lancés dans l’aventure à l’aveugle. Moi qui suis complétement réfractaire à l’approche y ai pris beaucoup de plaisir, et encore plus en découvrant le final apocalyptique et dramatique de « Inferno », qui représente quand même le pinacle d’une philosophie que beaucoup jugeront surfaite, et qui pourtant caresse les oreilles avec une grandiloquence qui laisse admiratif. Avec son acmé, ce morceau se permet de mélanger des chœurs tonitruants à la Dario Argento d’Inferno justement, et un Metal larger than life, aux harmonies prépondérantes. La voix de Laure, déjà éclatante de puissance s’autorise toutes les dérives, et nous emporte loin, très loin, avant de nous exploser d’une rage non contenue sur les dernières minutes, Power Metal en diable.

Certes, les soli sont encore un peu timides niveau son, certes l’originalité est inexistante, mais est-ce pour autant qu’il faut se montrer méprisant ? Certainement pas, mais je laisserai les spécialistes du genre se prononcer à ma place quant à la crédibilité de Secretum Secretorum. J’en resterai sur mon sentiment personnel et tout à fait subjectivement positif.     

               

Titres de l’album :

                           01. The Chamber Of Secrets

                           02. So Human

                           03. Angel

                           04. The Other

                           05. Broken Wings

                           06. Dark Virgin Part I: The Prayer (ave Maria)

                           07. Dark Virgin Part Ii: Form Heaven To Hell

                           08. Dark Virgin Part Iii: Revenge

                           09. Dark Virgin Part Iv:Redemption

                           10. Inferno

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par mortne2001 le 17/01/2020 à 17:13
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