Solitary Men

Refuge

08/06/2018

Frontiers Records

Voilà donc un groupe qui ne dira pas grand-chose à grand monde. Nom inconnu (ou presque), musique assez standard et passe-partout, sauf qu’en y regardant de plus près, des indices vous permettront de deviner que les musiciens se cachant derrière ce nom lui aussi assez commun sont tout sauf des inconnus…D’abord, le lettrage du logo de REFUGE, qui évoque malicieusement celui d’un autre combo beaucoup plus illustre. Ensuite, et avec un œil plus ou moins affûté, les visages dessinés dans le tronc de cet arbre démoniaque. Et surtout, la maison de disques, qui n’a pas vraiment l’habitude de signer des olibrius en mal de reconnaissance. Serafino et Frontiers nous ayant habitué par le passé à mettre en branle des projets axés autour de faciès fameux n’en étant pas à leur coup d’essai, on pourrait légitimement se dire qu’il y a anguille sous roche. Et en soulevant les pierres, on se rendra très vite compte que le nom de REFUGE en cache un autre, dont les fans de Heavy et Power Metal sont coutumiers depuis de longues années. Car le line-up de ce faux nouveau combo est du genre classique et historique, puisqu’on y retrouve aux postes-clé trois instrumentistes ayant secoué la scène Metal allemande entre 1987 et 1993…Et si je vous parle de Manni Schmidt à la guitare, de Chris Efthimiadis à la batterie et surtout de Peter "Peavy" Wagner à la basse et au chant, gageons que vous ne mettrez pas plus de quelques secondes à deviner la corrélation qui existe entre ce nouveau projet et celui beaucoup plus ancien de RAGE. Car oui, les REFUGE ne sont rien d’autre que la réincarnation en trio de la formation mythique qui en six ans enregistra une poignée de LP aussi sympathiques que symptomatiques d’un Metal germain bien en vogue à l’époque. Souvenez-vous, Secrets In a Weird World, Perfect Man, Reflections of a Shadow et Trapped !, soit un léger glissement entre Speed et Power Metal plus costaud, avant que leurs chemins ne se séparent et que Peavy ne reste seul à la barre de RAGE, transformant ce combo plus ou moins perfectible en machine de guerre Heavy aux prétentions symphoniques.

Depuis, les trois acolytes se sont retrouvés, réassemblés pour le fun, fait quelques concerts plus ou moins intimistes dans de petites salles et offert des performances plus élaborées en festival, et c’est donc très logiquement que nous retrouvons la suite de leurs aventures sur vinyle aujourd’hui, Frontiers ayant flairé la bonne affaire et senti le potentiel commercial d’une telle reformation sous un autre nom. Dès lors, qu’attendre d’une affaire de famille qui remet le couvert pour une poignée de nouveaux titres et un concept de translation assez futé dans le fond ? Du sous-RAGE réarrangé à la sauce 2018, avec opportunisme grossier et facilité à la clé ? Une relecture à l’identique des partitions passées, pour mieux attirer dans leurs filets les fans de cette période qui fut l’une des plus versatiles du groupe ? Ni l’un, ni l’autre, ou alors une moyenne entre les deux, puisque Chris, Manni et Peavy ont eu l’intelligence de ne pas se perdre dans une nostalgie lucrative, ni dans un lifting un peu trop prononcé pour ne pas effrayer leurs anciens fans. En résulte donc un album relativement joyeux, montrant que cette réunification aussi imprévisible qu’incongrue a le droit d’exister en tant que telle, sans viser des sommets de créativité historique, mais sans non plus rester trop anecdotique. Elle montre surtout que les trois anciens compères ont pris beaucoup de plaisir à composer ensemble en souvenir du bon vieux temps, sans se contenter de nous refiler quelques plans réchauffés ou éculés. Tout n’est évidemment pas parfait, et surtout, pas vraiment au niveau des plus grandes réussites individuelles que l’on pouvait trouver sur les albums d’époque (inutile donc d’espérer un nouveau « Invisible Horizons » ou une adaptation de « Time Waits For Noone »), mais le parfum léger et euphorique que dégage ce mal nommé Solitary Men pourra tout autant séduire les nostalgiques de l’époque dorée du groupe rebaptisé que de nouveaux fans qui seront irrémédiablement séduits par ce débordement d’énergie, qui emprunte parfois des sentiers assez peu balisés, foulés d’un pas Rock N’Roll pas vraiment coutumier.

Le principal reproche que l’on formulait à l’encontre du RAGE historique était de parfois céder à la facilité d’une certaine niaiserie Heavy typiquement germanique, mais aussi, ces accents suraigus dans la voix de Peavy, qui ne maîtrisait pas vraiment le chant à la Kai Hansen. En résultait des albums hautement inégaux, pas vraiment homogènes, ou le pire côtoyait souvent le bon, sinon le meilleur. REFUGE a donc corrigé le tir et profité de l’expérience acquise au travers des années, celle de Peavy évidemment, le maître d’œuvre, mais aussi celle de Manni au sein de GRAVE DIGGER. De fait, sur les onze morceaux proposés, certains ne manqueront pas de rappeler des albums aussi éternels que Perfect Man, tandis que d’autres suggéreront une alliance entre le savoir-faire ultérieur de Peavy et celui de Manni, unis dans un même élan méchamment Heavy, mais aussi salement groovy (« Let Me Go », archétype du Metal d’outre-Rhin, mais joué avec un bel entrain). On trouvera aussi parmi cette floraison des choses plus nuancées et graves, comme ce superbe « Living On The Edge » qui après une intro lourde et pesante nous lâche les petons qui peuvent enfin s’agiter au tempo d’un Boogie-Heavy teuton. Quelques incongruités typiquement fun sauront aussi aérer le tout, et conférer à cette entreprise toute la légèreté dont elle a besoin pour convaincre, et le ludique « Bleeding From Inside » de s’imposer comme la petite bulle de savon traversant la Ruhr sans craindre d’exploser. Le phrasé très syncopé de Manni n’a pas vraiment changé, lui qui s’est toujours montré à l’aise dans tous les styles de jeu, et si la frappe de Chris a légèrement calmé le jeu, elle n’en reste pas moins caractéristique de la vague Power-Speed allemande telle que nous l’avons toujours connue (« From The Ashes », l’un des plus costauds et mélodiques du lot). Quant à la voix de Peavy, elle reste dans les tonalités du RAGE post 1993, essayant toutefois de retrouver certains accents de l’époque, sans évidemment prendre le risque de trop décoller pour rester convaincante et puissante.

Et le tout passe en un peu moins d’une heure, se montrant aussi peu essentiel qu’indispensable. Dualité intéressante d’un disque dont tout le monde aurait pu se passer mais qui finalement s’apprécie comme une fantaisie attachante, d’autant plus que les morceaux s’avèrent solides, et suffisamment mélodiques pour ne pas lasser. Mais le plaisir éprouvé suinte de ses sillons, et permet à trois acteurs essentiels de la scène Metal allemande de remettre le couvert pour nous faire du bien en se faisant du bien. Impossible de résister à la vélocité mâtinée d’harmonie de « Hell Freeze Over », ou au binaire boosté légèrement passéiste de « We Owe A Life to Death », qui aurait largement eu sa place sur Secrets in a Weird World. Le meilleur des deux mondes ? C’est une conception possible, mais autant aborder Solitary Men pour ce qu’il est vraiment. Un cadeau mineur, à la joie majeure, et surtout, l’occasion de retrouver trois trublions qui s’entendent toujours comme des larrons, et qui finalement, n’ont pas tant vieilli que ça, musicalement et artistiquement parlant. Les souvenirs du passé étant souvent un REFUGE sous lequel s’abriter, cet album pourra justement vous permettre d’oublier le quotidien l’espace d’un instant.  

 

  

Titres de l'album:

                        1.Summer's Winter

                        2.The Man In The Ivory Tower

                        3.Bleeding From Inside

                        4.From The Ashes

                        5.Living On The Edge Of Time

                        6.We Owe A Life To Death

                        7.Mind Over Matter

                        8.Let Me Go

                        9.Hell Freeze Over

                       10.Waterfalls

                       11.Another Kind Of Madness (Bonus Track)

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 24/06/2018 à 14:05
75 %    369

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Licence to Kill

mortne2001 04/06/2020

Mood Swings

mortne2001 02/06/2020

Wintersun

JérémBVL 01/06/2020

Songs For Insects

mortne2001 30/05/2020

Solstice

mortne2001 28/05/2020

The Triumph Of Steel

JérémBVL 27/05/2020

The Gathering 2006

RBD 26/05/2020

End Of Society's Sanity

mortne2001 25/05/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
KaneIsBack

Jamais vu le groupe en live, en grande partie à cause de leur réputation catastrophique. Mais j'adore sur album, et ce disque, malgré ses défauts, reste une de mes références (il faut dire qu'il fait partie des premiers albums que je me suis payé). Par contre, je tiens à dire ici haut et for(...)

05/06/2020, 21:41

poybe

Perso je les ai vus il y a une dizaine d'années à la coopé de Clermont (tournée avec Moonspell, Turisas et Dead Shape Figure (là j'ai du rechercher le nom du groupe ^^)), je n'en garde pas un mauvais souvenir. Le son était bon, la prestation correcte, sans être non plus transcendante ... j'av(...)

05/06/2020, 18:45

Hair-dressing Curiosity

@ Humungus :
:-)))))

N'empêche que pour ceux qui avaient biberonné aux 4 Horsemen dans les 80's, devoir subir des curetages du prose comme Load/Reload/St Anger... bordel ! la cicatrisation des sphincters a pris du temps. C'est un peu comme les rhumatismes, ça se réveille mêm(...)

05/06/2020, 17:05

Reading Bouquinerie

Naaa, c'est de la petite série, réimprimé par paquets de 12. :-D

Raaa n'empêche j'ai hâte de lire ça ! Ca va raviver des souvenirs !
(mode "vieux con", avec ses demo tapes sous le bras)

05/06/2020, 16:51

Lifting Catastrophy

J'en viens à penser que le récit d'un BON concert de Cradle ça permet finalement de démasquer à coup sûr un pseudo spectateur qui en fait ne les a jamais vus live. :-))))))




Non allez, pas tapé !! c'était juste pour faire du mauvais esprit. :-)))))

05/06/2020, 16:47

Goughy

Je n'ai que cet album et "Beauty", vu 5 ou 6 fois, toujours en festival ou "gros concert" dons ils n'étaient pas tête d'affiche, je n'ai jamais entendu pareille bouillie sonore pour aucun groupe, même du grind de squat.
On en parle parfois avec mon pote qui me dit que je ment, qu'on les a v(...)

05/06/2020, 15:57

Humungus

4ème réédition putain !?!?
Musso n'a qu'à bien se tenir !

PS : A quand dans la Pléiade ???

05/06/2020, 13:12

Humungus

Bah écoutes, j'ai fort bien fait de ne faire aucun commentaire hier soir car tu as (d)écrit en mille fois mieux qu'elle était mon ressenti sur le sujet...
Merci Professeur Hair-dressing Curiosity.

05/06/2020, 13:10

Hair-dressing Curiosity

Je pense que c'est un tout.
S'ils n'avaient pas à ce point retourné leur veste, il y aurait eu une meilleure acceptation du look, parce qu'ils avaient un tel capital sympathie et affectif avec le public que les fans auraient évoqué ça 6 mois plus ce serait passé crème.
Mais quand (...)

05/06/2020, 12:27

Reading Bouquinerie

maLin

05/06/2020, 12:20

Reading Bouquinerie

C'est main, je viens de me délester de 46 balles. :-))))

(merci MetalNews !!)

05/06/2020, 12:20

Arioch91

Excellent ouvrage que je recommande !

05/06/2020, 07:09

Humungus

Sachant que j'ai dû les voir 3 ou 4 fois, j'ai donc eu l'immense malchance de tomber à chaque fois sur une de leurs 5 mauvaises prestations live.

The Trve Humungus.

05/06/2020, 05:22

Satan

Deux choses :
1) C'est "Whore" en non "Wore".
2) De plus, c'est le nom de l'opus qui prend des petits points (au nombre de 5) et non le titre éponyme qui s'écrit d'une seule traite.
Désolé d'être pénible mais on se doit de respecter les chefs-d’œuvre jusque dans les moindr(...)

04/06/2020, 23:18

Satan

Il est parfaitement risible que l'argument number 1 de l'époque était "ils ont coup leurs cheveux". Ça en dit long sur le degré d'immaturité de bon nombre de métalleux malheureusement.

04/06/2020, 23:05

lolo

pas mal le chat planqué dans les gradins!

04/06/2020, 15:55

Humungus

"Age tendre et têtes de con" voulais-tu dire non ?

04/06/2020, 13:07

Jus de cadavre

O'Brien est toujours dans le line-up sur Metal-archives, mais sur le post de Fisher en studio il mentionne le nom de Rutan...
"georgecorpsegrinder
Guess what I’m doing @manarecording @cannibalcorpseofficial @alexwebsterbass @erikrutanofficial #paulmazurkiewicz #robbarrett @metalbladere(...)

04/06/2020, 11:57

grinder92

Pat est sorti de prison (50000$ de caution). Je pense qu'il n'en a pas fini de ses soucis judiciaires, mais il est libre.
A-t-il composé pour le prochain album ? aucune idée...

04/06/2020, 11:47

L'anonyme

Et avec qui pour remplacer Pat 0'Brien, parce que je suppose qu'il est toujours en prison ? Erik Rutan ? D'autant plus que O'Brien compose beaucoup pour le groupe...

04/06/2020, 11:34