Ne pas sortir d’album pendant plus de dix-huit ans peut-être assez risqué. L’oubli, les modes qui passent, le temps aussi, les récifs à éviter pour continuer de flotter sur la mémoire des gens sont nombreux, et très dangereux. Alors autant mettre toutes les armes de son côté lorsqu’on décide de battre à nouveau pavillon, sauf si le dit pavillon n’a jamais cessé d’être agité par le vent de la passion. Or, proposer après un long silence treize chansons pour plus d’une heure de musique, et pouvoir s’enorgueillir d’avoir auprès de soi des musiciens aussi prestigieux que Steve Lukather ou Neal Schon n’est pas donné à tout le monde. Mais à Gregg ROLIE, si. Et pour cause, puisque le musicien n’est pas vraiment né de la dernière pluie R n’B, mais plutôt de la scène Soft Rock des années 70, et qu’il fut autrefois par deux fois intronisé au Rock n’Roll Hall of Fame. Pour quelles raisons ? En tant que membre fondateur de deux groupes majeurs de cette décennie, aux ventes et à l’influence incomparables, JOURNEY et SANTANA. Avec ça sur le CV, inutile d’en dire plus, à part que Gregg fait aussi partie depuis de longues années du groupe de tournée de Ringo Starr, le ALL STAR BAND, aux côtés justement de ses deux compères Steve et Neal. Tout ça est donc bien joli, et le gratin bien doré, mais cela nous garantit-il de passer un bon moment auprès de ce musicien qui n’a pas volé de ses propres ailes depuis fort longtemps ? Car en dix-huit ans, et malgré des qualités de songwriter qui ne sont plus à prouver, on peut connaître une grosse panne d’inspiration ou se laisser guider par les mauvais phares. N’ayez crainte, l’homme a suffisamment de bouteille pour trousser treize morceaux tenant largement la route, et les interpréter avec passion, investissement, et autres ornements mélodiques dont il a le secret. Et même si ces treize morceaux ne sont pas autant d’originaux, Sonic Ranch est un pur moment de bonheur Classic Rock, versatile mais cohérent, précieux mais abordable, qui ravira tous les fans du musicien, mais aussi les amoureux d’une musique intemporelle…

Carrière née dans les seventies, mais approche hors du temps. C’est un peu comme ça qu’on peut résumer l’entreprise dans d’autres mots que ceux de son auteur. Gregg dit d’ailleurs à propos de ce LP intervenant sur le tard, « le fait est que j'ai travaillé, j'ai écrit des chansons au fil des ans et nous en avons enregistré la moitié en 2013. Ensuite, j'ai commencé à faire de la tournée avec Ringo et j'ai participé à la réunion de SANTANA, 'Santana IV '. Tout a pris du temps. Enfin, lorsque Santana IV a été finalisé, j'ai pu revenir à la fin du disque. ». Enregistré dans plusieurs studios au Texas dont le RMG studio, les Arylyn Studios d’Austin et le Sonic Ranch à Tornillo, ce nouvel effort de ROLIE est donc un hommage à ce dernier, et s’est vu produire par le fiston Sean, secondé par Chris "Frenchie" Smith et Daniel Sahad. Outre ces références, on retrouve donc deux sidekicks de luxe, en les personnes de Steve Lukather, venu taquiner le manche sur "They Want It All" et "Give Me Tomorrow" et Neal Schon, via "Breaking My Heart" et "Lift Me Up". Outre ces collaborations, Gregg s’est aussi permis de remettre au goût du jour un vieux morceau de JOURNEY, "Look Into The Future", co-écrit avec Diane Valory et Neal Schon et qu’on retrouvait sur l’album du même nom, et d’offrir un lifting gospel au standard « Don’t Be Cruel », qui prodigue une clôture d’album un peu particulière. Voilà donc pour les informations les plus importantes, le reste dépendant évidemment de votre sensibilité individuelle. Précisons toutefois qu’en sus de ces deux accolades fraternelles, Gregg a bénéficié des soins particuliers de Michael Shrieve à la batterie et d’Alphonso Johnson à la basse, ce qui nous donne un tableau assez complet au moment d’affronter l’œuvre de ce musicien au talent aussi immense que son humilité.

Dans les faits, Sonic Ranch est donc l’équivalent américain de la proverbiale auberge espagnole, avec des hôtes de luxe et un traitement de faveur offert aux invités. Les afficionados seront évidemment ravis de retrouver la voix un peu rauque de leur héros, et son toucher de clavier sur orgue Hammond, mais les néophytes en la matière se retrouveront aussi autour du traitement contemporain offert à des compositions Classic Rock jusqu’au bout des ongles, qui évoquent le passé de ROLIE au sein de JOURNEY, mais aussi ses accointances Soft Rock et l’art de TOTO pour développer des harmonies sans tomber dans la mélasse. Ainsi, le chanteur/claviériste passe en revue tous les styles génériques qu’il maîtrise à merveille, que l’ambiance soit délicatement groovy n’funky sur « Lift Me Up », ou plus profondément Pop n’Soul via « That's The Way It Goes », que Lukather aurait aussi pu s’approprier en solo. On pense à l’arrière-garde des plus grands compositeurs du paysage musical US, les Petty, Springsteen, Marx, Marc Cohn, Browne, mais on apprécie particulièrement ces arrangements modernes qui évitent de tomber dans la redite des vieux héros qui pensent toujours aujourd’hui que c’était mieux hier. Ce qui nous donne des nuances délicieuses, comme cet « Only You » sensuellement électronique, ou des appuis plus charnels, comme sur le lourd mais séduisant « You », aussi torve qu’un regard soutenu dans un bar du Texas. Les parties de clavier sont bien évidemment très soignées, et dérivées des inspirations seventies, mais les guitares ne sont pas en reste, et lorsqu’elles laissent de l’espace, c’est la basse et l’orgue qui se disputent la vedette, débordant de feeling (« Look Into The Future »). Difficile de croire qu’en plus d’une heure l’homme ne se perd pas dans ses pensées, et pourtant, aucun trou de mémoire ni balbutiement ne vient entraver le discours tranquille mais assuré de Sonic Ranch, qui accepte tout autant les respirations shuffle (« They Want It All », le plaisir coupable de Lukather depuis des siècles), que les soulignements Pop-Rock déliés (« Rockit »).

Et si ROLIE se permet de nous guider vers une fin de nuit très bluesy (« If I Went Home », du doigté et de l’élégance au moment de raccompagner), il nous surprend de son intimisme avec une reprise très modifiée du classique « Don't Be Cruel », qui entre ses mains expertes devient une véritable déclaration d‘amour Soul et Gospel à reprendre dans les églises. Nous sommes donc loin du stupre provocant d’Elvis, mais la transposition est magique, et confirme que le musicien en a encore sous les bottes au moment de créer et de s’approprier. Certes, il a pris son temps, continué les tournées, nous a laissé sans sa touche unique pendant presque deux décennies, mais il a eu moins eu la politesse de revenir avec un album comblant toutes les attentes au-delà de leurs plus folles exigences. Une vraie perle de Rock américain traditionnel remis à la page, mais surtout, du plaisir de partager, et du délice en musique. Train kept a ROLLIE

   

Titres de l’album :

                        1. Give Me Tomorrow

                        2. Breaking My Heart

                        3. What About Love

                        4. That's The Way It Goes

                        5. Only You

                        6. They Want It All

                        7. Lift Me Up

                        8. Us

                        9. You

                        10. Look Into The Future

                        11. Rockit

                        12. If I Went Home

                        13. Don't Be Cruel

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par mortne2001 le 15/01/2020 à 19:33
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C'est le Ptiot qu'on voit à la basse? C'est pas Jean Noel qui a enregistré l'album?


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Deux PRIESTs pour le prix d'un, que demander de plus ?!
Hâte de voir ça en live...


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C'est très bon


En effet pas mal du tout dans le genre. Même si déjà entendu 1000 fois. Plus Grave que Grave !


Ca sent vraiment la fin du bal, là.


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