Les ténèbres sont donc de retour, nimbées dans une aura mystique qui défie le temps et l’espace…De la même manière qu’il est très atypique pour un groupe en 2017 d’afficher une page Myspace comme site officiel, la musique proposée par REVERORUM IB MALACHT semble refuser le temps qui passe et les influences extérieures pour se concentrer sur son propre monde, opaque, sombre, nébuleux et inquiétant. Formé en 2005 sous la forme d’un duo (Karl Hieronymus Emil Lundin – guitare, basse, batterie, chant, claviers, violoncelle, Karl Axel Mikael Mårtensson – guitare, chant, luth et flute), ce projet obscur semblerait évoluer désormais en tant que trio, via l’adjonction de Johan Gustafsson (bruits divers, depuis 2014) si l’on en croit la page de référence Encyclopedia Metallum. Après trois démos en quatre ans d’existence (What Do You Think of the Old God, We Call Him Judas?, 2005,  Likpredikan, 2006 et Demo 09 en 2009), le concept s’est enfin répandu sur un format longue durée, grâce à l’imposant Urkaos, publié en 2011. Depuis, De Mysteriis Dom Christi a été lâché à la face d’une fanbase médusée il y a trois ans, mais c’est aujourd’hui Teg Agios Numini qui occupe les feux des enfers, bien que cet album soit le fruit d’une longue maturation de plus de dix années. En parcourant la toile, j’ai découvert que les quatre morceaux de ce troisième album sont en quelque sorte des inédits, que le duo/trio s’est enfin décidé à proposer en version CD via leur label américain habituel The Ajna Offensive. Est-ce pour autant que nous devrons nous contenter de restes ? Si vous êtes coutumier de l’univers baroque et horrifique des suédois, pas vraiment…

Pour qui a déjà posé ses oreilles rompues à l’exercice Dark Ambient/ Black Ambient, REVERORUM IB MALACHT est une créature hideuse aux visages multiples, en forme de masques derrière lesquels se cachent tout sauf des inconnus. Karl Axel Mikael Mårtensson est en quelque sorte un habitué de la scène underground extrême et climatique, puisqu’il a fait partie du casting des terrifiants EMIT, mais aussi des repoussants DÖDFÖDD, dont il est d’ailleurs toujours membre actif. Ces deux noms vous en diront certainement plus que n’importe quel discours ampoulé, puisqu’EMIT, depuis transformé en représentant de musique liturgique (HAMMEMIT si vous ne connaissez pas encore, excellents albums) a parsemé son parcours de disques tous aussi bruitistes que terribles, et surtout assez tétanisant pour les plus fragiles. Ce qui ne veut absolument pas dire que REVERORUM IB MALACHT n’en soit qu’un clone, loin de làA vrai dire, les deux groupes sont aussi dissemblables que ressemblant, et possèdent tous les deux une approche personnelle de la terreur musicale, qu’ils expriment avec des points de vue tout aussi jusque-boutiste.

D’un point de vue abstrait, il serait tout à fait possible de définir Teg Agios Numini en citant quelques influences de bon ton, mais je préfère parler de son contenu en tant que tel. Contenu difficilement descriptible, et que je préfère détacher de suite des convictions personnelles de ses membres pour ne pas déclencher de polémiques (si le sujet vous intéresse, rendez-vous sur le net…). Artistiquement, la vision des suédois est toujours aussi extrême et fascinante. Elle combine les aspects les plus déviants de l’Ambient, à une force de frappe BM très erratique, qui ne trouve sa concrétisation que par épisodes imprévisibles.

Précisons que REVERORUM IB MALACHT a opté pour une production très bizarre, qui étouffe complètement les guitares qui deviennent indiscernables, et qui place les voix et la basse en avant, pour laisser la batterie très loin derrière…Composé de quatre morceaux, dont deux interludes courts annonçant les grosses pièces dites « Metal », Teg Agios Numini est un exercice de style absolument hypnotisant, qui vous enserre dans un monde réfutant tout principe de lumière, mais ne dupant pas ses invités éventuels de tours de passe-passe gratuits et stériles. On sent un réel effort de composition et d’agencement, même si la liberté reste prépondérante, ce que le premier segment progressif laisse sous-entendre de ses divers chapitres assemblés. Mais même si quelques blasts épuisés se hissent aux avant-scènes, même si les voix traitées sont abyssales, et même si l’ambiance délétère et mortifère nous en rapprochent, il est quand même très ardu de rattacher la chose au mouvement Black Metal, bien que celui-ci a depuis très longtemps abandonné tout précepte de logique et de cloisonnement.

Concrètement, les deux morceaux les plus courts sont les plus abordables d’un point de vue musical, et sont parfait dans leur rôle « d’ambianceurs », nous plongeant dans une atmosphère putride et déliquescente qui nous permet une immersion totale. Ils sont aussi les plus musicaux, laissant même transparaitre des mélodies exsangues, qui s’expriment via des textures un peu sourdes. Mais le cas des deux gros pavés qui les compressent est éminemment différent…

« Long Into The Time Beyond », d’une durée très honorable de vingt-et-une minute, est sans doute le pamphlet le plus BM du lot. On y reconnaît la patte lourde du groupe, et surtout, son inspiration créative qui se concrétise dans un souffle épique rappelant tout aussi bien GNAW THEIR TONGUES qu’ABRUPTUM, DEATHSPELL OMEGA version démo caverneuse, ou même nos frenchies de MURMUÜRE…Inutile toutefois d’y chercher une quelconque cohérence narrative, puisque les idées s’enchaînent avec fluidité certes, mais en restant affranchies de toute entrave, pour une progression en crescendo d’horreur presque palpable. C’est bruyant, les voix n’ont plus rien d’humain, la batterie peine à s’imposer dans les limbes, et la musicalité est bannie au profit d’une recherche de climats tous plus horribles les uns que les autres. Mais le fait est que…ça fonctionne.

Beaucoup plus en tout cas que le second chapitre « Dwellings Are His That Die », qui ressemble sur ses deux tiers à une longue déformation de hit Techno-Trance perdu sur les étagères d’un ancien DJ devenu mage des enfers, et qui finalement, propose une outro de cinq minutes qui finit quand même par développer un BM décharné aux fréquences graves vibrantes. Les effets sur le chant sont de plus en plus abominables, et les couches de chœurs désincarnés se superposent pour une BO d’impossible film d’épouvante que même les oreilles les plus blasées auront du mal à suivre sans essayer de se fermer…

Deux options seulement, comme dans tous les cas similaires. Soit vous acceptez la démarche et vous adhérez ou non au propos (oui, rien n’est garanti tant les suédois poussent les choses à leur paroxysme), soit vous la réfutez, et inutile de perdre votre temps. Mais en l’état, et en tout conscience, je fois affirmer que ce troisième LP des REVERORUM IB MALACHT est aussi intéressant que les précédents, et tout aussi osé. Dans un registre plus Dark Ambient que BM, mais qui finalement est plus une affaire de ressenti que de catégorie.


Titres de l'album:

  1. Synesthesi
  2. Long Into The Time Beyond
  3. Reverorum Ib Malacht
  4. Dwellings Are His That Die

Myspace officiel


par mortne2001 le 22/08/2017 à 14:44
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Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


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