The 13th Beast

Malevolent Creation

18/01/2019

Century Media

La vie est tout sauf un long fleuve tranquille, et ça, je pense que tout le monde l’a compris depuis très longtemps. Et s’il fallait une preuve de ce postulat, la situation actuelle des MALEVOLENT CREATION en serait l’illustration la plus parfaite. Actifs depuis 1987, les floridiens originaires de Fort Lauderdale ont pourtant connu un parcours relativement linéaire jusqu’il y a peu, avant que le sort ne les frappe de plein fouet, et que certains de ses membres soient obligés de prendre des décisions drastiques. Et ainsi, les quatre ans séparant Dead Man’s Path sorti en 2015 et The 13th Beast, paru en janvier de cette même année ont été le théâtre d’un grand chambardement, au point qu’on a du mal aujourd’hui à reconnaître le groupe que l’on a toujours connu. Pour qui suit un peu l’actualité Metal, le décès de Bret Hoffmann en 2018 n’aura rien d’une simple anecdote de bas de page, et le destin de la bête abjecte semblait méchamment compromis, puisqu’il était sujet à questionnement en termes de continuité. Comment remplacer un vocaliste de légende, dont le timbre unique avait propulsé des œuvres comme The Ten Commandments ou Stillborn dans la stratosphère des travaux les plus fondamentaux de la scène Death US ? Certes, depuis, sans jamais décevoir, MALEVOLENT CREATION s’était souvent contenté de répéter la même recette avec plus ou moins de bonheur et de cruauté, mais ses albums n’avaient jamais déçu, mis à part peut-être le plus hasardeux Invidious Dominion qui marquait quelque peu le pas. Et c’est donc sur les épaules solides du guitariste originel Phil Fasciana que pesait tout le poids de la légende, d’autant plus que ses anciens frères d’armes n’étaient plus là pour l’aider à faire perdurer la tradition. C’est donc un visage complètement nouveau qu’offre le quatuor aujourd’hui, avec pas moins de trois nouvelles recrues qui doivent assumer la transition entre le passé et l’avenir, et autant dire que sans véritable surprise, The 13th Beast continue le travail de sape entrepris dès la fondation du combo, sans choquer, mais surtout, et plus important, sans laisser retomber la pression.

Autour de Phil, nous retrouvons donc une nouvelle section rythmique composée du bassiste Josh Gibbs (SWAMP GAS, THRASH OR DIE, ex-SOLSTICE) et du batteur Philip Cancilla (BITS OF GORE, PRIMITIVE BRUTALITY), et surtout, un nouveau vocaliste, qui prend aussi en charge la guitare rythmique, Lee Wollenschlaeger (IMPERIAL EMPIRE, THRONE OF NAILS, ex-DIEVERSION). Cette nouvelle formation se devait donc de frapper un grand coup pour ne pas ternir l’image, et la mission a été acceptée, et l’essai transformé haut la main, puisque sans faire partie du très haut du panier des floridiens, The 13th Beast ne déçoit aucunement, et propose son lot de moments forts. Mixé et masterisé par l’increvable et estimable Dan Swano, ce treizième album dispose donc d’un son fort mais brillant, qui met évidemment l’emphase sur la guitare, comme d’habitude, mais qui laisse une basse ronflante et claquante apporter sa contribution, loin d’être anecdotique. Et en tant que fan du groupe depuis l’écoute de l’historique « Decadence Within » que l’on trouvait alors sur le sampler Roadracer At Death's Door en version démo de 1990, je dois admettre que tous les efforts consentis par Phil Fasciana pour faire survivre la créature n’ont pas été vains, puisque sa guitare est toujours aussi aiguisée et affamée, et que sa version estampillée 2019 de MALEVOLENT n’a pas à rougir du visage historique offert pendant presque trente ans. Certes, et inutile de tourner autour du pot, il y a longtemps que l’on attend plus du groupe qu’il soit capable de produire des œuvres de la trempe de ses trois premiers chapitres, mais ce treizième tome n’a pas à rougir d’une quelconque comparaison avec les évènements discographiques de ces quinze dernières années. Il se place même parmi les tentatives les plus brutales du combo, sans pour autant renoncer à cette patine Thrash qui permet à son Death impitoyable de sortir du lot et de s’extirper du marasme ambiant d’un genre qui semble avoir tout dit depuis très longtemps.

Ce qu’on pourra peut-être reprocher à cette nouvelle étape est sa longueur. En cinquante minutes, Phil et les siens multiplient les allusions, et se répètent de temps à autres un peu gauchement, accumulant les citations personnelles dans le texte. Si l’on retrouvera le mordant qui animait Dead Man’s Path, la voix de Lee Wollenschlaeger plus caverneuse et moins singulière fait parfois sombrer certains titres dans une routine de violence un peu trop prévisible, routine heureusement brisée par un pivot rythmique qui multiplie les pirouettes et les figures de style. Secondé par un batteur et un bassiste qui assurent dans les grandes largeurs, Phil peut donc démultiplier ses interventions, et proposer une jolie alternance de parties au vibrato hystérique et d’autres aux saccades plus nettes et prononcées, et ainsi apporter une dynamique efficiente à un concept global toujours aussi ancré dans la tradition. Mais si la formule est toujours aussi efficace, spécialement lorsque tous les éléments se mettent en branle, les morceaux les plus timorés et cadrés n’apportent pas la plus-value qu’on était en droit d’attendre d’un groupe au casting renouvelé, et parfois, lorsque la montre tourne sans s’arrêter, l’effort parait vain, et la créature semble se débattre de ses chaînes dans une cage aux barreaux un peu trop solides. Pourtant, ce ne sont pas toujours les morceaux les plus développés qui handicapent le projet, puisque le très concentré et violemment épique « Born of Pain » se satisfait très bien de ses sept minutes pour cumuler les climats et les gimmicks, osant la lourdeur oppressante pour contrebalancer la brutalité de blasts incessants. On retrouve à ce moment précis le MALEVOLENT CREATION que l’on a toujours aimé, avec ces parties de batterie à la double grosse caisse impitoyable, et ces riffs qui empestent la mort dans les marais à plein nez.

Attaque directe qui frappe de plein fouet, The 13th Beast est justement une belle bête aux griffes acérées et aux coups dévastateurs, mais qui semble parfois s’empêtrer dans ses mouvements. Heureusement, l’essentiel de sa gestuelle est toujours aussi efficace, et trouve son point d’ancrage dans une approche vintage qui a toujours fait l’identité principale du groupe, et lorsque celui-ci retrouve ses impulsions les plus mortifères sur « Release The Soul », on réalise que les MALEVOLENT furent aussi les contemporains de MORBID ANGEL, parallèle flatteur qu’ils méritent amplement. Tout n’est donc pas indispensable, mais loin du traumatisme d’une lignée interrompue qui aurait pu laisser le combo K .O pour le compte, et l’acharnement de Phil Fasciana paie donc comptant. « Knife at Hand », en tant que bande-son idéale d’un massacre mené par un psychopathe en goguette, « The Beast Awakened » en rouleau-compresseur destructeur à outrance rassureront les plus inquiets, qui se demandaient très justement ce qu’il allait advenir de leur bestiole hideuse préférée. Les voilà donc rassurés quant à la survie de l’espèce, et même si le darwinisme de cette réalisation frise le zéro sur l’échelle de la progression, The 13th Beast n’en reste pas moins une étape solide de plus sur le chemin de la destructionEt au moment de découvrir l’œuvre, ne vous fiez surtout pas à cette hideuse pochette. Car la musique qu’elle dissimule méritait bien mieux que ce graphisme potache pour comics discount.        


Titres de l’album :

                         1.End the Torture

                         2.Mandatory Butchery

                         3.Agony for the Chosen

                         4.Canvas of Flesh

                         5.Born of Pain

                         6.The Beast Awakened

                         7.Decimated

                         8.Bleed Us Free

                         9.Knife at Hand

                        10.Trapped Inside

                        11.Release the Soul

Facebook officiel


par mortne2001 le 10/03/2019 à 14:05
80 %    614

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Fuzz in Champagne - épisode 2

Simony 27/11/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Archives MORTUARY

Jus de cadavre 14/11/2021

Vidéos

Chiens + Unsu + BMB

RBD 09/11/2021

Live Report

Lofofora + Verdun

RBD 01/11/2021

Live Report

Fuzz in Champagne - épisode 1

Simony 26/10/2021

Live Report

Fange + Pilori + Skullstorm

RBD 25/10/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : SUPURATION

Jus de cadavre 17/10/2021

Vidéos

Déluge + Dvne

RBD 29/09/2021

Live Report

Blood Sugar Sex Magik

mortne2001 25/09/2021

From the past

Benighted + Shaârghot + Svart Crown

RBD 22/09/2021

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Satan

Assurément la pochette la plus chère de l'Histoire!

29/11/2021, 12:11

LeMoustre

Très déçu au final, Blood In Blood Out est tellement plus sympa que ce disque qui ne m'a fait ni chaud ni froid

29/11/2021, 11:51

dafa

quelle daube

28/11/2021, 19:47

RBD

Je suis en retard, mais c'est un document précieux pour son authenticité. Ce type d'interviews dérapantes sur des radios associatives étaient la règle à cette époque pour les groupes de cette première vague du Death français(...)

27/11/2021, 14:38

Mamoushka

Si Vivian Slaughter est UN MUSICIEN, le rédacteur est UNE TRUITE

26/11/2021, 19:05

Humungus

J'étais passé totalement à côté de cette "news"...J'aurais dû poursuivre sur ma lancée.

26/11/2021, 08:38

Humungus

Erratum : Vivian Slaughter est une femme.(C'est d'ailleurs la femme de Maniac)

26/11/2021, 08:32

Eric

Merci du plaisir d écouter cette musique

25/11/2021, 17:59

Saddam Mustaine

Meme Hellhammer a laissé les parties de Varg sur le premier album de Mayhem, le pere Mustaine c'est le mec le plus rancunier au monde mdr obligé Ellefson lui a fait une crase qu'on ignore. 

24/11/2021, 18:26

Chemikill

Oui c'est en tout cas lui qui a fait la tournée avec eux. 

24/11/2021, 14:02

Buck Dancer

C'est pas James Lomenzo le nouveau le nouveau bassiste ? 

24/11/2021, 11:52

Bones

@Arioch :  Testament... je n'ai acheté aucun de leurs albums récents. Vraiment c'est le bon exempl(...)

23/11/2021, 23:30

Arioch91

@Bones : tu parles de Testament là non, pour le pilotage automatique ?

23/11/2021, 19:37

Steelvore666

Le chant n'est pas ouf.

23/11/2021, 17:38

Zeitoun

Effectivement excellent. Rarement vu aussi efficace depuis longtemps.y'a que la pochette qui laisse à désirer...

23/11/2021, 17:12

senior canardo

c'est mou .... heureusement que l'album devait envoyer du poney ...a suivre mais pour l'instant les 1ers extraits ne vendent pas du reve..

23/11/2021, 15:11

Bones

Eh bien, première écoute... je trouve un groupe qui est plus en "pilotage auto" que jamais. Je vais bien sûr insister car j'adore vraiment ce groupe, mais là ça manque de riffs patatoïdes et du bon vieux groove rampant habituel. :-(  (...)

23/11/2021, 14:57

Chemikill

Ça tue! Faut pas regarder la vidéo...c'est tout 

23/11/2021, 07:48

Invité

La version Wish d'une pochette de Rhapsody… Voilà ce qui se passe quand on prend des graphistes sans vouloir trop dépenser.

22/11/2021, 17:22

Simony

Ce troisième extrait est franchement excellent avec cet effet et une ambiance qui ne sont pas sans rappeler un Type O Negative. Par contre le CD à 16.99€...

22/11/2021, 16:35