The Album

Zilf

05/06/2020

Autoproduction

Oui je sais d’avance ce que vous allez vous dire, en gros, le Mathcore, depuis les origines, c’est un peu comme le Metalcore ou le Deathcore, ça tourne en rond puisque ça a tout dit ou presque en deux ou trois albums. Et je ne suis pas loin d’être d’accord avec vous, ayant épuisé bon nombre de sorties du genre et n’ayant que rarement été surpris du résultat. Et pour cause, avec des éléments primaires aussi figés et une tendance à accumuler les plans acrobatiques pour faire les malins, les groupes finissent par faire des quadruples saltos arrière avec leur guitare alors que le batteur ignore la stabilité d’un bon 4/4. Mais, puisqu’il y a un mais, certains musiciens abordent le style avec suffisamment de recul et d’ouverture d’esprit pour ne pas le faire stagner, l’aventure méritant parfois des chapitres un peu plus culottés que la moyenne. Ainsi existent donc les ZILF, deux zigotos rigolos venus d’Angleterre nous apporter la bonne parole d’une musique complètement barge, éclectique, hétéroclite, multiple, mélodique, rythmique, démente, efficace, accrocheuse, originale, excentrique, décalée, homogène, riche, bondissante, rebondissante, etc. A la rigueur, on se contrefout de savoir d’où sortent exactement Joe Campbell-Murray et Bret Ware, puisque leur musique est plus importante que leurs individualités. Et cette musique justement, se montre sous son jour le plus abscons et paradoxalement le plus séduisant sur The Album. Et vous pouvez leur faire confiance, puisqu’ils sont docteurs.

ZILF en gros, c’est une MILF musicale aux formes affriolantes, qui cache sous son négligé de soie un énorme chibre. De toutes les matières, c’est les watts qu’elle préfère, et le niveau sonore de ses interventions en plein ébats est assourdissant, la dame en question n’atteignant l’orgasme que lorsqu’on lui chatouille suffisamment fort la membrane. Ce premier LP est justement le compte-rendu des opérations de plaisir en commun, et le tableau brossé d’un coït infernal entre deux acteurs mineurs de l’underground UK et un crossover musical aux parties charnues, et plus prosaïquement, une gigantesque partouze entre les SLIPKNOT, MR BUNGLE, DILLINGER ESCAPE PLAN, STRAPPING YOUNG LAD, MUSHROOMHEAD, FREAKY FUKIN' WEIRDOZ, THOUGHT INDUSTRY, 24-7 SPYZ, et quelques autres fondus du bulbe dont les CARNIVAL IN COAL, 6 :33, et puis tout ce que vous voudrez bien y mettre en partant de l’échelle graduée de PRIMUS jusqu’aux RESIDENTS. Mais se vouloir original est une chose, l’être dans les faits en est une autre. Et surtout, plus important, être original mais rester cohérent et accrocheur, n’est pas la chose la plus aisée lorsque vous évoluez dans un créneau de brutalité aussi débridé que celui choisi par nos deux iconoclastes du jour. De ce côté-là, pas de soucis non plus, puisque les deux anglais n’ont pas sacrifié la séduction au profit de l’expérimentation à tout va, et si leurs morceaux partent parfois dans tous les sens, ils finissent toujours par se rejoindre à un point précis, comme un Jazz Metal joué à l’aveugle, mais après avoir appris ses gammes par cœur. Et certains segments, la plupart pour être honnête, sont des modèles de fourre-tout irrésistible, à l’image du Rap-Folk « Zef », qui réconcilie autour d’un verre le flow des BEASTIE BOYS et la démence groovy des DIABLO SWING ORCHESTRA, le tout sous l’œil bienveillant du chaperon canadien Townsend.

A l’autre bout de la lorgnette, on trouve des vues massives sur le Metalcore le plus friable, et « Kayak » de vous proposer une ballade en mer en pleine bourrasque, avec des rames en mousse et des mélodies biaisées plein la tête. Avec des lignes de chant mariant la Fusion, le Hip-Hop, le BM, le Death Metal et la Pop, les amuseurs publics ne remplissent certes pas leur contrat implicite de pure pop sludge anthems stolen from a UFO that crash-landed in the beautiful countryside, mais ils assurent dans les grandes largeurs en tant que chefs de rayons d’un bazar de province qui propose des articles de qualité à un prix discount. Mais à la rigueur, « Trust Me, I'm a Doctor! » précise d’emblée les CGV, et pose les bases Mathcore passées au prisme d’une traduction légèrement Djent, mais sans la vulgarité démonstrative. La tempête est immédiate, le rendu épais, et les riffs tournoient dans la tête comme une bobinette prête à choir. Accouplant la Pop légèrement alternative au Metal le plus incorruptible, les ZILF sont les rois de la baguette magique qui transforme les radis en lear-jet, et entre des saccades à rendre fous la vague Nu-metal des années 90, des percussions qui tanguent et font vomir les SLIPKNOT, le tableau à des allures de traversée en ferry pleine bourre, avec vagues de quatre mètres de haut et dégueulis plein les tables de la cafétéria. Princes du changement d‘atmosphère en quelques secondes, Joe et Bret se paient nos tronches avec une cavalcade presque Thrash n’Grind (« Resonance Cascade »), avant de nous amadouer d’un massacre à la machette en plastique sur l’implacable « Endless », aux arrangements électroniques diaboliques.

Dotés d’une énergie hors du commun, les deux musiciens compositeurs s’apparentent à des marathoniens du sprint, des athlètes capables de carder une cadence folle sur presque cinquante minutes, sans nous lasser de leur célérité. Aussi dance qu’ils ne sont punk, les ZILF s’autorisent toutes les incartades, chantent sugar-pop pour mieux accélérer brutalement (« RIP in Peace », que les BABYMETAL auraient pu interpréter avec Corey Taylor et les siens), singent COAL CHAMBER et MUSHROOMHEAD (« Sick »), tombent dans l’alternatif comme un fan de WEEZER après une soirée trop arrosée (« Bowling Green Massacre »), et provoquent les rires et l’admiration. Véritable folie musicale qui tient debout comme une partie de twister avec des playmates à poil, The Album est une soirée de bargeots qui ont trop travaillé la semaine, et le melting-pot le plus renversant de la musique à part depuis les premiers MR BUNGLE. Loin de moi l’idée de vous dévoiler toutes les richesses cocasses mais solides que dissimule cet album, mais soyez conscient qu’il représente ce que vous pourrez écouter de plus créatif et jouissif. Des guitares qui mordent mais font des œillades énamourées, une rythmique solide mais en perpétuel mouvement, des lignes vocales schizophréniques, et un tout, somme de ses parties hallucinantes de dextérité et de bon goût. Une façon comme une autre de coller un vieux flamby dans la tronche de votre petite sœur qui ne jure que par Jul. Et côté caramel s’il vous plaît.                                                                 

                                                          

Titres de l’album :

01. Trust Me, I'm a Doctor!

02. Resonance Cascade

03. Endless 04:59      

04. When the Cat Has Your Tongue

05. Kayak

06. Zef

07. RIP in Peace

08. Sick

09. Bowling Green Massacre

10. Tarantula Hawk

11. Sangfroid

12. House of Sighs


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par mortne2001 le 09/02/2021 à 17:56
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