Le Death à la base, j’ai tendance à occulter depuis des années. Le Death technique j’ai quasiment fait l’impasse dessus depuis les origines, un peu comme le Deathcore ou le Djent. Rien ne me fatigue plus que des démonstrations stériles qui n’aboutissent à rien, sinon flatter les egos compulsifs de leurs auteurs, et qui aboutissent à des albums où s’entremêlent des plans supposément impressionnants, mais concrètement redondants. Alors pourquoi me direz-vous, et à juste titre, parler ce matin d’un groupe qui justement, laisse libre cours à son sens de la retape instrumentale, au risque de le descendre en flammes purement gratuitement, et passer un très mauvais moment le casque vissé sur mes oreilles ? Parce que d’une, EMBRACE THE MADDNESS n’est pas vraiment un groupe, et parce que The Hellwish Chronicles propose suffisamment d’idées intéressantes pour que je me concentre pendant près d’une heure sur son cas. Et puis aussi parce que ça s’appelle EMBRACE THE MADDNESS et pas simplement EMBRACE THE MADNESS, et que je trouve la petite nuance intrigante…D’où ce laïus que je vous soumets, puisque ce second album émergeant des Etats-Unis me semble suffisamment valeureux pour que vous penchiez vos tympans dessus, malgré quelques maladresses de composition assez flagrantes. Mais qui a dit que la naïveté parfois n’était pas une qualité ? Elle peut l’être, et de fait, transformer un produit manufacturé pour brosser les accros à la descente de toms en album viscéral, un peu manipulateur et roublard, mais délibérément humain et authentique. Mais quelques brefs éléments de biographie vous aideront sans doute à comprendre.

Selon Brendan Thomas, le multi-instrumentiste se cachant derrière cette entité solide, EMBRACE THE MADDNESS se plaît à définir les contours d’un monde dystopien. Nous avons donc droit depuis ses débuts à la description d’un univers parallèle, description qui aujourd’hui nous narre les aventures d’un anti-héros et de sa quête pour dénicher un monde meilleur, en construisant une machine ouvrant un portail sur un multiverse, mais aussi une navette spatiale pour débusquer un endroit plus agréable à vivre. The Hellwish Chronicles nous dépeint donc les turpitudes et autres aventures que va vivre notre anti-héros, au travers d’une dizaine de morceaux faisant la part belle à un Death vraiment compact et violent, régulièrement strié d’interventions de guitares assassines, et de changements de signatures rythmiques. La recette est d’usage dans le style, et rien ne semble pouvoir enrayer cette machinerie bien huilée, mais même si le comportement musical et artistique de Brendan reste dans des mesures raisonnables eut égard au genre qu’il affectionne, on sent que l’homme a les moyens de s’extirper de sa condition pour nous offrir un album qui s’il ne révolutionnera pas le créneau, pourra lui insuffler un esprit plus ouvert, et moins porté sur l’esbroufe. Que dire donc de ce second LP (après Nightmare Paradox en 2016), qui incarne le premier chapitre d’une trilogie qu’on souhaite voir arriver à son terme sans trop d’encombres ? Qu’il propose une musique certes puissante, résolument violente, mais suffisamment psychédélique et expérimentale sur les bords pour ne pas se contenter de nous refiler deux ou trois figures imposées.

Mais pour être franc, et malgré les qualités étalées sur les cinquante minutes de cet album, autant admettre que le fond de l’air est très oppressant, et plutôt bouillant. L’uniformité des pistes ne permet pas vraiment aux morceaux de décoller vers une autre galaxie, même si Brendan fait tout ce qui est en son pouvoir pour nous entraîner dans son délire à base d’apocalypse d’outer-space et de guitares stridentes. Les structures ont tendance à se répéter de chapitre en chapitre, et l’utilisation d’une rythmique monolithique n’aide pas vraiment à ressentir une envie d’inédit, même si quelques exceptions viennent chatouiller la règle. Grognant comme un beau démiurge fort mécontent du sort réservé à sa création, Brendan titille la corde sensible des amateurs de SUFFOCATION, de NOCTURNUS (sans les claviers) et de PESTILENCE, sans vraiment pourvoir prétendre évoluer dans le même créneau, et empile les couches, les strates, tout en laissant souvent sa guitare balbutier les mêmes thématiques, et sans vraiment chercher à varier son propos. En découle une certaine lassitude parvenu à mi album, puisqu’aucun morceau ne semble à même de briser le schéma, se contentent de répéter avec application les mêmes gimmicks et de distordre les mêmes mélodies acides, toutes écrasées par des litanies vocales obsédées par une gravité permanente et handicapées par une absence totale de variation. C’est certes efficace d’un point de vue répétitif, un peu comme si ce premier chapitre se plaisait à décrire le parcours d’un personnage luttant contre une adversité inéluctable et cyclique, mais musicalement, on cherche désespérément de quoi se raccrocher aux branches du temps pour ne pas lui permettre de nous emprisonner dans une boucle…

Il y a pourtant quelque chose de fascinant sur certains passages de The Hellwish Chronicles. Notamment en fouinant du côté de ces guitares concentriques qui suggèrent des accointances avec le VIRUS le plus sadique. On peut aussi se montrer intéressé par la non-évolution qui instaure un climat oppressant, même lorsque la machine s’emballe et sombre volontiers dans l’abime Brutal Death qu’elle était censée éviter (« Purgatory Afterglow »). Et si l’ensemble manque encore un peu de diversité, et peine à convaincre sur la durée (qui a d’ailleurs malicieusement laissé les morceaux les plus développés en fin de piste), on sent que l’auteur/créateur/concepteur/instrumentiste a les moyens de se sortir de cette impasse en s’ouvrant à des concepts moins figés, histoire justement de faire avancer la cause d’un Death technique roboratif. Les bases sont là, les changements de rythme intempestifs, la juxtaposition constante de riffs lourds et d’arabesques stridentes, cette basse qui se place aux avant-postes, mais il conviendra de faire le tri dans les idées pour ne retenir qu’un minimum de gimmicks afin de s’épanouir dans un Death qui est susceptible de se transformer en autre chose qu’un maelstrom de sons un peu trop réguliers. De là naîtra peut-être une évolution du genre, nous offrant un univers différent, mais en attendant que cette possibilité se concrétise, je salue le travail individuel de Brendan Thomas qui mérite quand même le respect.


Titres de l’album :

     1. Cultivating Agony

     2. Blood Carved Upon the Water    

     3. Engulfing the Swarm        

     4. Oblivion's Embrace           

     5. Engineering Our Demise  

     6. Gravitic Anomaly 

     7. The Sun Whispers Death  

     8. Purgatory Afterglow        

     9. Dismantling the Nebula    

    10. Universal Distortion Waves                 

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par mortne2001 le 03/06/2018 à 18:26
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