L’été touche bientôt à sa fin, les festivals commencent à être de plus en plus rares, de plus il n’y a pas de Fall of Summer cette année… Mais pas question de se décourager, car un petit festival Hollandais à décider de mettre une grosse baffe avec son affiche en ce milieu de septembre.
Bon, clairement, il s’agit surtout d’une institution, le Bloodshed Fest, festival en salle qui a commencé son aventure il y a 19 ans, en 1999 (comme l’Obscene Extreme) avec le même format de programmation grosso modo (goregrind et grindcore). Depuis le festival a vu tous les groupes légendaires passer (de REGURGITATE à SIEGE, de CRUDE SS à INFEST), entre dates exclusives, reformations… C’est devenu au fil du temps un incontournable ! 


Afin de se renouveler et de toujours en mettre plein la vue, le festival s’est tourné vers un spectre plus large de groupes, brassant de plus en plus dans la scène Hardcore (Crust, Powerviolence…), et axant à l’heure actuelle surtout sa programmation sur des groupes “sérieux” (donc exit toute la partie goregrind et deathgrind de l’affiche, dommage). Le festival s'autorise même des petites folies comme du sludge, de la musique électronique, ou comme cette année du Death old-school. Car en effet, outre ses nombreuses exclusivités (TRAGEDY et CATHARSIS), le festival s’est associé avec les Danois du Kill Town Deathfest  pour proposer des groupes de death plutot rares dans notre secteur. Malheureusement, au fil des mois, le festival a dû essuyer pas mal d’annulations sur cette partie de programmation (TRIUMVIR FOUL, MALTHUSIAN et surtout UNDERGANG). 

Mais pas grave, ça ne va pas gâcher ma première venue dans ce festival, surtout que cette année, le Bloodshed a mis les petits plats dans les grands, sortant de la traditionnelle, mais petite salle du Dynamo (plus apte pour les petits festivals comme le Grindhoven), pour aller s’installer du côté de la très grande salle Effenaar (qui accueil le Eindhoven Metal Meeting notamment), toujours en centre ville de Eindhoven.


VENDREDI 14 SEPTEMBRE

Les concerts commencent tard, (vers 15h) de quoi prendre le temps d’arriver (quel plaisir les festivals au centre d’une ville plutôt importante, c’est tellement plus simple pour s’organiser).
Je connais déjà la salle, c’est donc tout naturellement que je me dirige à l’étage, pour assister au premier concert de la journée en Mainstage avec CONFUSION MASTER.
Cette affiche, c’est beaucoup de découvertes dans les petits groupes, que je connais sois vaguement, sois pas du tout. Et le groupe en question fait partie de la seconde catégorie.
La salle diffuse du DEMILICH dans les enceintes et à 15h50 pétantes, un sample retentit avec des “oh shit” en boucle afin de laisser place à des riffs sludge ! Oui oui, on commence les festivités doucement avec un groupe plutôt calme. Ça rappelle pas mal ELECTRIC WIZARD avec des ambiances doomy, heavy, psychédélique, une basse vrombissante pour une sensation de bad trip. La salle est bien vide, mais ça laisse le temps d’apprécier la configuration pour ce week end : pas de crash barrière, un écran géant qui diffuse le logo des groupes via un projecteur en guise de backdrop, des petites banquettes sur le côté gauche de la salle, une déco faite de backdrops des groupes à l’affiche et des festival à venir… c’est clairement à la cool ! Mais la chose qui va le plus me frapper, c’est le son, tout bonnement excellent, et qui va être vraiment incroyable tout le week end ! On notera également la présence de Curby, fondateur de l’Obscene Extreme, qui va se promener à chaque concert, durant les deux jours, comme n’importe quel festivalier !
Après cette petite mise en bouche, direction la seconde salle au rez de chaussée, bien plus petite, mais dans le même esprit, sans crash barrière et avec rétroprojection de logo en guise de backdrop. C’est donc le trio Français GHETTO qui enchaine avec sa Powerviolence aux relents de d-beat ! Pendant les 15 minutes de set, le chanteur nous gratifie de sa voix criarde, pendant que le guitariste répond via des backing vocaux crusty. Ça me fait penser pas mal SPAZZ, sauf qu’ici il y a pas de basse !
On retourne à la Mainstage (les deux scènes s'alternent) pour LIKE RATS. Je ne suis pas sûr d’avoir déjà mis une oreille sur le groupe avant, en tout cas je m’attendais pas vraiment à ça ! Dès le premier riff, ça pue le ENTOMBED dans sa période plus actuelle avec un mélange de CELTIC FROST / TRIPTYKON mais à la sauce Hardcore… je sais pas si vous arrivez à suivre, mais le mélange est assez spécial. Tout est basé sur les riffs mid tempo, et les breaks, le plus simple est surement d’aller jeter une oreille sur le studio !
Au début la sauce Metallic / Sludgy / Hardcore prends plus ou moins, le deuxième titre propose pourtant des passages d-beat efficaces, sauf que au fil du concert je me lasse, ça devient vite mou, ça décolle pas, c’est que des riffs vraiment mid tempo. Le chanteur lui, s’éclate, et mosh sur scène, j’aimerais autant vivre le truc que lui… Mais la curiosité me donne envie d’aller explorer leur discographie ! En tout cas le son était encore une fois vraiment très bon.

La salle se remplit gentiment, et je me dirige encore vers une découverte, ou tout du moins un de ces groupes que je n’ai jamais pris le temps d’écouter ! Il faut dire que c’est pas exceptionnel, le duo guitare / batterie BOAK propose une formule dans la même veine que GHETTO : Powerviolence avec un batteur qui fait du backing vocal crusty, et le guitariste qui nous gratifie d’un registre bien plus criard. Par contre ici quelques breaks lents sont dissimulés, ça rappelle un poil IRON LUNG. Ça permet en tout cas à une poignée de lancer le premier petit pit (le public Néerlandais est très timide là dessus, ça va pas être la folie niveau ambiance ce week end). Je sors de la salle et je découvre un poster géant, dans le couloir où sont présentées les quelques distros du fest,  à l'effigie de Fred Paulus (FEROX, PUNISHED EARTH), décédé plus tôt dans l’année, et qui était le vieux briscard de la scène Grind du coin.
Place au premier très bon concert pour ma part avec les presque déjà cultes FREDAG DEN 13.e. C’est Suédois, donc pas de surprise : Crust à tendance mélodique, d-beat non-stop… Tout pour me plaire en somme ! Le chanteur déboule encapuchonné dans son sweet, laissant apparaître juste sa grosse barbe. À peine le temps de retirer son pull que l’un des guitariste annonce que le prochain titre parle d’antifascisme “Fuck nazi scum”, hurle-t-il. Un concert sans surprise, vraiment cool, bénéficiant d’un son qui rend grandement honneur au groupe (oui je me répète, mais c’est vraiment à souligner) !

On continue dans le crust, avec HELLKNIFE. Rien de bien fou-fou, je trouve que ça sonne très metal (le chanteur et son look de metalleux cheveux long / grosse barbe aide pas) avec des relents à la DOOM. Je trouve pas ça tip top, c’est passable surement en concert, mais là dans le cadre d’un fest, c’est vite oublié !
Retour à la grande scène, avec un écran qui diffuse un compte à rebours avec des samples bruitistes. Une intro sympa pour laisser place au concert de UNE MISÈRE. Les gars arrivent sur scène habillés comme DEAFHEAVEN, en chemise, et commencent direct sur un break pour dévoiler une musique Metalcore. Ici pas de Metalcore méchant comme INTEGRITY, non non, c’est très mélodique (y’a 3 guitares sur scène quand même) et je trouve ça un poil décalé vis à vis de l’affiche. Certes, le visuel se veut comme tous les groupes “à la mode” : méchant, nihiliste, agressif… Je pense vaguement à une version moderne de KICKBACK. Le chanteur essaye de faire le show, grimpe sur les enceintes, a la bougeotte. Un des guitaristes fait du backing vocal avec une voix bien méchante, l’histoire de justifier la place du groupe sur le fest, mais personnellement ça prend pas. C’est pas non plus les samples techno entre certains titres, la reprise des premier riffs de “South of Heaven” ou les breaks amenés avec des sub en mode beatdown qui vont me faire changer d’avis !

L’affluence en tout cas a du mal à grimper, il est juste cool de remarquer que le public à l’air spécialisé : que des t-shirts de Grind, Crust ou Powerviolence : ici on vient pas faire la “fête”, mais on vient profiter des concerts. Autre points positifs, c’est le petit espace nourriture à l’intérieur de la salle avec que des plats vegan à tarifs abordables (3€50 pour 9 falafels et sauces).
Retour aux concerts avec l’institution Française de l’étape, WHORESNATION. Première fois que j’ai l’occasion de les voir, et quelle claque ! Pendant 20 minutes (les temps de set sont très aléatoires selon les groupes), le trio nous dégueule sont Grind à tendances old-shool mais au son ultra fat dans la pure tradition de l’école INSECT WARFARE et compagnie. Ici pas de basse, juste des bons riffs de gratte pour tout casser. Le chanteur en impose et déambule sur scène : y’a vraiment un truc violent visuellement ! Bien entendu, tous les Français du fest sont devant la scène et le font savoir, gimmick classique…
En tout cas, moi j’en viens presque à me demander si le groupe vient bien de chez nous, tant il est rare d’avoir un groupe de “grind” crédible et “old-school” dans notre pays !
Y’a un petit pit timide, le second de la journée, en tout cas moi je passe l’un des meilleurs concerts du fest, juste dommage de pas avoir eu l’occasion de les voir avant !

Toujours dans une veine old-school, mais Death cette fois, c’est SPECTRAL VOICE qui s’y colle ! J’arrive en début de set et la salle est déjà plongée dans la fumée, on distingue à peine les musiciens, et encore moins le logo sur l’écran. Si vous avez suivi mes aventures de cet été, vous savez que le revival Death / Deathdoom “Dark Descent / Kill Town” ne m’intéresse pas et m’ennuie (sauf une poignée, les groupes les plus efficaces en somme), donc je suis là sans rien attendre. Sauf que se retrouver littéralement enfumé, apercevant juste des lights bleus, c’est immersif, comme une plongée dans les abysses ! Le son est encore une fois incroyable, tous les éléments sont là pour mettre du relief dans leur Death opaque et asphyxiant, que je trouve relativement plat sur galette (oui, moi il me faut une touche de gras, et de débilité, comme avec UNDERGANG par exemple). L’ensemble reste assez groovy, et je ne ressens presque pas de lassitude. Plus le set avance, plus on distingue que des ombres sur scène… Il faut l’avouer c’était un concert chouette, qui me donne presque envie de réessayer l’expérience sur CD.

Changement radicale d’ambiance avec FRIENDSHIP, qui fait partie de la petite partie Japonaise de l’affiche. J’ai beaucoup aimé leur album Hatred sortie en fin d’année 2017, c’est donc l’une de mes attentes du week-end ! Le set débute avec le chanteur dans la fosse, là où il passera l'intégralité du concert ! Malheureusement le son de son micro est trop faible, la voix se retrouvant noyée sous le reste ! Comme sur CD, le groupe alterne entre Powerviolence moderne et ultra efficace avec des breaks bien menaçants et ultra moshables et quelques passages à d-beat bien violents. Ça procure une certaine tension dans le pit, où les fans de Hardcore ont comme des envies de crowdkill. C’est d’ailleurs un concert où ça bouge un peu. En tout cas cette salle commence à être bien petite, car à défaut d’y avoir suffisamment de monde pour blinder la grande, celle ci est vite bouchonnée à l’entrée !
Comme à l’OEF, AFGRUND va se montrer encore très efficace, et peut être encore meilleur avec son Grind à d-beat. Le son est énorme et presque dévastateur, c’est limite un rendu studio. Cette salle est tellement moderne et confortable en plus, c’est un réel plaisir ! Pas grand chose à dire de plus sur le groupe sinon, ça a fait grandement le taff !

Enchaînement spécial pour la suite avec d'abord le trio DAWN RAY’D et son Red Black Metal (mouvement anarchiste). Le groupe est anglais, donc c’est sans surprise que l’on ne se retrouve ici, pas devant du Black traditionnel, les groupes de ce pays aimant les plans atmosphériques, “post” et travaillés. L’imagerie est très pagan / survivaliste, ça va se ressentir dans la musique avec de nombreuses mélodies et l’utilisation d’instrument traditionnel (une sorte de violon) par le chanteur. Là encore, il s'agit d’un groupe sans basse, ça devient presque la spécialité du jour ! Clairement pas ma came, en tout cas en live ! J’arrive ensuite à la Mainstage, NIGHTFELL commence, et je me dit d’emblée “je connais ce chant”, je lève la tête, et je reconnais Todd Burdette (TRAGEDY et co) en t-shirt AURA NOIR. Sans connaître le groupe, je suis déjà plus ou moins familiarisé on va dire. Sauf qu’ici, les américains proposent un Death sludgy, avec des mélodies et un côté “épique” propre à tous les groupes de Todd. Pas de d-beat ici (sauf sur un des derniers titres), vraiment que du mid tempo pour créer une certaine atmosphère pesante plutôt que de jouer la carte de l'efficacité. Je trouve que ça tourne vite en rond. Ça ressemble vaguement à du HIS HERO IS GONE, l’histoire de rapprocher ça d’un des groupes du bonhomme, mais c’est beaucoup trop lent pour moi !
Quelques mots sur PALM, groupe de Hardcore très “Deathwish records” : sombre, entre blast et d-beat, très moderne…. pas trop trop ma came, et puis j’ai déjà vu le groupe 2 fois avant, donc je ne me suis pas trop attardé là dessus ! Le public en tout cas apprécie, un petit pit se forme pendant le concert.

Si personnellement c’est la journée la moins intéressante pour ma part, le meilleur concert va se dérouler là, avec DEMILICH ! J’arrive toujours pas à comprendre comment un groupe pareil arrive à avoir des dizaines d’années plus tard une telle notoriété après leur récente reformation (c’est un phénomène qu’on retrouve sur tous les come back des groupes cultes j’ai l’impression). Pendant longtemps c’était la petite pépite de la scène Death que les amateurs gardaient pour eux ! Ça reste un groupe majeur de la scène finlandaise, mais comme tous les groupes de la même époque, c’est destiné aux puristes et die-hard, pendant longtemps DEMILICH c’était presque un groupe de niche. Là avec l’engouement Death old school (cf SPECTRAL VOICES plus haut), les pépères ont la côte et font office de patrons ! Sauf que, qui aurait cru voir le groupe partout, tous les ans ?! Depuis la reformation, ça s'arrête pas, et c’est déjà le quatrième concert pour ma part, et il faut dire que c’est pas toujours excellent sur scène, mais quand c’est bon, ça fait pas semblant ! Il s’agit du groupe que je maîtrise le mieux de l’affiche je pense, tant il est unique et captivant ! Et ce soir, ça va être magistral ! Le groupe ouvre sur les classiques “Inheried Bowel Levitation / The Sixteeth Six-Tooth Son” aux riffs incroyables, qui font partie des moments forts de leur unique album Nespithe, qui va forcément occuper la majorité de la setlist, comme à chaque fois ! Le son est incroyable, je prends une claque ! Antti comme à son habitude bavarde entre les titres, place des petites boutades, c’est clairement le Jeff Walker Finlandais ! D’ailleurs les gars clôturent le set par mon titre préféré, “Embalmed Beauty Sleep” (issu de la meilleure sortie du groupe, la démo The Four Instructive Tales) aux relents de CARCASS, puis par “The Echo”.
Il s’agit clairement du meilleur concert que j’ai pu faire du groupe, tout simplement une leçon !

Difficile de passer à autre chose, surtout avec ULTHA. J’ai pourtant été conquis par le groupe au Party San 2017, mais là c’est compliqué ! La première partie de set propose des titres moins “post”, plus Black à blast, ça ne me captive pas. Là aussi, le groupe joue le jeu de l’enfumage total de la salle, c’est trop vu et revu ! La fin de set va se révéler plus envoûtante, avec le côté mélodique, atmosphérique et “post” souligné par le chant aigu noyé dans la reverb du bassiste (très DSBM dans l’esprit). J’ai quand même du mal à rentrer dedans, le public aussi j’ai l’impression, vu comment la salle se vide.
Le festival va se terminer avec des groupes pas plus captivant, avec les très débiles AGORAPHOBIC NOSEBLEED, que j’ai toujours du mal à supporter en live ! Je trouve que ça va nul part, les riffs sont trop modernes, et voir le duo chanteur / chanteuse s’égosiller me laisse de marbre. Bon après le solo de boite à rythme (représenté par des caissons de rave party en guise de batterie) en milieu de set me fait sourire à chaque fois, certes !
La suite et fin avec les Suédois de MASSGRAV (il faut dire qu’on s’y perd avec tous les MASSGRAV(E) sur la marché) qui eux proposent du Crust Rock N' Roll saupoudré de passages grind, rien de bien folichon, surtout que la fatigue s’installe…
Je ferais même l’impasse sur l’after-party (DISTRESS et KRUSH que j’ai déjà vu) pour pouvoir être en forme pour la journée de demain !


par Mold_Putrefaction le 01/10/2018 à 08:05
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