The Sublime Conquest Of Nothing

Rampancy

09/06/2017

Witchcult Records

Il est tout seul dans son coin, et essaie de faire encore plus de bruit que tous ses voisins réunis. Pourtant, il habite le Canada, ce pays calme où tous les gens sont polis et font tout pour se montrer agréables et accueillants. Lui n’a cure de ces préceptes de bon voisinage. Il est tout seul, dans son coin, et fait son truc en abusant de stridences, de feedback, de dissonances et de bruits en tous genres.

Le genre de bricolage perso qui fait passer le joyeux drille de Mories pour un télétubbie débonnaire, fan de musique pour enfants et de ballons multicolores achetés à la frairie du coin pour faire plaisir aux gosses.

Bon, en même temps, les one-man-band, c’est d’usage depuis la nuit des temps. L’expérimentation sonore aussi, et le manque d’empathie musicale de même. Mais admettons que la vision d’Oculus Tod soit un poil plus déviante que celle de ses contemporains tritureurs de boutons et de cordes, et que sa musique soit un poil plus abrasive et dérangeante.

Cela en fait-il notre héros de l’Ontario, pourfendeur de timidité extrême, et porte-drapeau d’un individualisme artistique admirable ?

Oui, non, peut-être, mais à la rigueur, on s’en cogne.

Le principal est d’écouter son premier véritable album sous la bannière RAMPANCY, The Sublime Conquest Of Nothing, qui quelque part cache plutôt très bien son jeu sous un titre révélateur au premier degré.

RAMPANCY/ Oculus Tod n’a pas commencé ses expérimentations hier ou la semaine dernière, malgré une discographie entamée en 2017 selon la bible Encyclopedia Metallum. Certes, l’artiste n’a publié que deux splits sous ce nom, mais sa carrière a débuté en 2009 sous le nom d’ANTI-FREEZE, avant d’opter pour un baptême différent une fois le changement de cap adopté. Nous avons donc affaire à un musicien décidé, au concept précis, qui sait exactement quel type de bruit utiliser pour malmener nos oreilles déjà salement blessées par les assauts répétés d’un underground qui décidément, ne nous veut pas que du bien.

L’homme a du mal à définir le créneau qu’il occupe, et à juste titre puisque sa musique empreinte les accents de divers courants. Il évoque volontiers un mélange de Death, de Black, et de Grind, le tout traité à la sauce épicée Harsh, et saupoudré d’une fine couche d’Ambient et d’expérimental un peu vague.

En gros, RAMPANCY est un joli fourre-tout qui ne conçoit l’expression artistique que sous son angle le plus abrasif et anti-commercial, un peu comme si GNAW THEIR TONGUES, REVENGE, MERZBOW, THORNS et OOZING WOUND se partageaient le boulot sur plusieurs faces pour annihiler toute velléité harmonique à la musique la plus foncièrement bordélique.

  

Range ta chambre, déroule moi tous ces câbles, va faire un tour dehors et rentre à l’heure pour manger, avec des amis si possible, ça changera ? C’est le genre d’invectives que Preston Lobzun a dû entendre depuis ses débuts, de sa mère ou des quelques amis qui ont eu la chance de partager son aventure musicale. Il faut dire que le canadien n’a pas traîné en route, et s’est dispersé dans nombre de projets. On le retrouve au casting de formations comme THE TRAJECTORY, du groupe Post Hardcore AURELIA, de l’ensemble Stoner Doom/Garage Punk WEIRDONIA et à la basse au sein de LAPSARIA, entité Blackened Crust assez sévère. Il est en outre résident du Satan’s Cove à London, Ontario, structure qui lui a permis d’organiser pas mal de shows et d’enregistrements, et son propre chef au sein de l’organisation Why Gang Records, ce qui lui permet d’être son propre ingénieur du son/producteur.

Comme vous le constatez, l’homme se débrouille comme un chef depuis des années pour parvenir à sortir ses albums, et multiplie les collaborations, de façon hétéroclite, puisqu’il n’est pas du genre à se cantonner à un style particulier.

Certains diront qu’il est instable et se disperse, je pense qu’il est plutôt capable de mener de front plusieurs projets, et cette capacité est flagrante sur ce premier LP de sa nouvelle créature, qui lui aussi démontre par A+B+C que Preston a un esprit très ouvert et des capacités créatives assez notables.

C’est sans doute pour cela que The Sublime Conquest Of Nothing se montre aussi ouvert qu’opaque, et aussi croyant que nihiliste. Au travers des onze pistes, le musicien ne cherche surtout pas à prouver quoi que ce soit, ou à s’affilier à un mouvement fédérateur quelconque.

Pour autant, il fait preuve de discipline, et construit ses morceaux et son LP de façon plus ordonnée que les premiers morceaux n’en donnent l’impression, et ne fonce pas dans le mur à force de refuser de le voir.

Sa musique est certes hautement bruyante, parfois dérangeante, mais elle est agencée, logique, et permet parfois d’apprécier un crossover assez pertinent entre plusieurs sous-courants extrêmes qui s’accordent très bien ensemble.

Il suffit pour s’en convaincre de tendre l’oreille sur le long et presque progressif « Thy Kingdom », qui pendant son temps imparti multiplie les clins d’œil au BM, à l’Indus, sans pour autant se départir d’un bel instinct mélodique, parfois ruiné par des arrangements aux aspérités irritantes. Nous sommes loin des pires caprices du Harsh et du BM noisy qui se complaisent dans la négation musicale, et si les chansons atteignent parfois des sommets dans l’assourdissement, elles gardent toujours une prise avec la logique, ce qui permet de les apprécier en tant que telles.

Alors, multiplication des rythmes, chant traité qui geigne ses harangues d’une voix éraillée, et pics de violence tutoyés comme à la grande époque de l’émergence de la scène BM canadienne (« Solitary March »).

Bien évidemment, tout ça n’est pas à mettre entre les oreilles de n’importe qui, mais l’entame « Blood For Blood » et ses samples horripilants sur fond de BM lo-fi déstructuré feront le tri bien mieux que n’importe quel avertissement.

Nous nous voyons même gratifiés de choses beaucoup plus raisonnables de temps à autres, comme ce très mélodique « Choose Your Side », qui opte pour un BM modéré, mais au traitement sonore décadent absolument délicieux. Preston sait aussi maintenir le cap sur un mid tempo bizarroïde et maladif, lardé de riffs basiques et dégénérant en mid sautillant (« Extremist », presque un tube), tout en terminant son premier effort officiel sous la bannière RAMPANCY d’un dernier baroud effrayant de violence, dénaturant un BATHORY enragé de Noisecore nippon (« A.F.D.T.D. »).

The Sublime Conquest Of Nothing a donc les défauts de ses qualités, et se montre parfois un peu trop versatile. Il est de plus un poil trop long, ce qui le handicape parfois en l’obligeant à répéter des idées déjà énoncées. Mais l’effort accompli par Oculus Tod/Preston Lobzun pour varier les climats et les monochromes est notable, et fort respectable.

Il a beau être tout seul dans son coin, sa tête déborde d’idées et d’envie. Et il est finalement plus accueillant qu’il ne veut bien l’admettre.

Ah, ces canadiens…


Titres de l'album:

  1. Blood for Blood
  2. Failure in the Eyes of Jehova
  3. Schadenfreude
  4. Choose Your Side
  5. Thy Kingdom
  6. Beseiged
  7. Solitary March
  8. Hanger 96
  9. New Order
  10. Extremeist
  11. A.F.D.T.D.

Facebook officiel


par mortne2001 le 03/07/2017 à 13:21
68 %    486

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Harmony Corruption

mortne2001 03/07/2020

Little Monsters

mortne2001 30/06/2020

Complicated Mind

mortne2001 15/06/2020

Dossier spécial Bretagne / LA CAVE #5

Jus de cadavre 15/06/2020

Screams and Whispers

mortne2001 12/06/2020

Cosmogony

mortne2001 09/06/2020

Concerts à 7 jours
Demonical + Mystifier 08/07 : Le Klub, Paris (75)
Demonical + Mystifier 09/07 : L'usine A Musique, Toulouse (31)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Oliv

Je parlais de groupes extrême bien évidemment, j’ai pas précisé .

06/07/2020, 20:42

Reg

Un rdv à ne pas manquer !

06/07/2020, 17:38

Satan

Et Cult of Luna c'est du poulet peut-être?

06/07/2020, 14:23

Oliv

C’est sûr que la , ils ont voulu assuré le coup avec des groupes français , anglais , italien et suisse entre autre . J’aurai pas dit non pour de la scène norvégienne , hollandaise et suédoise !
Je vais pas faire 500 bornes pour si peu . Ma préférence irai au Lyon metal fest en (...)

06/07/2020, 12:06

Simony

Visiblement si !
Après, dans le contexte actuel, il faut bien garder en mémoire que les groupes qui peuvent se déplacer à travers le monde est plus restreint. Comme personne ne sait comment va évoluer la situation, ils sont obligés de prendre en compte la situation actuelle pour booker e(...)

06/07/2020, 11:51

Oliv

Ce n’est pas l’affiche finale quand même ?

06/07/2020, 11:27

steelvore666

???

05/07/2020, 14:28

Gargan

Vachement inspiré par Necrolord l'artwork, un peu à la blood on ice.

05/07/2020, 12:26

wada

Il met son masque une fois sorti des transports en commun et il ne respecte pas la distanciation sociale. Il a tout compris cet abrutis !

04/07/2020, 21:06

wada

Je me souviens de cette chasse aux sorcières hypocrite et ridicule.

04/07/2020, 21:04

stench

C'est encore possible des photos pareilles en 2020 ? Le groupe, que je connais peu, fait de l'auto-dérision ou ils sont sérieux ?

04/07/2020, 19:16

Jus de cadavre

Un des rares groupe BM dont j'attends encore les nouvelles sorties avec impatience... Donc bien content aussi. Je ne sais pas qui les signera par contre, Season ayant dit en 2018 qu'ils ne travailleraient plus jamais avec le groupe... On verra !

04/07/2020, 17:08

Humungus

Ah bah très bien.
Je me demandais justement pas plus tard qu'hier ce qu'il pouvait bien advenir d'eux...

04/07/2020, 16:56

Buck Dancer

Pareil que RBD j'ai la version avec "Mentally murdered" en bonus.
Certainement le Napalm que j'écoute le plus. L'enchaînement "Suffer..." avec le bonus "hiding behind" est pour moi toujours aussi fatal 30 ans après.

04/07/2020, 14:33

JTDP

Au vu de la chronique pour le moins élogieuse du collègue, je me suis laissé tenter par l'achat, bien que rien nem'avait transcendé depuis "Once" de la part des finlandais. Je ne serais pas aussi mordant que KaneIsBack concernant le second cd, mais je dois confessé que ce n'est clairement pas l(...)

04/07/2020, 13:25

radidi

marrant de voir ce groupe avec un genre de statut culte aujourd'hui alors qu'à une époque osmose bradait les deux albums du groupe à 10 francs chacun! cela dit, ces deux albums étaient une tuerie, surtout trans cunt whip!!

04/07/2020, 11:26

Humungus

Je porte actuellement le t-shirt de cet album sur mes frêles épaules.
CQFD...

04/07/2020, 10:45

poybe

Le clip de Suffer the Children ... je l'ai sans doute encore chez mes parents sur une vieille VHS (si ça n'a pas été jeté). Je l'avais enregistré au milieu d'autres clips diffusés sur M6. A l'époque j'avais halluciné. Quand je l'écoute maintenant, je vois que mes oreilles se sont bien habit(...)

04/07/2020, 09:39

RBD

Hmmm... Tu sais parler aux hommes, toi... J'ai la version avec "Mentally Murdered" en bonus non signalé. L'occasion de signaler qu'avec cet EP entre autres, la transition n'a pas été tout à fait aussi brutale que ce qui semble si on s'en tenait trop strictement aux albums, simplement.
C'es(...)

04/07/2020, 01:21

Kairos

Haha ce nom sorti du fond des ages... comme osmose d'ailleurs

03/07/2020, 20:05