Quitte à entamer un weekend qui s’annonce des plus maussades, autant y aller franchement, et obscurcir l’horizon de nuages encore plus noirs. Lesquels ? Des Blackulonimbus auraient certainement fait l’affaire, tout comme des Sludgeostratus, mais j’ai finalement opté pour une solution moins évidente en invoquant un banc de Nimblackothrashus, qui m’ont paru plus appropriés pour débuter les hostilités chômées en toute beauté. Pour ça il me fallait trouver le courant idoine et le groupe porteur, mais c’est une fois de plus le destin qui s’en est chargé pour moi, en me livrant sur un blue screen ce qu’il me fallait pour laisser les gouttes de la haine filtrer les persiennes. Et c’est en Suède, le pays de l’hiver sans fin et de la violence sans faim que j’ai dégoté les concentrations d’humidité nécessaires à un blocage de l’astre qui nous réchauffe, sous la forme de trois faiseurs d’orages assez brutaux et vilains, mais salement habiles de leurs mains.

Suède donc, Västerås pour être plus précis, et une formation remontant à 2005. Quatre démos successives, jusqu’en 2011, date de sortie d’un premier longue durée, Inevitable Decay, suivi trois ans plus tard d’un Violent Procreation, qui nous amène donc encore trois ans plus tard à ce troisième LP, Through The Walls Of Flesh, pas forcément plus abordable ou empathique que les deux autres…Moins ?

C’est une éventualité, tant ces suédois semblent se radicaliser d’année en année.

ENTRENCH, puisqu’il faut bien nommer les troupes, est un trio donc (Fredrik Pellbrink – guitare/chant, Joel Sundin – basse et Mats Blyckert – batterie, depuis 2015), dont j’avais abordé le cas dans d’autres colonnes que celles de Metalnews en 2014, lorsque j’avais traité de leur second LP Violent Procreation. LP dont j’avais dit le plus grand bien, en évoquant ses accointances avec le radicalisme en vogue dans les années 80 du côté de l’Allemagne, mais aussi celles de leur propre pays. J’avais évoqué à l’occasion une union entre la sauvagerie d’outre-Rhin des premiers efforts de KREATOR ou PROTECTOR et la froideur glaciale des premières exactions Death des ENTOMBED, le tout joué à l’envi et avec une sauvagerie digne des SACRIFICE et autres combos refusant les limites de la politesse instrumentale.

Mon opinion et mes références n’ont pas trop changé, même si on note sur ce troisième effort une stabilisation de l’agression, qui pourtant n’engendre ni la mélancolie, ni la routine. Les trois suédois sont toujours aussi véhéments, et leur musique aussi frontale, et ces sept morceaux prouvent qu’ils n’ont pas l’intention de s’adoucir, ni de céder aux sirènes du jeunisme.

Leur Thrash légèrement Death et agréablement blackisé est toujours aussi compétent et performant, et jouit même d’une excellente production, chose assez rare dans ce créneau hyper sadique et brutal.

Evidemment, d’originalité, il n’est toujours point question. Le leitmotiv d’ENTRENCH n’a pas changé d’un iota, et se concentre toujours sur des bousculades rythmiques assez rudes, et une valse de riffs circulaires qui densifient les nuages pour empêcher toute apparition intempestive du soleil. Néanmoins, et en se démarquant de leurs homologues naviguant dans des courants Black/Thrash, les trois musiciens savent aussi faire preuve d’une certaine finesse progressive qui permet à leurs morceaux les plus longs de dérouler sans lasser. Et il fallait faire preuve de créativité pour placer suffisamment d’idées au sein de titres comme « The Coming Storm-Dawn of War » ou « Fragments-Shadow of Death », qui piétinent allégrement les huit minutes. Mais pas de soucis à se faire, les instrumentistes ayant plus d’un break et d’un plan dans leur poche, ces dits morceaux nous entraînent dans un délire Thrash fabuleusement brutal, mais merveilleusement créatif, qui tout en nous collant de sacrées roustes derrière la tête, prennent soin de nous panser pour ne pas nous laisser K.O pour le compte.

Pour ce faire, la magie d’ENTRENCH tient à son équilibre assez bluffant entre Thrash, Death et Black, et leur capacité à réveiller des pulsions différentes dans nos cœurs de bourrins qui ont traversé les époques sans pacemaker. Alors, tout y passe, des blasts sortant de nulle part aux riffs ténébreux made in scandinavia, en passant par les grognements rappelant les plus grandes heures de POSSESSED, le tout enrobé dans un packaging enflammé qui ne laisse que peu de place au répit.

Les fans de SADUS et autres combos foulant les frontières entre Thrash et Death seront évidemment comblés par des orgies de violence ciselées comme « White Light Precedes Black Rain », qui secoue les tignasses dans tous les sens par intermittence, mais les véritables amoureux d’un Thrash old-school puisant dans toutes ses influences sauront reconnaitre le mérite épique de la clôture « Fragments-Shadow of Death » qui de son riff lourd et sabbathien nous maintient en éveil jusqu’à la fin avec un brio forçant le respect. Car loin d’être une mini-horde de barbares, les suédois savent faire preuve de nuance pour nous entraîner dans leur transe, de la même façon que les meilleurs combos extrêmes le faisaient il y a de ça vingt-cinq ou trente ans.

Alors, la modulation dans l’écrasement est de mise. On passe par toutes les voies possibles, du pamphlet radical et lourdement Death/Thrash à la « Dead End » qui nous suggère le POSSESSED le plus primal et le GRAVE le moins radical, à l’empilement de plans vertigineux qui s’entrechoquent sous des cieux orageux (« Iron Coffin », ou comment pousser le Thrash dans ses derniers retranchements).

Et des pistes aussi malicieuses (dans le sens le plus evil du terme) comme « Enter The Fray », prouvent que les ENTRENCH font partie des prédateurs dominants de la scène Thrash actuelle, et qu’ils sont loin de se contenter de nous refourguer des plans déjà usés avant d’avoir été utilisés. Rythmique en chien de fusil, vocaux diaboliques, riffs qui modulent sans en avoir l’air, pour une gigantesque tempête sous un crâne en fusion qui ne connaît aucune baisse de régime. Et avec un timing parfait de moins de quarante minutes, les suédois frappent fort, vite, et intelligent, avant de se replonger dans une hibernation de trois années pour revenir encore plus fort. De fait, Through The Walls Of Flesh est une étape de plus vers la perfection d’une brutalité qui laisse hébété, mais aussi fort joyeux en ce weekend un peu trop pluvieux.

Une bonne raison de rester chez soi, dans le confort d’un extrême old-school qui pique un peu plus loin que les pointes de son bracelet clouté.


Titres de l'album:

  1. The Coming Storm _ Dawn of War
  2. Enter The Fray
  3. iron Coffin
  4. Dead End
  5. The Warmonger Sacrament
  6. White Light Precedes Black Rain
  7. Fragments _ Shadow of Death

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 18/08/2017 à 14:11
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

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