Vu d’ici, on pourrait croire qu’un nouveau groupe a encore oublié de régler sa montre sur onze heure trente, et pousser les pages de son éphéméride à la date de l’année 2017. Il est sûr que pour ceux dont la culture underground est limitée, le nom de SACRED OATH ne doit pas signifier grand-chose…Quatuor purement US, un album un peu bizarre sorti sur une structure obscure, bon, on range ça sans savoir dans le rayon « nouveautés à découvrir » sans se poser de question.

Sauf que le combo en question n’a rien d’une assemblée de jeunes loups aux dents longues prêts à mettre le monde à feu et à sang d’un Metalcore qui jumpe ou d’un Deathcore qui rumpe. Ça ne veut rien dire, mais ça situe bien le propos et ça nous renvoie dans les couloirs du temps, back to 1984, du côté de Danbury, Connecticut, lorsqu’un groupe de potes de lycée ont commencé à faire un peu de musique histoire de meubler les temps de récré et de permanence.

A l’époque, les mecs ne savaient certainement pas que leur aventure scolaire les mènerait jusqu’en 2017, avec un huitième album solo en bandoulière. Ils pensaient certainement être éphémères, d’autant plus que le Heavy Metal n’avait pas vraiment la côte à cette époque-là. Le Thrash régnait en maître, alors autant prendre son pied sans se prendre la tête.

Je ne me lancerai pas dans la rédaction d’une bio complète, vous avez le site officiel et des centaines d’entrées dans des blogs spécialisés pour ça.

Sachez juste que les SACRED OATH avec Twelve Bells font partie du patrimoine ricain au même titre que les OVERKILL et puis pas mal d’autres.

Mais dans les faits, c’est quoi ? Un quatuor donc, mené de front par les deux membres survivants de la formation d’origine (Rob Thorne – chant/guitare et Kenny “Thundarr” Evans – batterie), épaulés de deux additionnels les ayant rejoint au cours des années (Bill Smith, guitare depuis 2007 et le petit dernier, Brendan Kelleher, bass duties depuis 2009), la formation qu’on retrouve au générique de tous les LP’s depuis World On Fire, paru en 2010.

Et dans les faits, SACRED OATH c’est aussi une musique assez étrange, un genre de pont tendu entre le Heavy Metal et le Power Metal, pont sali par quelques poussières Thrash et balayé par des vents subtilement progressifs et alternatifs, qui nous mène d’une rive à l’autre pour peu que l’on multiplie les allers/retours, et qui se fixe sur des riffs assez puissants, des développements riches et des arrangements vocaux parfois surprenants. Une synthèse de tout ce que l’Amérique a pu proposer de plus Heavy depuis les années 80, mais qui a tenu compte de l’évolution du/des genres, pour ne pas passer pour une assemblée de nostalgiques un brin monomaniaques. Et si chacun des albums du groupe a été une étape sur leur long chemin vers la reconnaissance, admettons que ce petit dernier leur permettra peut-être enfin d’y accéder. D’ailleurs, Bill Smith l’avoue lui-même.

« Nous n’avons jamais été aussi excités par la sortie d’un album. Nous sommes tellement contents du résultat et de la façon dont se profile la tournée…Je suis excité, sincèrement, Twelve Hours pourrait être notre grand soir… »

Et l’enthousiasme du tricoteur en second pourrait ne pas être qu’un argument publicitaire de plus, puisque l’album en question est en effet plutôt très bon, dans un registre qui n’appartient qu’à eux.

En substance, les SACRED OATH, malgré la somme des influences avouées (IRON MAIDEN, JUDAS PRIEST, BLACK SABBATH, MASTODON, MERCYFUL FATE, METALLICA, MEGADETH, OZZY OSBOURNE, RAINBOW, DEEP PURPLE, KISS, VAN HALEN, ATTACKER, STEEL ASSASSIN, FATES WARNING, KING DIAMOND, TESTAMENT), dispose d’un son très personnel, et d’un style qui ne l’est pas moins.

On pourrait même les envisager comme un crossover de QUENSRYCHE, de FATES WARNING, d’ICED EARTH, de SAVATAGE et de quelques exemples light de la seconde vague Thrash US des METAL CHURCH, TESTAMENT, et même d’un prolongement de certains travaux de Dave Mustaine au sein de MEGADETH.

Une musique puissante, éminemment mélodique, qui n’hésite pas à laisser les thèmes s’exprimer sans les opprimer, mais sans tomber dans la démonstration progressive rébarbative. Un des exemples les plus probants de cette théorie toute personnelle reste « Never And Forevermore », qui juxtapose de très belles harmonies sur un tapis de riffs simples, pendant qu’une grosse basse ronde roule sur le parquet. Solo homérique, chant velouté, énergie concentrée et équipe recentrée, c’est un archétype de ce que les Etats-Unis peuvent produire de meilleur en termes de Metal pur, le genre de chanson qui échappe à toute datation par l’universalité de son propos.

Du beau boulot, et loin d’être un cas isolé…

Mais je le disais, Rob, Kenny, Bill et Brendan ne sont pas du genre à s’imposer un cadre trop limité. Les huit minutes et sept secondes de « Well Of Souls » sont là pour le prouver, et pourtant, pas un instant de remplissage, ce qui n’est pas le moindre des exploits. Intro très délicate, qui au bout de quelques instants laisse place à un lick de guitare extrêmement redondant, de ceux qui vous font autant bondir que headbanguer, et puis des digressions intelligentes, un peu comme si TESTAMENT avait pris quelques cours auprès de chantres de la vague Jump Metal des années 90, en piquant au passage quelques arrangements à DEEP PURPLE et UFO. Marrant non cette façon de nier toute notion de blocage temporel et d’ancrage ? Mais tel est l’apanage d’un groupe dont les origines ne remontent pas à hier, mais bien aux années 80. Le choix d’unir le passé au présent dans un même élan, fédérateur, et toujours aussi passionné malgré les années…

Et l’ouverture de « New Religion », tiens, ça aussi c’est bien percutant, et le genre d’entame dont rêveraient bien des combos…Une avalanche d’harmonies à la guitare, allégeant un riff sombre, pendant que la voix singe les tics suraigus de Rob « bald is beautiful » Halford, et puis soudain, un couplet pur CORROSION OF CONFORMITY, avec quelques clins d’œil à la vague Néo Thrash/Power des années 2000. Bien vu, bien joué, salement bien exécuté, il y aura des preneurs.

SACRED OATH finalement, est sans doute le groupe qui explique le mieux la notion très vague de « Power Metal » de ces dernières décennies. Il suffit d’écouter les saccades de « Twelve Bells », la rythmique concassante de « Bionic » ou de se laisser happer par l’up tempo de « No Man’s Land » pour s’en rendre compte. Des instrumentistes qui ont la niaque, la hargne, qui expulsent des morceaux construits avec pertinence et audace, et d’un professionnalisme qui n’a en rien corrodé la passion des premières répètes. Un album très bien produit, qui n’en fait pas trop dans la brosse à reluire, qui se termine même dans un épilogue de grandiloquence fatal, « The Last Word », qu’on aurait largement pu retrouver sur un Operation Mindcrime, un Parallels un Images And Words ou The Wake of Magellan. Peut-être même sur Load ou Reload, avec un peu d’imagination…

Twelve Hours pourrait en effet, et devrait même incarner le grand soir de ce groupe Américain si surprenant et si attachant, un groupe qui n’a jamais baissé les bras, ni rangé son matos, et qui continue d’y croire, à raison. Un genre de vœu sacré. Tiens, ça me plaît ça. Mais en tout cas, un des meilleurs albums de ce début d’année, et au vu de la qualité des sorties déjà traitées, le compliment n’est pas forcément anodin ni léger…


Titres de l'album:

  1. New Religion
  2. Twelve Bells
  3. Fighter's Heart
  4. Bionic
  5. Never And Forevermore
  6. Demon Ize
  7. Well Of Souls
  8. Eat The Young
  9. No Man's Land
  10. The Last Word

Site officiel


par mortne2001 le 15/06/2017 à 14:54
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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