Metal Bear Stomp

Siberian Meat Grinder

13/10/2017

Destiny Records

Lundi matin, personne ne m’en aurait voulu si j’avais expédié la chose en faisant une confiance aveugle à Google translation. J’aurais balancé un truc du genre :

« Musicalement, le mitigeur de viande sibérien continue de se déplacer entre le truc de croisement à grande vitesse avec le hip-hop, le NYHC, le Black Metal, le Stoner Rock et de nombreuses réminiscences punk, des paroles entre la vie en tournée, le Graffity Bombing souterrain et les sagas de métal mystique de la taïga sibérienne. », et hop, l’affaire était dans le sac US. Les plus éveillés auraient sans doute compris de quoi il s’agissait, pour peu qu’ils aient pris le temps de lire le nom du groupe en amont…Mais même le lundi matin, je ne me contente pas d’aussi peu, alors je creuse…un peu. D’abord, parce que les SIBERIAN MEAT GRINDER sont la nouvelle attraction underground à la mode en Russie. Ensuite, parce que leur musique enthousiaste et joyeusement violente vaut mieux qu’un emprunt rapide à un site qui résume leur affaire en quelques lignes. Et Dieu sait si leur « affaire » est aussi sérieuse qu’elle n’est fun, ce qui est toujours plus ou moins le cas lorsqu’on aborde celui d’un groupe de Crossover. On peut en effet traiter avec tout le sérieux du monde une grosse déconade musicale, ce que les D.R.I, EXCEL, MUNICIPAL WASTE, GANG GREEN et autres ANTHRAX ont compris depuis bien longtemps.

Alors, vous partagez mon point de vue ? Allons-y puisqu’il en est ainsi.

Les SIBERIAN MEAT GRINDER viennent donc de Moscou, ont déjà publié deux EP (SMG Versus The World, pochette sublime, en mai 2013, et Hail To The Tsar, pochette magnifique, en mai 2012), qu’ils vendent cinq dollars pièce sur leur Bandcamp, et s’attaquent aujourd’hui à l’exercice difficile du premier longue-durée, qu’ils ont bourré d’hymnes à reprendre entre skateurs, mosheurs, thrasheurs, hardcoreux, autour d’un pack de bière, sur le parcours d’un skate-park abandonné de la banlieue moscovite. Leurs concerts/tournées en compagnie de cadors comme AGNOSTIC FRONT, TERROR, DEEZ NUTS, BORN FROM PAIN, POWER TRIP, SKELETONWITCH, OBITUARY, SODOM ou SLAYER ont manifestement aiguisé leur art consommé du riff acharné, et ce Metal Bear Stomp à la pochette une fois de plus carton en fait un plein, tant la joie de jouer une musique furieuse et déchaînée se ressent à chaque coin de sillon.

On retrouve donc leur personnage central d’ours tsar qui continue ses aventures, en piétinant tous ses adversaires, certainement trop moroses pour accepter ses injonctions Crossover. Mais cette fois-ci, le dictateur/leader a pris son temps pour affiner son discours, et le rendre plus virulent, comme nous le confirme le groupe lui-même :

« Metal Bear Stomp est plus Heavy, plus agressif et même plus technique. Nous avons exploré des idées et des genres que personne n’a osé mixer, les mélangeant ensemble d’une façon unique. ». Et le pire, c’est que la bande de disciples du grand Tsar n’exagère que très peu les choses. Si leur Thrash/Crossover à ce petit aspect classique qui le rend irrésistible, et digne des meilleures réalisations du style, il a aussi su s’en démarquer en mettant l’emphase sur les éléments hip et hop, et en refusant tout compromis, mis à part une liberté de ton dont il ne se départit jamais.

Résultat, nous avons affaire à un album euphorique, bien dans ses baskets, et prêt à conquérir le monde de ses rythmiques explosives et de ses riffs en giclées jouissives. En douze titres pour presque quarante minutes de musique, les SIBERIAN MEAT GRINDER s’imposent comme la nouvelle valeur sûre de l’est, qui n’en finit plus de peaufiner son plan d’invasion globale en assimilant les principes de l’ouest, tout en gardant farouchement ses racines slaves sous le coude. Et dès l’entame « Ruder Than Thou » qui impose sa philosophie et ses certitudes sans hésitation, le voyage se place sous des auspices de violence saine, et de Thrash’n’Core sans haine, mais doté d’une énergie sans pareille qui vous contamine les oreilles plus rapidement qu’un « Not ! » hurlé par Scott Ian himself.

Concrètement, le groupe continue sur sa lancée, en se professionnalisant, sans tomber dans le piège de l’album trop élaboré. On sent un naturel incroyable émaner de chansons qui placent l’unisson au-dessus de toute notion de raison, et finalement, les moscovites semblent vraiment à l’aise dans leur rôle de trublions, à mi-chemin d’un Thrash vraiment saccadé et d’un Punk salement lardé, le tout sur fond de paroles fun qui n’oublient pas pour autant de signaler quelques problèmes à corriger.

Si leurs riffs sont la plupart du temps aussi Metal qu’une perruque de Rob Halford, leurs chœurs se veulent plus revanchards qu’une expédition punitive de Roger Miret, mais l’ambiance s’allège de temps en temps pour se frotter à l’euphorie d’une scène Punk SoCal, celle des appréciées 90’s que beaucoup n’ont pas oubliées. Alors ça cavale, sévère, ça ralentit, rarement, mais c’est à l’aise à chaud comme à bouillant, et le temps passe vite en compagnie de ces déments.

D’aucuns diront que parfois, le chronomètre aurait pu s’arrêter quelques minutes avant. Il est vrai que la plupart des compos sont longues (tout du moins selon les standards du genre), et que de temps à autres, des idées se retrouvent replacées sans vraiment chercher à les nuancer. Mais c’est aussi ce qui fait le charme de cette musique qui ne vise pas la perfection, mais bien la déraison, et qui nous fait headbanguer comme des tarés. Et entre les couplets qui visent la coalition mosh et des refrains si Rapcore que même le slip d’Ice-T en fond (« Style », ils en ont, et le bon), le délire tourne rond et nous entraîne dans une visite guidée éclair des bas-fonds. Pas de surprise notable à souligner, chaque intervention est supersonique mais justifiée, et l’enthousiasme dont font preuve les SIBERIAN MEAT GRINDER sur Metal Bear Stomp est très contagieux. Il suffit d’écouter un truc aussi immédiat et peaufiné que « Hunt The Steel » pour s’en rendre compte, spécialement au niveau d’un chant bien rapeux au phrasé Rapcoreux, qui lâche son flow Thrash avec une conviction qui force le respect. Basse bien ronde qui vient meubler les silences de guitares qui rechargent leur batterie, breaks Heavy, reprise Core fulgurante, pour un premier LP qui rue dans les brancards, et qui vous laisse exsangue.

La pression est maintenue jusqu’à la fin, avec deux reprises à leur propre compte d’anciens hymnes qui démontent, dont « Face The Clan » et « Walking Tall », qui permettent au LP de se terminer en une explosion de joie et d’énergie, épiphanie de violence positive qui leur permet de s’imposer sur une scène pourtant bien chargée.

Gros poing dans la face, mais qui vous laisse quand même un tube de pommade pour vous soulager, Metal Bear Stomp est à l’image de sa pochette/symbole (courtesy of Sean Taggart). C’est un disque qui écrase tout sur son passage, la mauvaise humeur, la concurrence, une époque de souffrance, et qui nous ouvre les yeux tout en nous faisant sourire jusqu’aux oreilles. Le genre d’album qui colle la pêche et une bonne patate dans ta face, et qui éclaire le lundi d’une douce euphorie. Un genre de truc « très amusant, souvent ironique, intelligent et fête de whiplash sauvage où tous vos poings frappent »

Enfin, vous m’avez compris.


Titres de l'album:

  1. Ruder Than Thou
  2. Hunt The Steel
  3. Metal Bear Stomp
  4. Can't Stop Won't Stop
  5. No Way Back
  6. Enter Bearface
  7. No Sleep Till Hell
  8. Style
  9. Get Busy
  10. Face The Clan 2017
  11. Eternal crusade
  12. Walking Tall 2017

Facebook officiel


par mortne2001 le 13/10/2017 à 14:35
79 %    829

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


RBD
membre enregistré
14/10/2017, 00:28:19
Je les ai vus deux fois, c'est tout à fait ça sur scène. Et ils sont bien plus méritants que d'autres.

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Use Your Illusion I & II

mortne2001 18/09/2021

From the past

Witchfuck : le contre-pouvoir en Pologne

Simony 14/09/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : CATACOMB

Jus de cadavre 29/08/2021

Vidéos

LA CAVE #6 : une sélection d'albums Metal Extreme

Jus de cadavre 20/08/2021

La cave

Suffocation 2014

RBD 09/08/2021

Live Report

SWAMP TERROR : La bête des marais !

Simony 16/07/2021

Interview

Palavas Surfers

RBD 16/07/2021

Live Report

Monarch ! 2009 + 2015

RBD 06/07/2021

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
KRISS

Fan des 4 premiers albums évidemment je suis déçu, même si j’ai apprécié surgical steel, je trouve ce dernier album sans saveur, et une viande sans gout ce n’est pas festif.J’abandonne.

20/09/2021, 21:20

Gargan

ça n'a absolument rien à voir, mais l'écoute m'a rappelé l'impression que j'ai eue à l'époque à l'écoute de "towers of frozen dusk" d'Evoken, l'expression auditive d'un putain de mo(...)

20/09/2021, 20:29

POMAH

Une énorme claque, dans la même veine que Abyssal Vacuum et Amnutseba

20/09/2021, 17:06

Bones

En passant ces 2 albums au pressoir pour en extraire toute la flotte et les moments passables, on aurait facilement obtenu la matière brute d'un Appetite 2.Immense gâchi. Du coup c'est une doublette que je ne ressors jamais. Ca me gave de zapper des pistes.

20/09/2021, 12:45

Bones

En pleine découverte de cet album, acheté samedi.Mais bon sang, on y retrouve des moments d'excellence !  Ces mélodies tordues et vicieuses, ces rythmiques velues, ces petits passages qui blastent, ces vocaux au papier de verre...  on est complètemen(...)

20/09/2021, 12:42

Kerry King

November Rain faut dire la vérité, ce titre démonte tout à tout niveau, Axl et Slash y sont a leur top.

20/09/2021, 11:14

Humungus

!!! !!! !!! O-BLI-GA-TOI-RE !!! !!! !!!

20/09/2021, 09:54

Gargan

C’est juste moi ou la pochette est vraiment moche ?

20/09/2021, 06:41

Buck Dancer

Comme j'aime pas les Guns, j'attends maintenant la chronique du Black Album. 

19/09/2021, 13:56

Hoover

Un grand merci pour cette belle chronique. A ceux qui pourraient dire qu'il aurait mieux fallu une chronique deux fois moins longue avec juste les meilleurs morceaux, j'ai la même réponse que pour les Use your illusion: je veux le tout, et qu'importent les longueurs.

19/09/2021, 13:45

Arioch91

Gun's Roses, à l'instar d'autres comme Cotlett Crüe/Ratt/Poison me sont tous passés au-dessus de la tête sans même que je m'y intéresse.Le seul morcif que je connais d'eux est Welcome to the Jungle et uniquement parce qu'i(...)

19/09/2021, 12:21

Gargan

La succession don't cry /back off bitch m'a toujours bien fait rire, on passe du romantique au bien vulgaire sans transition. Civil war (mon coeur balance aussi avec november rain, forcément), ça reste toujours parfaitement d'actualité, aussi bien outre-altanti(...)

19/09/2021, 11:59

Humungus

Oh et pis crotte !"Novembre rain" reste quand même la mieux merde.Cf. "« November Rain » n’est ni plus ni moins que le « Bohemian Rapshody » d’Axl"

19/09/2021, 10:42

Humungus

Pfiouuu !!!Ça c'est de la chro.Perso, "Civil war" reste ma préférée.PS : "Aurait-il fallu condenser tout ça en un seul double album, ne contenant que l’indispensable ?"OUI !!!

19/09/2021, 10:28

totoro

Trop de morceaux qui font que je ne reviens que sur ceux que j'aime ("You Could Be Mine", "Breakdown", "Locomotive", "November Rain", "Pretty Tied Up", "Shotgun Blues", "14 Years", "Get In The Ring", "Yester(...)

18/09/2021, 23:59

Simony

Autant je reconnais l'importance de ces deux albums dans l'histoire du Rock, autant ils glissent sur moi sans que je m'y accroche. A un moment donné, je devais posséder le volume II mais c'est vraiment long pour moi, j'ai préféré rester (...)

18/09/2021, 21:16

Gargan

Très belle pochette et bonne surprise, travail de compo au dessus du lot + basse bien en avant.

18/09/2021, 18:47

Jus de cadavre

Rah bordel ce que j'aime ce groupe. La prod est un chouilla trop propre pour le style, mais bon dieu ça défouraille ! La bagarre !

18/09/2021, 17:43

metalrunner

Tu rajoutes la voix d Dickinson et voila le dernier album de Maiden  

18/09/2021, 09:11

POMAH

C'est fougueux ce truc... je ne m'attendais pas à cela.

18/09/2021, 08:41