Bon, on va encore dire que je fais une fixette, et que j’ai tendance à schématiser les grands problèmes de ce monde en quelques équations simplifiées. Mais bon, si vous prenez une pincée de Thrash et que vous l’assaisonnez d’une bonne rasade de Death, ça donne quand même du Thrash Death. Ou du Death Thrash. Et vous aurez beau retourner le problème dans tous les sens, ça n’y changera rien. C’est en tout cas le résultat patent que semblent valider les américains de CHEMICAUST, qui eux aussi, sont adeptes des raccourcis sémantiques. Chemical + Holocaust, et hop, vous obtenez leur patronyme, qui après tout, sonne aussi percutant que celui de n’importe quel combo. Nous en venant de Dallas, Texas, pas forcément at 1PM, mais suffisamment tard pour s’accommoder de la nuit comme compagnie chérie, ce groupe sort donc son premier album à tirage confidentiel d’un millier de pièces CD. Dois-je pour autant vous le recommander comme cadeau d’étrennes même si vous n’êtes pas concierge ou doublure du Père Noël? Oui, parce que le CD en question est tout à fait performant, et qu’il illustre à merveille les qualités de ces jeunes groupes qui n’ont de cesse de rendre hommage à cette vague de barbares qui agitaient l’underground à la fin des années 80 et au début des années 90. Alors, je leur consacre ces quelques lignes pour tenter d’analyser cette première œuvre longue-durée qui se hisse de ses propres qualités en haut du panier.

Un peu d’histoire/bio pour agrémenter mon laïus, malgré le fait que ces musiciens ne soient pas vraiment prolixes en ce qui concerne leur parcours. Ils sont donc quatre (Pierce Hall & Damian Giron - guitares, Ernie Jaramillo - basse/chant et Ronn Harris - batterie), se sont formés en 2013, et participent activement au bon fonctionnement de la scène locale en multipliant les concerts, puisque la scène semble être leur terrain de jeu de prédilection. Musicalement parlant, le quatuor nous a déjà proposé un EP, As Empires Fall il y a trois ans, avant de se lancer dans le grand bain de la durée honorable, via cet Unleashed Upon This World qui ne fait ni dans le détail, ni dans la bourrinade sans baskets ni headbanging. Nous sommes donc à cheval entre le Death et le Thrash, comme précisé en préambule, même si les inflexions de ces jeunes énervés les rapprochent plus volontiers d’un Thrash durci que d’un Death ramolli. Beaucoup de riffs fort pertinents, des heurts rythmiques convaincants, et une interprétation investie font de ce premier jet un incontournable qui saura satisfaire les fans d’EVIL DEAD, de MUNICIPAL WASTE, d’EXUMER, mais aussi de SLAYER, et pas seulement parce qu’Ernie Jaramillo est un sosie parfait en plus carré de Tom Araya jeune. L’homme, au-delà de sa ressemblance physique avec cette figure christique fait preuve d’une belle assurance vocale, de son timbre rauque et de son phrasé précis, et manipule la basse comme un métronome qui s’accorde très bien avec les poussées de fièvre de sa paire de guitaristes, décidément très volontaires et précis eux aussi. Quelques réminiscences du PESTILENCE des premières années pour valider la caution Death tant désirée, des tempi qui privilégient la vitesse modérée mais appuyée, et des chansons aux structures faussement simples qui font la jonction entre la redondance d’antan et la précision de maintenant. En somme, un disque très travaillé, mais compact, qui a trouvé le juste milieu entre puissance épidermique et justesse technique.

En proposant des morceaux à la limite d’une durée raisonnable, les CHEMICAUST se permettent un bon paquet d’idées, sans pour autant se réclamer d’un progressif qui n’a pas lieu d’être. Mais on sent de l’ambition dans la brutalité, à l’image de ce « The Absurd Beautiful Lie », qui pendant près de cinq minutes, joue le concassage fatal, en se livrant à une joute inter-instrumentale de toute beauté cruelle. Petits licks de guitares qui tournoient, énergie aux abois, pour varier les plaisirs et ne pas se contenter d’une dizaine de pamphlets Thrash déjà entendus aux lignes rebattues, et finalement, ce premier LP est d’une compétitivité tout à fait honorable, au regard de certaines productions qui aiment un peu trop rester dans le giron de la tradition. Mais avec une entame aussi persuasive que « As Empires Fall », qu’on trouvait sur le précédent EP, la partie était déjà presque gagnée, en profitant des coups de Trafalgar des COMECON et autres EVIL DEAD. Une certaine rigidité suédoise dans le maniement des riffs gelés, pour une ambiance survoltée, qui ne laisse jamais la pression retomber. « Vanished » confirme, et prête allégeance à SLAYER et EXUMER, pour une ballade dans les arcanes Thrash du passé, toujours enjolivée par ce chant aux accents véhéments et graves comme un Martin Van Drunen pas vraiment content. Et entre quelques crises de folie que les EXODUS et NUCLEAR ASSAULT auraient pu imposer sur leurs albums les plus acclamés (« Incarcerated »), ou des accalmies faussement adoucies mais réellement acides et insidieuses (« Genocide », six minutes de crescendo progressif aux guitares épidermiques), le tableau est complet, et le passage dans la cour des grands validé, sans avoir besoin de forcer le talent.

Ce talent est évident, et crève les cordes des soli incendiés par une paire de guitaristes aussi inspirés que la légendaire paire Rob Cavestany/Gus Pepa, et les peaux des toms de Ronn Harris, frappeur parmi les frappeurs, qui n’a pas peur de se montrer plus allusif et de taquiner le talent des Dave Lombardo et autres Tom Hunting (« Unleashed Upon The Earth », l’un des morceaux les plus explosifs et concentrés du lot). Ajoutez à ça un leader qui de ses cordes graves et de sa voix qui ne l’est pas moins mène la barque avec poigne, et vous obtenez un groupe aussi carré qu’une racine, mais aux possibilités exponentielles. Certes, tout ceci a un air de déjà entendu, mais c’est joué avec tellement d’envie et de fluidité qu’on se laisse volontiers embarquer, l’intensité ne retombant jamais, surtout pas sur ce final en forme d’hommage à Gary Holt et sa bande, dont les texans reprennent l’hymne fatal « A Lesson In Violence » avec une conviction tout à fait admirable. En même temps, entre le « Chemi-kill » d’EXODUS et CHEMICAUST, l’allusion est assez facile à établir, et il n’est pas incongru de voir en ces pistoléros de Dallas une liaison fort solide entre le gang de Rick, Tom et Gary et les TOXIC HOLOCAUST, d’où cette tendance à piétiner les plates-bandes Death d’un pas assurément Thrash. Et l’un dans l’autre, cet Unleashed Upon This World s’avère être un joli coup de semonce pour cette année 2018 qui s’annonce. Qui s’annonce quoi ? Thrash, Death, mais de bon aloi, comme toutes les années qui l’ont précédée, et qui n’en peuvent plus d’imposer de jeunes admirateurs vintage qui n’ont rien oublié des décibels surchauffés de la vague Bay Area d’il y a une trentaine d’années.


Titres de l'album:

  1. As Empires Fall
  2. Vanished
  3. Human Sacrifice
  4. The Absurd Beautiful Lie
  5. Incarcerated
  6. Serenity
  7. Unleashed Upon This World
  8. Genocide
  9. A Lesson in Violence (Exodus cover)

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 22/01/2018 à 14:29
80 %    187

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Nyu.

Flux

Religious Observance

Utter Discomfort

Visavis

War Machine

Cemetery Urn

Barbaric Retribution

Nekrofilth

Worm Ritual

Of Hatred Spawn

Of Hatred Spawn

Wyrms

Altuus Kronhorr - La Monarchie Purificatrice

Barshasketh

Barshasketh

Ravenface

Breathe Again

Blosse

Era Noire

Perversor

Umbravorous

Calcined

Discipline

Devil On Earth

Kill The Trends

Skald

Le Chant des Vikings

Cosmic Atrophy

The Void Engineers

Pissgrave

Suicide Euphoria

Blood Feast

Chopped, Sliced and Diced

The Intersphere

The Grand Delusion

Nachtmystium

Resilient

Billy Bio

Feed the Fire

Powerwolf + Amaranthe + Kissin' Dynamite

JérémBVL / 18/01/2019
Powerwolf

Klone unplugged

RBD / 17/12/2018
Acoustique

Brutal Metal DTP Gig

Simony / 12/12/2018
Black Metal

LIVE REPORT - TYRANT FEST 2018 - JOUR 2

Mold_Putrefaction / 05/12/2018
Black Metal

Concerts à 7 jours

+ Venefixion + Defenestration

19/01 : Brasserie Bleizi Du, Morlaix ()

Photo Stream

Derniers coms

Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour pouvoir assister à ça...


Si je ne me trompe pas, y'avait eu la même chose sur VS à l'époque pour ULTRA VOMIT non ?
(+1)


Oui moi qui n'aime pas du tout aller à Paris, ça me tente énormément...


Oooh je pense qu'on peut faire mieux.... et +1 com !


Les histoires de meurtre et d'incendie d'église ça c'est vrai on le sait.

Le mystere reste autour du suicide de Dead et de la mort de Euronymous.

Le depart du groupe de Necrobutcher au moment du suicide de Dead est assez étrange aussi.


L’affiche qui fait (très) mal...


Oui mercato réussi.


Ça ressemble à un record de coms ça !


Oui je trouve aussi. Fiable quoi.


Cela semble être une bonne idée...


Je n'ai pas lu le livre de Moynihan qui est, paraît-il, plutôt complaisant avec tout l'ensemble y compris ce qu'il y a de plus inacceptable. Au-delà de ce que je rejette très fermement les meurtres et incendies de lieux de culte, je ne me suis jamais reconnu dans le Black Metal même sous un sim(...)


On a vraiment lu tout et son contraire sur ces histoires, sans compter le mystère entretenu par les protagonistes de l'époque. J'ai beau essayé de faire le blasé, de me dire que c'était que des "petits cons", des abrutis, que le bouquin n'est qu'un torchon un peu trop orienté, il n'empêche qu(...)


Excellente chronique... j'avais découvert avec l'album précédent sans approfondir plus que ça. Tu viens de réanimer ma curiosité Mortne2001 !
C'est d'une saleté indécemment propre au niveau de la production là où la concurrence balance des riffs lambda avec une production crasseuse p(...)


J'espère juste que le film dira clairement que les protagonistes n'étaient que des petits cons paumés... Mais sinon, oui, rien qu'avec l'attention portée aux détails, ça donne envie, clairement.


Trailer bien plus convaincant que les précédents. Et oui le " Based on truth and lies " est bien pensé.
Ça fait envie.


En tout cas beau job de l'ensemble de l'équipe de ce site, avec une chouette ergonomie. Bon, j'ai pas pigé comment on fait pour aller directement suivre un fil de discussions/commentaires sans passer par le titre du thème concerné, mais pas grave.


Sans conteste, ce qui précède est en lice pour être la meilleure discussion dans le futur top 2019...


Putain, ça donne envie tout de même hein...
Pis le "Based on truth and lies" est tellement bien trouvé bon dieu de dieu !


Vive le Méan !


Lemmy disait : "Tant qu'il y aura 2 ou 3 mecs pour jouer et 2 ou 3 autres pour les écouter, le rock se portera bien".
Donc tant qu'il y a aura 2 ou 3 personnes pour écrire et 2 ou 3 autres pour les lire, Metalnews se portera bien ! :-D
Lemmy disait aussi : "C'est pas ta soeur qui m'i(...)