Visitations From Enceladus

Cryptic Shift

04/05/2020

Blood Harvest

Les plus anciens se souviendront qu’en 1984, VENOM nous en était revenu des enfers avec un album bizarre, At War With Satan. Un album culotté qui débutait sur une composition épique de vingt minutes, chose inconcevable pour l’extrême à l’époque. Certes, cette soudaine ambition avait bien fait rire les critiques qui s’en étaient donné à cœur joie pour ramener l’ego des trois anglais à des proportions plus raisonnables, mais les fans savaient à ce moment-là que même la musique extrême (à l’époque on mélangeait un peu tout, Speed Metal Black, Thrash Metal Death, bref, le plus, le mieux) pouvait faire preuve d’un peu plus d’épaisseur que la moyenne Metal. Les un peu moins anciens se souviendront aussi qu’à la fin des années 80, quelques musiciens plus inspirés ont commencé à insuffler un peu de finesse au barouf ambiant. Des musiciens élevés à RUSH, UZEB, Coltrane, qui aimaient tout autant SLAYER, METALLICA et EXODUS, et qui dans un élan créatif et une émulation commune mixèrent le Thrash et le Jazz, pour créer cet enfant bâtard qu’est le Techno Thrash. Les WATCHTOWER, SIEGES EVEN, CORONER…Et puis, de fil en aiguille, de cris en grognements, c’est cette excroissance immonde qu’est le Death qui a fini par affiner sa boucherie, laissant les PESTILENCE, CYNIC, ATHEIST convaincre le chaland un peu obtus que technique et puissance morbide pouvaient aller de pair. Et depuis, les noms se sont accumulés sur la liste des créatifs plus décalés que les autres. Les techniques, les avant-gardistes, les expérimentaux…VOÏVOD, NOCTURNUS, VEKTOR, DODECAHEDRON, VIRUS, j’en passe et des moins caractéristiques, mais je ne passerai pas non plus sous silence les anglais de CRYPTIC SHIFT. Né à Leeds en 2015, le quatuor s’est d’abord fait connaître par le biais d’un Thrash très travaillé, avant de durcir son approche pour oser un Death touffu et pointu. Quelques sorties alléchant les plus fins musicologues (deux démos, mais surtout un EP, Beyond the Celestial Realms en 2016), et une réputation dans l’underground, qui devait fatalement mener à l’enregistrement d’un premier LP.

Et comme le légendaire Focus de CYNIC s’était fait attendre très longtemps, Visitations From Enceladus a pris le sien pour arriver jusqu’à nous. Mais autant dire que la patience des fans est récompensée au centuple.

Car entamer un premier longue-durée avec une composition de plus de vingt-cinq minutes découpée en six mouvements n’est pas chose commune, même si les exemples ne manquent pas en fouillant dans les coffres du Progressif des années 70. Et il est certain que CRYPTIC SHIFT a voulu clarifier les choses dès le départ, et nous montrer de quoi il était capable. Le quatuor (Xander Bradley - chant/guitare, Ryan Sheperson - batterie, John Riley - basse et Joss Farrington - guitare), se cachant derrière un artwork cryptique de A. Nagamasa, n’a même pas pris la peine de mentionner son nom ni le titre de l’album. Et il n’est pas anodin de souligner que cette pochette se rapproche assez dans son trait naïf du In The Wake Of Poseidon de KING CRIMSON, comparaison tout sauf anodine au moment de juger une œuvre pour son contenu artistique. Car avec la monumentale entrée « Moonbelt Immolator », les anglais fixent de nouveaux critères pour les travaux à venir de leurs homologues qui souhaiteraient atteindre le même niveau de créativité et d’inventivité. En vingt-six minutes, CRYPTIC SHIFT parvient à synthétiser vingt-cinq ans de musique extrême et technique, réusissant à tracer une ligne entre VEKTOR, VOÏVOD, ATHEIST, CYNIC, et quelques autres sans donner l’impression de leur emprunter leurs tours les plus spectaculaires. En se posant sur la frontière de l’avant-gardisme, mais sans piétiner ses terres, les quatre musiciens réussissent le tour de force de composer l’un des morceaux les plus épiques de l’extrême, restant passionnant de bout en bout, imprévisible mais cohérent, et sans faire appel à de longues plages contemplatives et autres esbroufes Ambient de remplissage gratuit. En alternant les inspirations Thrash, Death, psychédéliques et jazzy, en utilisant les dissonances, les discordances, les coupures mélodiques, les soudaines accélérations purement Thrash, les complexités inextricables du Death expérimental, en se reposant sur des plans d’une complexité extrême qui pourtant dégagent un potentiel émotionnel indéniable, le groupe signe un manifeste digne d’un MEKONG DELTA passé au prisme DODECAHEDRON, sans perdre de vue la musicalité, mais sans non plus tomber dans des travers trop abscons ou baroques. Un festival de savoir-faire, une union entre UZEB et PESTILENCE, pour un déroulé progressif enivrant de talent, et osons un mot trop galvaudé, de « génie ». Rarement composition aussi ambitieuse aura généré autant de sentiments différents, et immédiatement, Visitations From Enceladus se pose en œuvre unique, premier LP nimbé d’une aura mystique qui fera date.

Mais réduire cet effort à sa première et dantesque composition serait d’une injustice rare. Car en sus de cette saga de vingt-cinq minutes, CRYPTIC SHIFT nous offre trois autres titres plus concis, mais bouillonnant de la même inspiration plurielle et démoniaque. « (Petrified In The) Hypogean Gaol » avait fort à faire en tant que second chapitre, et pourtant, il en relève le défi en confrontant la prétention classique sombre de CORONER et les cauchemars wagnériens de MORBID ANGEL, épiçant le tout d’une basse à la Roger Patterson. Toujours pragmatique, le quatuor refuse les idées faciles ou les imbrications trop concentriques, et avance en développant ses arguments, truffant ses structures de base d’arrangements fascinants pour mieux perdre l’auditeur dans les méandres de sa logique. Gardant l’efficacité de ses années Thrash, mais les durcissant d’aspirations clairement Death, Visitations From Enceladus s’appréhende comme un voyage dans le cosmos, à destination d’une galaxie  nouvelle, dans laquelle gravitent les poussières d’étoiles anciennes. Ces poussières sont parfois clairement identifiables grâce à des caractéristiques très particulières, comme ces passages Thrash qui suivent les pas du CORONER des meilleures années de voyage, et qu’on repère sans difficulté sur le monstrueux final « Planetary Hypnosis ». Avec un sens de l’à-propos bluffant, une liberté de ton qui n’empêche pas la rigueur, et des prétentions à la hauteur des moyens individuels et collectifs, CRYPTIC SHIFT signe là une œuvre fascinante, pénétrante, obsédante, reléguant la concurrence technique à des années lumières. Un premier album qui fera date dans l’histoire du Death progressif, et qui risque fort de servir de balise dans les années à venir.    

                                                                                                 

Titres de l’album :

01. Moonbelt Immolator

               I. Detached From The Xenoverse

               II. Skirmish Above HD 10180 h

               III. Interstellar Lands

               IV. Black Ore

               V. Lair Of The Time-Ghouls

               VI. Progeny Echoes

02. (Petrified In The) Hypogean Gaol

03. The Arctic Chasm

04. Planetary Hypnosis


Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 19/05/2020 à 17:51
95 %    216

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Licence to Kill

mortne2001 04/06/2020

Mood Swings

mortne2001 02/06/2020

Wintersun

JérémBVL 01/06/2020

Songs For Insects

mortne2001 30/05/2020

Solstice

mortne2001 28/05/2020

The Triumph Of Steel

JérémBVL 27/05/2020

The Gathering 2006

RBD 26/05/2020

End Of Society's Sanity

mortne2001 25/05/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Amazing Copy

Les Cro-Mags doivent être contents. :-)

06/06/2020, 20:48

Jus de cadavre

"Les premiers numéros sont parus fin 1992 et nous venons de sortir notre n°87 en février dernier."
Eh ben... Chapeau ! C'est ce qui s'appelle la passion.

06/06/2020, 12:39

RBD

Excellent ! Je les avais vus il y a dix ans pile, bonne claque de Sludge Stoner pur, propre, bourru et très en place, qui sortait pourtant des sentiers battus du style côté bayou ou côté asphalte.

06/06/2020, 12:19

KaneIsBack

Jamais vu le groupe en live, en grande partie à cause de leur réputation catastrophique. Mais j'adore sur album, et ce disque, malgré ses défauts, reste une de mes références (il faut dire qu'il fait partie des premiers albums que je me suis payé). Par contre, je tiens à dire ici haut et for(...)

05/06/2020, 21:41

poybe

Perso je les ai vus il y a une dizaine d'années à la coopé de Clermont (tournée avec Moonspell, Turisas et Dead Shape Figure (là j'ai du rechercher le nom du groupe ^^)), je n'en garde pas un mauvais souvenir. Le son était bon, la prestation correcte, sans être non plus transcendante ... j'av(...)

05/06/2020, 18:45

Hair-dressing Curiosity

@ Humungus :
:-)))))

N'empêche que pour ceux qui avaient biberonné aux 4 Horsemen dans les 80's, devoir subir des curetages du prose comme Load/Reload/St Anger... bordel ! la cicatrisation des sphincters a pris du temps. C'est un peu comme les rhumatismes, ça se réveille mêm(...)

05/06/2020, 17:05

Reading Bouquinerie

Naaa, c'est de la petite série, réimprimé par paquets de 12. :-D

Raaa n'empêche j'ai hâte de lire ça ! Ca va raviver des souvenirs !
(mode "vieux con", avec ses demo tapes sous le bras)

05/06/2020, 16:51

Lifting Catastrophy

J'en viens à penser que le récit d'un BON concert de Cradle ça permet finalement de démasquer à coup sûr un pseudo spectateur qui en fait ne les a jamais vus live. :-))))))




Non allez, pas tapé !! c'était juste pour faire du mauvais esprit. :-)))))

05/06/2020, 16:47

Goughy

Je n'ai que cet album et "Beauty", vu 5 ou 6 fois, toujours en festival ou "gros concert" dons ils n'étaient pas tête d'affiche, je n'ai jamais entendu pareille bouillie sonore pour aucun groupe, même du grind de squat.
On en parle parfois avec mon pote qui me dit que je ment, qu'on les a v(...)

05/06/2020, 15:57

Humungus

4ème réédition putain !?!?
Musso n'a qu'à bien se tenir !

PS : A quand dans la Pléiade ???

05/06/2020, 13:12

Humungus

Bah écoutes, j'ai fort bien fait de ne faire aucun commentaire hier soir car tu as (d)écrit en mille fois mieux qu'elle était mon ressenti sur le sujet...
Merci Professeur Hair-dressing Curiosity.

05/06/2020, 13:10

Hair-dressing Curiosity

Je pense que c'est un tout.
S'ils n'avaient pas à ce point retourné leur veste, il y aurait eu une meilleure acceptation du look, parce qu'ils avaient un tel capital sympathie et affectif avec le public que les fans auraient évoqué ça 6 mois plus ce serait passé crème.
Mais quand (...)

05/06/2020, 12:27

Reading Bouquinerie

maLin

05/06/2020, 12:20

Reading Bouquinerie

C'est main, je viens de me délester de 46 balles. :-))))

(merci MetalNews !!)

05/06/2020, 12:20

Arioch91

Excellent ouvrage que je recommande !

05/06/2020, 07:09

Humungus

Sachant que j'ai dû les voir 3 ou 4 fois, j'ai donc eu l'immense malchance de tomber à chaque fois sur une de leurs 5 mauvaises prestations live.

The Trve Humungus.

05/06/2020, 05:22

Satan

Deux choses :
1) C'est "Whore" en non "Wore".
2) De plus, c'est le nom de l'opus qui prend des petits points (au nombre de 5) et non le titre éponyme qui s'écrit d'une seule traite.
Désolé d'être pénible mais on se doit de respecter les chefs-d’œuvre jusque dans les moindr(...)

04/06/2020, 23:18

Satan

Il est parfaitement risible que l'argument number 1 de l'époque était "ils ont coup leurs cheveux". Ça en dit long sur le degré d'immaturité de bon nombre de métalleux malheureusement.

04/06/2020, 23:05

lolo

pas mal le chat planqué dans les gradins!

04/06/2020, 15:55

Humungus

"Age tendre et têtes de con" voulais-tu dire non ?

04/06/2020, 13:07