Reste-t-il un public pour les albums de guitare instrumentale ? Les enfants du hard-boom des années 80 se souviendront évidemment de la production pléthorique du genre, et spécialement de ce qu’on nommait avec un mélange d’admiration et de condescendance « l’écurie Mike Varney »…Tous ces cavaleurs de manche qui n’en pouvaient plus de nous impressionner de leur dextérité, avec parfois quelques idées intéressantes, mais aussi énormément d’égocentrisme pour satisfaire leur prétention. Pas un mois ne passait sans un Tony MacAlpine, un  

Joey Taffola, un Jason Becker, un Vinnie Moore, j’en passe et des plus dispensables, mais la leçon à retenir de cette tranche de passé est que l’histoire ne se souvient finalement que des véritables heroes. Et ceux de cette décennie ont trois noms, Joe SATRIANI, Steve VAÏ et Yngwie MALMSTEEN, point, à la ligne de la portée avec le plus de sextolets. En effet, malgré les effets, l’esbroufe, le faux talent caché derrière un paravent pour transformer la flagornerie en fausse humilité néo-classique, la légende de la guitare n’a jamais été dupe, et seul Yngwie Malmsteen’s Rising Force, Surfing with the Alien et Passion and Warfare ont passé l’épreuve du temps, au grand bonheur des allergiques au style. En 2019, l’affaire est toute autre et la problématique aussi. Les guitaristes en solo n’ont plus vraiment la côte, l’air du temps à méchamment changé, et seuls les véritables passionnés s’adonnent encore au genre, en prenant grand soin de soigner leurs compositions plus que leur chignon. Et c’est ainsi que débarque du Danemark le presque inconnu Soren ANDERSEN, avec son Guilty Pleasures, signé mondialement par Mighty Music, un label qui n’a pas pour habitude de se fourvoyer avec n’importe quel clampin. Mais deux précisions avant d’aller plus loin. J’emploie le terme « presque » à dessein, car le bonhomme a un CV plutôt fourni, et une crédibilité sans failles. Ensuite, le titre de l’album, clin d’œil s’il en est, est la preuve que Soren est parfaitement conscient qu’un tel album de nos jours tient du plaisir coupable, du caprice mis en musique, et que lui non plus n’est pas dupe de l’accueil potentiellement réservé à son œuvre.

Revenons quelques instants sur le parcours du danois. Si son plus haut fait d’armes est d’avoir accompagné le maître Glenn Hughes pendant plus de dix ans, et d’avoir produit son album Resonate, Soren ANDERSEN n’a pas été le sidekick de luxe d’un seul artiste, puisqu’on retrouve dans le listing de ses collaborations des noms aussi prestigieux que Mike Tramp (ex-WHITE LION), Marco Mendoza and Tommy Aldridge (ex-WHITESNAKE / THIN LIZZY), Joe Lynn Turner (ex-RAINBOW), PRETTY MAIDS, THE DEAD DAISIES, Dave Mustaine (MEGADETH), Eric Martin and Billy Sheehan (MR.BIG), ARTILLERY, TYGERS OF PAN TANG, Phil Campbell, ELECTRIC GUITARS et Jesper Binzer (D.A.D). Soit quelques membres capés du who’s who Hard Rock de ces trente dernières années. Et comme généralement, ces gens-là n’ont pas pour habitude non plus de faire confiance à n’importe quel tricoteur venu, autant dire que les références sont solides. Mais à vrai dire, et pour mieux situer le projet, autant se fier aux propos mêmes de l’artiste, qui confie avoir toujours eu envie d’enregistrer un album pareil depuis ses années collège, alors qu’il dessinait des racks de Marshall sur ses cahiers. Et comme il vaut toujours mieux s’imprégner des meilleurs, c’est sans étonnement que le danois a choisi de calquer son inspiration sur celle de Joe Satriani et Steve Vaï, même s’il admet avec beaucoup de modestie avoir un niveau largement inférieur au leur. Mais la musique n’a jamais été une affaire de compétition ni de technique, et seul l’envie et le cœur font loi, ce qui permet donc à ce premier effort instrumental de se hisser au niveau des réussites incontestables, en toute humilité, ce qui ne gâche rien.

Certes, et avec honnêteté, Soren ANDERSEN n’est ni le surfeur d’argent, ni le mystique ténébreux. Il n’a pas la facilité déconcertante du premier à trouver des mélodies immédiatement identifiables et mémorisables, et n’a pas le génie déconcertant du second pour placer des plans hallucinants toutes les quatre ou cinq mesures. Affirmons qu’il a le bagage suffisant pour enregistrer des chansons qui tiennent la route, et que ses soli sont souvent rapides mais mélodiques, ce qui permet à Guilty Pleasures de se laisser écouter avec grand plaisir, et de nous rappeler parfois de grands moments des eighties. Ainsi, le gros déroulé basse/batterie de « Bad Weather », sous couvert d’une caution Steve Vaï dans le vibrato, nous offre aussi un rappel des échanges entre Billy Sheehan et Paul Gilbert au sein de MR BIG, tandis que l’atmosphère électronique et dansante de « Agent Wells » nous écarte des sentiers trop battus. Il faut dire que le musicien a largement eu le temps de préparer son coup dans l’ombre, celle de sa patience et celle de ses collaborations illustres, et de fait de nous épargner les bavardages intempestifs et les sextolets pénibles. Ce qui ne l’empêche guère de cavaler sur son manche comme un dératé, mais jamais sans raison, et de faire preuve de panache lorsque les notes s’enfilent comme des perles autour du collier de sa nostalgie (« Beirut », rehaussé de quelques fioritures rythmiques délicieuses et ludiques). La tendresse et la mélancolie ne sont pas mises de côté, hommage au Satch oblige, et « Satori » de décalquer avec beaucoup de minutie et de crédibilité les B.O de ces films estampillés années 80, avec lumière des néons bleus et instant d’émotion entre les héros. 

Certes, le style étant figé depuis longtemps, les figures imposées sont respectées à la lettre. Mais Soren a la gentillesse de ne pas les suivre aveuglément, et d’avoir composé de véritables morceaux à ambiance, et non de simples véhicules à sa soif de reconnaissance en solo. Ainsi, « 1983 » nous replonge quelques années en arrière, sans vraiment retrouver l’atmosphère AOR de ces années-là, mais en suggérant que le Miami Vice de Michael Mann n’a pas été oublié par tout le monde. Accompagné par quelques guests fameux (Chad Smith des RED HOT CHILI PEPPERS, Glenn Hughes, Marco Mendoza et Ida Nielsen (Prince)), ANDERSEN se fait plaisir en nous en procurant aussi, module son propos, réussit à lui faire adopter des contours old-school tout en acceptant son passé et son présent, et nous offre de belles tranches de Hard-Rock saisies à point (« Agent Wells »), tout en déroulant le tapis rouge de la vidéo sur le clippé « City Of Angels » qui frappe fort en ouverture. Une aventure mineure au regard de l’histoire de cette musique, des emprunts notables et remarqués, mais beaucoup de pertinence, aucune arrogance, et la classe de ceux qui savent rester à leur place. De quoi se payer un trip passéiste sans trop se sentir coupable, et un Guilty Pleasures qui sans rentrer dans l’histoire, marquera celle de son auteur d’un grand sourire musical.

       

Titres de l’album :

                           1. City Of Angels

                           2. Agent Wells

                           3. The Kid

                           4. Satori

                           5. Skybar

                           6. Bad Weather

                           7. Beirut

                           8. Bird Feeder

                           9. 1983

                           10. Bipolar

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 04/10/2019 à 18:15
78 %    221

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Crypter

Crypter

Unhold

Here Is The Blood

Lovekillers

Lovekillers feat Tony Harnell

Atomic Cretins

Spiritual Cancer

Maelstrom Vale

Silhouettes

Brain Stroke

Brain Stroke

Hellsodomy

Morbid Cult

Anal Slave Of Satan

Anal Slave of Satan

Detherous

Hacked to Death

Grand Slam

Hit The Ground

Lindemann

F & M

The Dead Daisies

Locked and Loaded (The Cover Album)

Sun

Brutal Pop

Sleep Token

Sundowning

Pretty Maids

Undress Your Madness

Morbid Cross

Disciples Of The Goat

Blood Incantation

Hidden History Of The Human Race

3rd From The Sun

3rd From The Sun

Agnostic Front

Get Loud!

Godspeed You ! Black Emperor

RBD / 25/11/2019
Drone

BEHIND THE DEVIL #12 Interview avec David de SHARE YOUR PAIN RECORDS

L'Apache / 20/11/2019
Depressive Black Metal

Birds in Row

RBD / 13/11/2019
Emocore

The Murder Capital + Whispering Sons

RBD / 07/11/2019
Gothic Rock

Concerts à 7 jours

+ Verdun + Nornes

13/12 : Circus, Lille (59)

Wild + Mortuary + Voorhees

14/12 : Chez Paulette, Pagney-derrière-barrine (54)

Photo Stream

Derniers coms

Agite-toi là où tu es, fais venir du monde voir ce que tu fais : https://www.facebook.com/watch/?v=1153941671333807


tu es le rebut de ta personne. mdr lol


je t'encule Conrad. Non mais sérieux...


Hé mais c'est l'église de la Trinité-des-Monts à Rome qui est représentée sur la pochette, en haut de son célèbre escalier entre la Villa Médicis et la Piazza di Spagna !


Oui enfin darkthrone , seulement Nocturno Culto avec Satyricon pour 4 morceaux si je me souviens bien.
Sinon je m'inquiète pas pour Wacken, c'est complet depuis 2006 au moins !


Je passe mon tour aussi. cela dit j'aime bien le clip enfin du moins l'ambiance qui règne.


Pressé d'en découvrir plus ! "Neoteric Commencements" était déjà bien chouette !


Mouais, pas mon truc décidément. Mais il a l’air de bien s’amuser.
J’ai pas pu m’empecher de penser au sketch du SNL avec jim carrey (what is love), l’aspect road trip probablement.


Mauvais timing Kerry King, puisque le nouvel album d'AC/DC aurait été confirmé par Brian Johnson lui-même il y a peu ! Mais on a compris ce que tu voulais dire...


Oui en effet, merci POMAH ! Pour Ascaris, le groupe a splitté alors que pour Matron Thorn, la personne accusée de viol, le groupe continue et il a annoncé l'arrivée de Stéphane Gerbaud au chant.


Je trouvais pourtant qu'ils étaient à leur place chez Prophecy...


Le pire reste AC/DC qui est a l'arret total depuis 2016 sans qu'on est aucune nouvelle...Une vilaine fin je trouve et mauvaise communication. Dommage.


Il me semble que c'est plutôt l'inverse, C'est Matron Thorn qui à recruté Stéphane Gerbaut non?


Putain 15 ans déjà pour Dimebag... ! Je me souviens très bien de ce jour ou j'ai appris sa mort ! Le choc. En plus à l'époque je me disais "il reformeront Pantera un de ces jours, c'est sur !". Un rêve brisé net. Ce mec était unique, d'une gentillesse incroyable avec les fans, accessible, sa(...)


+1 @Buck Dancer

Pantera quoi, putain je me suis cassé la nuque sur leurs albums... Leurs vhs et le magneto ont pris cher à l'époque, je passais mes WE à les regarder. Ca nous rajeunit pas tout çà


Je me permets d'ajouter le lien de " Immortally insane" pour votre hommage à Pantera.

https://youtu.be/RBnSbRmU9rI


Pas vraiment stoner ou rock mais pas vraiment metal non plus, mais certainement une de mes chansons préférées du groupe.
J''aurais aimé qu(...)


En effet j'avais pas fais gaffe ! Nostalgie aussi, j'adorais ce mag à l'époque !


Arglll ! L'album devait sortir le 6 décembre mais le groupe a annoncé un report de 2 semaines.


C'est bien d'avoir une trace de cela pour l'Histoire. Je n'aurais jamais cru que Kerry King soit capable un jour de prendre ses amis dans les bras. Dans les tous derniers instants de ses adieux j'ai cru que Tom Araya allait fondre en larmes ! Le public présent est fervent mais digne, il n'y a pas u(...)


Certains vieux cons comme moi reconnaîtront le clin d'oeil au magazine français "Hard N Heavy" de part la typo utilisée pour le titre de la compile...