Nous l’avons déjà constaté, affirmé et souligné, le temps nous a donné raison, mais l’étape du troisième album est cruciale pour un groupe, quel que soit son style musical. Ce fameux virage à négocier est l’un des plus durs pour éviter la sortie de route ou le dérapage un peu trop contrôlé, et une fois envisagé, il doit être appréhendé avec le plus grand des sérieux, et confirmer les tendances prises sur le premier et second, tout en ouvrant des perspectives, ou dans un autre sens, accentuer les qualités en les portant à leur paroxysme. Selon cette définition, qui n’en est qu’une parmi tant d’autres, Voices from the Dust est une réussite majeure, un achèvement, l’entérinement d’un potentiel que l’on sentait palpable depuis des années, 2010 plus précisément, l’année de la sortie de Screaming for Death, premier LP de RISEN PROPHECY, groupe inconnu venu de Sunderland, Angleterre. Pourtant, ce groupe n’avait pas choisi le créneau le plus facile en se plaçant sous des auspices multiples, en convergence d’un Heavy Metal classieux, d’un Power Metal lyrique et d’un Thrash Metal emphatique, soit la combinaison la plus risquée qui soit lorsqu’on n’a pas les moyens de ses arguments. Mais en assumant leur démesure, et en appuyant encore plus sur les aspects les plus exubérants de leur personnalité, les anglais nous avaient rassurés d’un Into the Valley of Hinnom, cinq ans plus tard, qui confirmait qu’ils pouvaient faire partie de la caste des leaders du créneau, sans avoir à forcer leur talent. Mais on sait le style extrêmement exigeant, et peu enclin à pardonner les faux-pas, et ce furent donc quatre années supplémentaires qui furent mises à profit pour accoucher du magnum opus Voices from the Dust, disponible depuis juillet, et symptomatique d’une démarche qui réfute toute discrétion ou humilité instrumentale. Distribué par les passionnés transalpins de Metal on Metal Records, ce troisième LP est plus qu’une confirmation, c’est une assertion, celle que l’Angleterre peut aujourd’hui convoiter le trône de fer du Heavy/Power européen sans avoir à craindre la jalousie de ses voisins allemand et suédois.

Il faut dire que le quatuor (Ross Oliver - guitare, Ben Oliver - basse, Dan Tyrens - chant et James Charlton - batterie) a mis tous les atouts de son côté pour parvenir à ses fins. Superficiellement, admirons ensemble cette sublime pochette qui en dit long sur son contenu, et apprécions cette production de blockbuster qui transforme les chœurs en avertissements divins, de ceux que les trompettes de Jéricho déclenchent de leur magnificence. Toujours prompts à se laisser aller à de très longues digressions, les quatre anglais nous ont gâtés de morceaux une fois encore épiques, qui dépassent souvent les sept minutes, voire les dix sur le titre éponyme final. Mais ces mêmes morceaux, tous animés d’une théâtralité qui le confine à la démesure sont de petits bijoux de Power Metal hypnotique et opératique, avec leurs nombreuses parties imbriquées comme autant d’actes d’une tragédie qui se joue à guichets fermés. Pas de révélation au moment de juger du potentiel de cet album, puisqu’il reprend toujours les mêmes ingrédients, ceux utilisés dès la création du groupe, qui a aujourd’hui atteint un degré de professionnalisme assez bluffant. Avec toujours cet équilibre très stable entre la mélodie d’un Heavy Metal de tradition, ces accélérations inhérentes au Power Metal, et ces crises de puissance héritées du Thrash américain, les anglais nous emportent dans un voyage/concept aux limites de la folie musicale, qui n’hésitent jamais à en faire trop, puisque trop, c’est juste assez pour le créneau.

Et après une sobre intro acoustique qui place les pions, « The Flames Of Consummation » déroule pendant plus de sept minutes, assumant quelques blasts passagers pour mieux cajoler des harmonies viriles que le timbre si particulier de Dan Tyrens met encore plus en valeur s’il en était besoin. Le vocaliste prend d’ailleurs son rôle très à cœur, et joue ses parties plus qu’il ne les chante, habitant chaque note, respirant chaque inflexion pour nous convaincre de la pertinence de ses litanies, qu’il récite comme un acteur shakespearien sachant qu’il joue le rôle de sa vie. Tout ça nous donne des ambiances incroyablement prenantes, comme celle qui plane au-dessus du dantesque « The Waters », qui ne refuse aucun arrangement ni effet cinématographique pour parvenir à ses fins. Chœurs féminins éthérés aux voix de sirènes, soudaines cassures dans la narration qui substituent le silence au chaos, délire emphatique à la VIRGIN STEELE pour un Metal qui assume toute sa grandiloquence sans sonner faux ou briller comme du strass. Impeccablement joué et exécuté, le Metal des RISEN PROPHECY, ne peut prendre toute son ampleur qu’en soulignant les côtés les plus excessifs de sa démarche, que le choix du tempo soit pilonné ou emporté, et lorsque le premier choix prévaut, ça nous donne une version très BLIND GUARDIAN des légendaires SABBAT anglais, et un Heavy/Thrash tragique et épique, chanson de geste efficace et sombre dans la plus pure tradition des légendes bretonnes (« The Tower In Shinar »)

Très futé, le groupe sait aussi que des intermèdes plus courts et percutants sont indispensables pour nous accrocher et nous garder éveillés, et dans ces moments-là, c’est la puissance du Thrash qui emballe les débats, à l’image de ce puissant « The Eye Of Hades », qui sonne comme l’union idéale des guerriers METAL CHURCH et UNEARTHED. On sent que la culture du quatuor lui permet de mettre en scène tous ses scenarii, et son inventivité prend souvent la forme de pièces processionnelles et personnelles, à l’image de ce lourd et pesant « Vengeance From Above », qui emprunte au Doom de quoi rendre la monnaie de sa pièce au Heavy de l’orée des années 80, durci d’une touche de Thrash us des mid eighties. On apprécie particulièrement ces moments ou les anglais osent se rapprocher d’une violence plus brute, et où les guitares saccadent comme des folles dans un opéra écrit conjointement par METALLICA et DEMONS & WIZARDS, avec un livret signé FALCONER, pour garder la bonne mesure. Et avec quelques intermèdes beaucoup plus apaisés et dominés d’une guitare acoustique relâchée, les transitions sont plus faciles et logiques, et « The Ancient Curse », de nous servir sur les ailes d’un ange un crescendo d’émotion qui permet d’alléger le tout. Superbe mélodie qui heureusement n’est pas réduite à l’état de séduction cheap, ce morceau célébrant l’union de TESTAMENT et MAIDEN est un vrai modèle du genre, et annonce très finement ce long final en dents de scie, seule conclusion logique d’un album larger than life. Sans forcément proposer quoi que ce soit de nouveau, « Voices From The Dust », commence comme un pamphlet Thrash de première catégorie, accumulant les prouesses rythmiques et les guitares en tronçons, blasts à l’appui, avant de se briser en son centre comme les plus grands achèvements de MAIDEN et de prendre une direction différente. Et cet épilogue de nous persuader du bien-fondé de la démarche d’un groupe qui a formidablement bien négocié ce fameux virage du troisième album, qu’ils transforment en triomphe, et qui les révèle sous un jour très flatteur. Le seul d’ailleurs éclairant suffisamment leur énorme talent.    

      

Titres de l’album :

                             1.Summoning Whispers

                             2.The Flames Of Consummation

                             3.Eternity In Script

                             4.The Waters

                             5.Contemplation

                             6.The Tower In Shinar

                             7.The Eye Of Hades

                             8.Vengeance From Above

                             9.The Ancient Curse

                             10.Unveiling

                             11.Voices From The Dust

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par mortne2001 le 08/11/2019 à 17:37
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