La Halha

Boisson Divine

27/05/2020

Brennus Music

Le gros problème que je rencontre souvent avec le Folk Metal, c’est que lorsqu’il est trop Folk, il n’est plus assez Metal, et inversement. Sinon, je suis d’accord sur le principe, ayant découvert assez tôt les joies du métissage entre le Rock et la musique locale par le biais de groupes combinant les harmonies irlandaises et l’énergie du Rock anglais. J’ai adoré certains groupes sur scène, complètement séduit par ce mélange, et lorsqu’il est bien fait, il procure des sensations assez extraordinaires. Pour autant, je ne me considère pas comme le public cible de ce genre musical, auquel je préfère le côté bucolique des groupes progressifs des années 70. Néanmoins, et puisque les horizons doivent s’ouvrir et que les limites doivent être dépassées, je ne suis pas contre une petite expérience. C’est à ces fins que j’ai donné sa chance au troisième album d’un collectif éminemment sympathique, BOISSON DIVINE. Ce groupe gascon n’a évidemment pas besoin de moi pour obtenir de la publicité gratuite ; depuis ses débuts, son succès n’a fait que croitre. Conçu au départ comme un projet commun entre deux amis d’enfance, Baptiste Labenne (chant, guitare) et Adrian Gilles (batterie, chant), BOISSON DIVINE a dû, victime de son succès, grossir ses rangs pour pouvoir se produire live face à la demande grandissante du public et des organisateurs. C’est ainsi qu’aujourd’hui, de duo le groupe est devenu sextet, avec l’adjonction de Pierre Delaporte (boha, accordéon, chant) Luca Quitadamo (guitare) Florent Gilles-Waters (basse) et Ayla Bona (flabuta, vielle à roue, chant), proposant aujourd’hui via Brennus le troisième tome de ses aventures, La Halha, toujours chanté en gascon.

Ayant trouvé son identité artistique très tôt, le groupe n’a eu de cesse depuis de peaufiner son approche et d’élargir son spectre d’influences. C’est ainsi que le premier LP Enradigats, publié en 2013, posait déjà des jalons très solides, alors que Volentat, en 2016, confirmait les excellents retours obtenus trois ans auparavant. En 2020, le concept n’a pas vraiment changé, mais atteint une sorte de perfection dans son art, proposant toujours ce Folk Metal aux contours chantants, mais au fond terriblement puissant. Ce qu’on attend d’un excellent album du cru, c’est évidemment qu’il combien la force du Metal et les mélodies locales typiques, qu’il transcende ses racines et les fasse pousser à la lumière du Rock le plus chaud, et c’est justement ce que La Halha propose. On attend toujours de ce type de réalisation qu’elle dégage une énergie folle, qu’elle suscite des émotions vraies, qu’elle ne néglige pas la tendresse historique, et qu’elle raconte des histoires qu’on se transmet de génération en génération. Une simple succession de bonnes chansons ne suffit pas, comme elle ne suffisait pas à l’époque d’ANGE ou de MALICORNE. On attend d’un groupe comme BOISSON DIVINE qu’il nous enivre, qu’il nous enchante, qu’il nous euphorise, qu’il nous transporte dans un ailleurs où les légendes et la réalité de la vie peuvent cohabiter sans briser les rêves, mais sans nous arracher d’un quotidien inévitable. Et c’est exactement ce qui se produit lorsqu’on écoute La Halha qui dès le départ, met les choses au point. Ici, tout est possible. Le Power Metal peut se teinter de Punk, le Rock peut se durcir de Speed, le Folk peut évoluer sans se dénaturer, et le résultat peint des paysages d’une rare richesse. En fait, plus qu’un album, c’est un voyage en terre gasconne que les six musiciens nous proposent, un voyage durant lequel nous rencontrerons des personnages typiques, nous entendrons des histoires fantastiques, nous découvrirons des pans d’histoire qui fascinent petits et grands. Pas étonnant dès lors que leurs chansons soient apprises dans les écoles et reproduites sur scène avec un ensemble d’élèves. C’est ce qu’on appelle la transmission du partage, et BOISSON DIVINE a beaucoup de choses à partager.

D’abord, les vertus d’un mélange hétéroclite d’influences qui se fondent dans une inspiration globale, ce que nous apprend « Lo Pèla Pòrc » en ouverture, sorte de combinaison fatale entre l’énergie Punk des POGUES, la puissance Metal d’un KORPIKLAANI, et la nuance Folk. On est immédiatement happé par ce mariage en grandes pompes entre les genres, et le mélange des voix, dans la plus pure tradition des polyphonies, nous invite à la danse comme à la décadence. Entrain des mélodies patrimoniales, emballement de la distorsion et de la rythmique, le groupe se montre sous son visage le plus classique, et célèbre les agapes de la tradition. Mais loin de se contenter d’une animation de bal de campagne, La Halha varie les plaisirs, combine les ambiances, et unit la délicatesse acoustique et la furie métallique. En proposant de confronter BLIND GUARDIAN à LAÜSA, les gascons nous offrent une valse à mille temps qui donne le vertige, mais laisse un sourire béat. Leur façon de placer des arrangements typiquement Folk lors de breaks qui cassent la violence est résolument unique, mais loin d’être incongrue ou superficielle. Autre grande qualité de la formation, cette capacité à varier les ambiances pour ne pas trop se répéter, et passer d’un mid tempo purement Hard Rock (« Xivalièr de Sentralha »), à une longue suite Heavy progressive comme « Rei de Suèda (Sveriges Kung) ». Proposant un instrumental inspiré et solide, BOISSON DIVINE peut ensuite laisser cours à la poésie des multiples couches de voix à l’unisson, tissant des textures presque oniriques comme sur l’intro du magnifique « La Sicolana ». Ce morceau dégénère rapidement en bourrasque Heavy, avec une guitare énorme qui n’empiète toutefois pas sur les nappes vocales. Tous dotés d’une voix très juste et précise, les instrumentistes et choristes s’en donnent à cœur joie, et nous plongent dans l’histoire de leur région, troubadours des temps modernes et conteurs d’exception.

Ne lésant aucun des deux camps, et les réunissant même autour de chansons d’une grande vivacité, les six compères se proposent de revisiter le Power Metal des années 90 avec flair (« Abelion »), avant de céder à la sensibilité et lâcher un peu la vapeur via « Un Darrèr Còp », qui évoque avec acuité ces fins de soirée entre amis. Efficacité, traditionalisme et ambition, telles sont les trois qualités d’un album imperfectible dans le fond et la forme. Et en acceptant le côté évolutionniste du genre, le groupe termine son récit par un long épilogue progressif, reprenant tous les principes déjà énoncés pour terminer le voyage par une dernière et longue étape. La production, claire mais un peu rude sert le Metal autant que le Folk, et on finit par quitter nos hôtes à regret, emportant avec nous des milliers d’images, de sons et de sensations. La Halha, livre de contes musical par excellence, confirme le talent de narrateur de BOISSON DIVINE, qui comme son nom l’indique, vous fait tourner la tête, mais garde les pieds sur terre. La terre d’une enfance vers laquelle on finit toujours par revenir.  

              

Titres de l’album :

                         01.Lo Pèla Pòrc

                         02.Novempopulania

                         03.Suu Camin Estelat

                         04.Xivalièr de Sentralha       

                         05.Rei de Suèda (Sveriges Kung)

                         06.La Sicolana

                         07.Abelion

                         08.Un Darrèr Còp

                         09.Libertat

                         10.Milharis

Site officiel

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 24/05/2020 à 18:11
80 %    269

Commentaires (6) | Ajouter un commentaire


JérémBVL
membre enregistré
25/05/2020, 13:44:49
Enorme surprise, ça va être l'album de l'été!

Metalhead
@217.109.191.61
28/05/2020, 11:36:09
Magnifique chronique pour un non moins excellent et étonnant album, parfaite combinaison d'un folk rafraîchissant et d'un metal aussi traditionnel que terriblement efficace. Monumental !

asqer
@78.192.38.132
28/05/2020, 23:44:38
La partie metal est plutot mauvaise. Du power sympho pompeux matiné de pseudo folk...

Humungus
membre enregistré
29/05/2020, 08:31:09
Au vu de la chronique et des précédents commentaires, j'ai donc jeté une oreille là-dessus.
Bah désolé, mais je suis plutôt de l'avis d'asqer...

JTDP
membre enregistré
01/06/2020, 01:20:34
Très content de voir que BOISSON DIVINE a les honneurs de ta plume, mortne2001, tant j'estime ce groupe. Pour moi, ils n'ont pas d'équivalent dans la scène Folk Metal française actuelle (bon faut dire qu'elle est bien sinistrée aussi). "Volentat" était déjà un bijou, celui-ci enfonce le clou en se permettant même le luxe d'être plus riche et profond que ses prédecesseurs. Du très beau boulot.
Sinon @asqer (et Humungus ?) : on pense ce qu'on veut de la partie Metal, à l'aune de sa propre exigence, par contre faudra m'expliquer où est la partie sympho et ce que revêt le terme "pseudo folk"...

Humungus
membre enregistré
01/06/2020, 05:58:12
Pour ma part, je rejoignais surtout asqer sur le fait que je n'aimais pas le bazar...
Après, j'aurai très bien pu moi aussi utiliser ce genre de phrase fourre tout (c'est d'ailleurs tout à fait mon style) car et d'une j'ai une fâcheuse tendance à amalgamer très facilement Power et Sympho (et je sais que c'est donc une erreur de catégorisation) au vu que ce sont deux scènes que je déteste. Et de deux, "Pseudo Folk" car très rares sont les groupes affiliés Folk Metal ayant attrait à mes oreilles (TEMNOZOR, STANGALA, les tout débuts de VINTERSORG, d'AMORPHIS ou de SKYCLAD, etc). De fait, toutes les autres formations que je n'apprécie pas seront alors forcément "pseudo".
C'est très con je sais, mais en même temps, je suis un vieux con donc... ... ...

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Little Monsters

mortne2001 30/06/2020

Complicated Mind

mortne2001 15/06/2020

Dossier spécial Bretagne / LA CAVE #5

Jus de cadavre 15/06/2020

Screams and Whispers

mortne2001 12/06/2020

Cosmogony

mortne2001 09/06/2020

One Small Voice

mortne2001 07/06/2020

Concerts à 7 jours
Pendrak + Insane Order + Nervous Impulse + Unsu 04/07 : La Brat Cave, Lille (59)
Trepan Dead + Nervous Impulse + Unsu 05/07 : Mcp Apache, Fontaine L'evêque ()
Demonical + Mystifier 08/07 : Le Klub, Paris (75)
Demonical + Mystifier 09/07 : L'usine A Musique, Toulouse (31)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Pomah

Marrant tout de même, il est indiqué sur plusieurs sites que c'est le prod. de Tormentor qui est vendu un fragment du crane de Dead, pour 3.500 boules. Je ne trouve rien sur le fait que ce soit Necrobutcher qui confirme t'es dires. Cela dit les preuves sur net parfois ...

02/07/2020, 03:55

Pomah

Hahahaa "mon ptit gars", un peu de respect tout de même, Je suis surement pas ton petit gars ;). j'en ai rien a foutre que le gars revende des bout d'os de poulet. "Renseigne toi", je viens de te dire que c'est ce que je vais faire, MON propre opinion, y'a de quoi que tu comprends pas dans ce que j(...)

02/07/2020, 03:13

Satan

@ : Un jugement de valeur arbitraire? Ce sont des faits mon petit gars, pas une invention de mon esprit farfelu. Je récidive : renseigne-toi. Qui plus est, ce Mr a dit et répété pendant des années qu'il avait été outré par le collier collectant les os de Dead, alors que l'année passée il f(...)

01/07/2020, 21:57

Pomah

Maybe, mais je préfère me faire mon opinion moi même que de suivre bêtement un jugement de valeur très arbitraire.

01/07/2020, 00:01

Satan

L'indice est : "Helvete".

30/06/2020, 22:17

Satan

@ Pomah : Si tu te renseignais un peu, tu trouveras exactement ce que je mentionne dans des interviews récentes du Mr.

30/06/2020, 22:16

RBD

Vu en 2012, bon souvenir, le report a été exhumé il y a quelque temps si vous suivez...

30/06/2020, 20:14

Saddam Mustaine

Les mecs de Darkthrone qui rencontrent Euronymous ?

C'est là qu'ils laissent le Death pour faire du Black.

30/06/2020, 18:53

Pomah

Vous semblez le connaitre mieux que quiconque... Chapeau bas.

Hâte de perdre mon temps à le lire alors.

30/06/2020, 14:00

Arioch91

Pas transcendé par cet extrait mais j'attends l'album.

30/06/2020, 08:40

NecroKosmos

Lui (ou elle), je l'attends comme le messie !! Un groupe extra trop peu reconnu.

30/06/2020, 06:29

Buck Dancer

Le plus important c'est qu'il se porte bien et continue de chanter le plus longtemps possible.
Simplement dommage pour Goatess.

30/06/2020, 01:57

Saddam Mustaine

Mdr.

Necrobutcher c'est le gentil de classe qui est pote avec les voyous mais qui fait rien et se barre en courant des qu'il y a une bagarre.

29/06/2020, 23:03

Satan

A Humungus : Cherche aux alentours des 46 minutes...

29/06/2020, 22:28

Satan

Dans ce livre on apprend comment il aurait failli tuer Euronymous, comment il a feint d'apprécier Dead... bref, un ramassis de conneries de la part d'un opportuniste.

29/06/2020, 22:26

Simony

Je pense qu'il est beaucoup sollicité de part son génie derrière un micro et comme en plus c'est un mec en or et bien il ne doit pas savoir dire non jusqu'à ce que ses obligations avec LORD VICAR ou d'autres le rattrapent. Non j'en sais rien du tout mais je me suis déjà fait la même réflexio(...)

29/06/2020, 21:28

Simony

Super chronique pour un achat obligatoire pour moi. Ce groupe est vraiment excellent, tellement loin des groupes de Funeral lambdas. L'analyse de Sir mortne2001 et tellement juste !
La différence entre un groupe qui fait un album et un groupe qui fait de la musique, qui retrouve son statut d'(...)

29/06/2020, 21:26

LeMoustre

Ah tiens, un nouveau Cro-Mags. Donc, Flanagan peut utiliser le nom, ok. A te lire ça a l'ait bien. Bon, ben, si on est du niveau de Best Wishes, ça ira parfaitement, même si ça serait inespéré. Sympa la contribution de Rocky G. aussi, ça attise ma curiosité. Merci pour ce papier

29/06/2020, 16:49

Buck Dancer

Il a d'ailleurs abandonné beaucoup de projet Chritus. Problème de santé ? La vieillure ? Ou l'envie de se concentrer a Lord Vicar ?

29/06/2020, 15:04

Simony

Ça me fait penser que j'attends toujours l’hypothétique sorti du dernier excellent album de LORD VICAR en vinyl...

29/06/2020, 15:02