Visiblement, le Thrash conserve. Il y a trente ans, seuls les groupes les plus confirmés pouvaient se targuer d'une carrière conséquente et d'une discographie fournie, les outsiders se contentant la plupart du temps d'une poignée de LP avant de rendre les armes. Mais les temps changent, les moyens importants ne sont plus nécessaires pour durer dans le temps, et les combos se targuant d'une production soutenue n'ont plus besoin du soutien des majors ou des gros indépendants pour survivre...De fait, le style est devenu plus abordable mondialement parlant, et il est assez fréquent de tomber sur des musiciens sud-américains, polonais, grecs, qui enquillent les tournées et les longue-durée, comptant sur le bouche à oreille comme plan marketing qui fonctionne d'ailleurs à merveille. Mais n'oublions pas que les deux principaux producteurs de sensations brutales restent quand même les USA et l'Allemagne, et après avoir traité hier du cas d 'ERADICATOR, je disserte aujourd'hui sur celui non moins éminent des GODSLAVE, qui ont d'ailleurs connu une trajectoire assez similaire. Même inclinaison pour le Thrash de tradition, même parcours entamé il y a quelques années, et même prolixité dans la brutalité, pour deux groupes signés sur le même label national Green Zone. La fidélité paie, c'est un fait, et si les deux gangs se rejoignent artistiquement autant qu'ils ne sont différents, leur approche d'un Metal sans concessions est en tout point admirable, même si le résultat est un poil divergent. Ainsi, les GODSLAVE privilégient une optique moins radicale et beaucoup plus mélodique, à tel point qu'on peut les rapprocher en plus d'une occasion d'un Power Metal à tendance légèrement Punk, dans une veine OVERKILL qui se valide d'elle-même après quelques morceaux...

 Fondé en 2007 du côté de Saabrücken, le quintette (Thommy: chant, Bernie & Manni: guitares, Mika: basse et Tobi: batterie) peut s’enorgueillir de quatre LP (Bound By Chains en 2008, Into The Black en 2011, In Hell en 2013, Welcome To The Green Zone en 2015) auxquels vient s'ajouter ce petit dernier Reborn Again cette année, qui n'a pas grand-chose à envier à ses aînés en termes d'intensité, même si sa longueur s'avère être une arme à double tranchant qui risque de les couper dans leur élan. La mode est parfois d'étirer le timing plus que de raison pour remplir un album jusqu'à ras bords, et si l'inspiration permet aux premières saillies de nous gicler en pleine face, elle se ternit souvent pour nous laisser nager dans la redite et l'indifférence une fois les quarante minutes d'usage consommées. Et sans aller jusqu'à ériger en dogme la brièveté sauvage d'un Reign In Blood, admettons que le Thrash s’accommode très mal d'une redondance appuyée, spécialement lorsque certains riffs ne sonnent plus très frais. Tel est l'écueil difficile à éviter, le format numérique autorisant tous les débordements, et autant dire que Reborn Again est plus ou moins tombé dans le piège en frisant les cinquante minutes, et en accordant à des espaces un peu renfermés la place qu'ils n'auraient pas forcément méritée. En termes de comparaison, ce cinquième effort tient largement la route, une fois juxtaposé à ceux du passé, et semble même marquer un nouveau regain d'énergie. Tirant la sienne d'un Thrash à tendance Punk tel qu'il était pratiqué du côté de New-York dans les années 80 (OVERKILL, NUCLEAR ASSAULT, S.O.D), Reborn Again rebondit de plans Hardcore métalliques en segments Metal atomiques, sans verser dans le Crossover, et restant attaché à ses racines Hard Rock solidement plantées. Le parallèle est accentué par les intonations sardoniques de Thommy, qui singe les invectives hystériques d'un Bobby « Blitz » Ellsworth, mais l'instrumental n'est pas en reste en arrière-plan, et distille des passages qui en mid confirment toute l'importance du combo de D.D Verni, sans cette basse claquante, mais en ajoutant une tendance à la mélodie assez frappante. Le parallèle n'est pas inintéressant en soi, et propose un sorte de compromis entre le Thrash à tendance Punk et Hardcore de la scène US et celui plus modulé et affiné de son pendant européen, qui n'a jamais hésité à brouiller les frontières entre Thrash et Speed, sans vraiment choisir son camp.

Et quelque part, il est même possible d'affirmer que les GODSLAVE proposent une sorte de Power Metal à tendance plus agressive que la moyenne, mais surtout, plus ludique, même si un bon tiers du métrage peine à nous mettre en nage. Mais lorsque toutes les conditions sont réunies, le manège à des allures d'attraction de folie, spécialement sur le dantesque et irrésistible « Thrashed To The Max », qui ose des guitares concentriques à la MACABRE et des samples de Bud Spencer pour marteler son mid tempo digne d'un bœuf entre les TANKARD et OVERKILL. C'est évidemment terriblement efficace, mais surtout euphorique, et on se prend à rêver à un pèlerinage sur les terres sacrées, avec refrain entonné d'une voix suraiguë et effets de guitares bien tordus. C'est dans ces moments-là que les allemands retrouvent le ton qui avait transformé leur scène en épicentre de violence, et même le spectre de l'ASSASSIN d'Interstellar Experience pointe le bout de son nez pour s'inviter à la fête tout sauf improvisée. Mais avec une intro aussi franche et honnête qu'elle n'est surprenante de la trempe de «Full Force Forward », on sait dès le départ à quel genre de trublions on a affaire, des déjantés qui n'hésitent pas à superposer thématique tronçonnée à des guitares en son clair affinées, et à catapulter comme un cheveu dans le pit un refrain mélodiquement contagieux après nous avoir ruiné les tympans d'un Speed/Thrash furieux. Et ce sont justement ces petits gimmicks de composition qui rendent cet album plein de passion, sans pour autant que les musiciens n'en abusent pour dissimuler une quelconque pauvreté d'inspiration. Mais autant être franc et admettre que celle-ci n'est pas toujours optimale, et lorsque le quintette nous ressert des plans à peine tièdes, on peut tomber dans la mièvrerie d'un Thrash répétitif et à peine digne de miettes d'héritage d'un DESTRUCTION pas vraiment dans le ton (« Unseen Storm »). Les chapitres les plus longs ne sont pas non plus les plus cartons, même si une bonne moitié de « Death Deprives » nous laisse espérer une colère qui va enfin vraiment éclater.

Et ce sont parfois les interludes facultatifs qui prennent le relais, et qui redonnent un coup de fouet, à l'image de cet instrumental déchaîné qui laisse les guitares librement s'exprimer (« Instrumental Illness » avec encore une fois de petites astuces rythmiques genre cowbell qui fait la belle), ou ces morceaux qui ne cherchent pas Mille du côté de Schmier, et qui foncent à toute heure pour thrasher comme des affamés («Burn You All »). Le quintette a même l'indécence séduisante, lorsqu'il tombe dans le Heavy Rock sévèrement burné, mais joliment cambré (« Rock On, Man ! »), mais verse dans la redondance un peu grasse lorsqu'il se prend pour un RUNNING WILD/GAMMA RAY contemporain (« No Complaint », un épilogue un peu trop facile). On aurait aimé une conclusion beaucoup plus en déraison, mais les travers sont ce qu'ils sont, et même après tant d'années de carrière, les héros ont toujours le droit d'être un peu fatigués. Il n'en reste pas moins que Reborn Again vaut le coup d'oreille, avertie bien sur des dangers mièvres qui la guettent, mais il est certain que ce cinquième album aurait mérité une plus grande application, et surtout, une plus grande concision dans les décisions. Amputé de ses morceaux les moins peaufinés, il eut pu représenter un pinacle dans la carrière des allemands de GODSLAVE, mais n'incarne finalement qu'une étape de plus, ce qu'on regrette tant le talent des musiciens aurait permis une épiphanie. Peut-être pas la résurrection annoncée, mais une façon sympathique de se rappeler à notre bon souvenir.


Titres de l'album:

  1. Full Force Forward
  2. Reborn Again
  3. To the Flame
  4. Burn You All
  5. Unseen Storm
  6. Refuse to Bow
  7. Thrashed to the Max
  8. Death Deprives
  9. Rock On, Man
  10. Instrumental Illness
  11. Born to Fight
  12. No Complaint

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par mortne2001 le 14/03/2018 à 19:06
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