Young Wild And Free

Brighton Rock

Il m’aura suffi d’un seul refrain pour tomber définitivement amoureux de ce premier album de BRIGHTON ROCK. Celui de « We Came to Rock », entendu alors que je n’avais encore que 15 ans, et qui m’a fait immédiatement comprendre que j’avais trouvé MON album, celui que mes jeunes oreilles avaient envie d’écouter, encore, encore et encore. Lorsqu’on repense aux années 80, plus spécialement lorsqu’elles furent les années de notre adolescence, on se souvient avec nostalgie de certains albums, de certaines chansons qui nous ont marqués, parce qu’ils correspondaient à une émotion particulière, un moment personnel, une situation unique une première fois. Ainsi, je n’ai pas oublié le hérissement de mes poils en étendant pour la première fois « Hallowed be thy Name », l’adrénaline traversant mes cellules sous les coups de boutoir de « Angel of Death », ni l’émotion sincère découlant du délice de « Future World » ou « Wait ». Je pourrais nommer des dizaines de disques qui ont tourné sur ma platine au point d’en casser la courroie. Et pourtant, trente et quelques années après le direct, le playback ne fonctionne intégralement que pour quelques cas isolés. Des albums que j’écoute encore de bout en bout, des albums gorgés de mélodies, ramenant l’image de mon premier amour à la surface. On peut d’ailleurs les compter sur les doigts d’une seule main je pense. Pride de WHITE LION, Future World de PRETTY MAIDS, mais surtout, Young Wild and Free de BRIGHTON ROCK. Le casse du siècle, l’album parfait qui aurait dû faire s’écrouler les charts sur leurs bases, une certaine conception de l’approche canadienne, l’autre grand pourvoyeur de Metal dans les eighties. Trente-quatre ans se sont écoulés depuis la découverte de cet album qui tient plus pour moi de la magie que de la simple musique. Trente-quatre ans, et pourtant, c’était hier. Et même avec l’âge avançant, et même avec le corps fatigué, l’esprit redevient jeune l’espace d’une grosse demi-heure lorsque je me repasse ces chansons. Et ça, ça n’a pas de prix.

En 1986, BRIGHTON ROCK est un nom que seuls les canadiens connaissent. Et pour cause, le groupe n’a alors à son actif qu’un simple EP éponyme et autoproduit. Certes, un de leurs morceaux s’est retrouvé sur une compilation nationale, mais ces petits remous n’ont pas suffi à agiter la mer internationale, alors ravagée par des tsunamis de sorties gros calibre. Alors lorsque le géant WEA les signe pour les vendre, et pour un premier véritable album, personne ne les attend vraiment au tournant, et pour cause : ils ont tout à prouver. De plus, 1986 est une grosse année pour le Metal. Les évènements s’accumulent, les pointures reviennent en force, les espoirs se confirment, et d’autres surprennent. 1986, c’est l’année de l’explosion de BON JOVI et EUROPE, qui publient chacun de leur côté leur manifeste commercial absolu, Slippery When Wet pour les américains et The Final Countdown pour les suédois. Mais c’est aussi l’année de Reign in Blood, Peace Sells... But Who's Buying?, Darkness Descends, Game Over, et l’avènement du Thrash pour les plus extrêmes, de Somewhere in Time, Orgasmatron, The Ultimate Sin, 5150, Turbo pour les poids lourds, et de Look What the Cat Dragged In, Rage for Order, Vinnie Vincent Invasion pour les espoirs de la scène. Alors, en plein milieu de ce big-bang, pas facile de se faire une place, même lorsqu’on est soutenu par une major…Dans le flot des nouveautés, Young Wild and Free est un peu perdu, et seul un nom retient l’attention. Celui de Michael Wagener, qui produit l’album et lui offre une caution mondiale de qualité. Sans ce nom dans les crédits, pas sûr que Young Wild and Free se soit frayé un chemin dans les rédactions, souvent débordées par l’actualité. Mais une fois encore, malgré une presse souvent dithyrambique à leur sujet, les canadiens auront du mal à trouver leur public en Europe. Sans aucune explication autre que l’impossibilité de se faire une vraie place dans cette jungle du milieu des années 80.

Objectivement parlant, rien ne distingue ce premier album du reste de la production du cru. L’approche est la même, trouver l’équilibre entre l’agressivité du Hard Rock, et la souplesse mélodique de la Pop. La recette qu’appliqueront tous les chantres de ce qu’on a nommé assez péjorativement le Hair Metal, et les apôtres du Hard FM suiveurs de BON JOVI et HONEYMOON SUITE. Il y a pourtant sur cette unique œuvre de quoi alimenter en hits la discographie entière d’autres musiciens beaucoup moins doués que les canadiens pour composer des hymnes à l’hédonisme, la jeunesse, la liberté, et le plaisir. En tant que vinyle il se pose en travail complet, mais en tant qu’art, il synthétise tout ce que la seconde moitié des eighties nous offrira de plus démesuré et héroïque. Les refrains de stade, le Billboard qui craque sous l’assaut de KISS, WHITESNAKE, SKIDROW et tous les autres, et cette hybridation subtile entre virilité pointue et séduction du grand public que les fans de « vrai » Hard Rock ont tant conspué. On sent dès « Young, Wild And Free » que BRIGHTON ROCK n’est pas là pour inventer quoique ce soit, ou pour délivrer un message d’importance humanitaire. Non, les canadiens ne souhaitent qu’une chose, nous faire headbanguer, nous faire siffloter, chanter, hurler, et pour ça, ils ont des armes imparables. Des couplets chics pour un refrain choc, la même stratégie appliquée dix fois, qui fait de Young Wild and Free un genre de Best-of à peine déguisé du mouvement Metal soft de 1986. Pas une seule faute de goût, pas un seul filler, même BON JOVI peut aller se rhabiller, et dans le genre, à part Future World de PRETTY MAIDS, personne n’a pu rivaliser. Musicalement, les mecs sont au point, juste ce qu’il faut, puisqu’ils ne sont pas là pour faire de la démonstration. Les guitares sont en avant, mais les claviers pas forcément relégués derrière la scène. La rythmique est stable, pas forcément notable, mais ce qui fait la force du groupe, c’est sa cohésion, pas ses individualités. Ils jouent ensemble, pour une même cause, même si l’un d’entre eux peut se prévaloir d’un talent unique, Gerry McGhee. Chanteur au timbre assez particulier, il est à même de pousser des cris stridents quand l’ambiance se muscle, ou de moduler Pop lorsque l’émotion prend le dessus. Et ça, c’est un avantage certain.

Dès lors, le tracklisting déroule, et les tubes se défoulent. Certes, avec un peu de recul, certains riffs se ressemblent mais plus par perfection que par répétition. Certes, avec un peu d’honnêteté, on jugera « Can't Wait For The Night » la ballade (in)dispensable un peu excessive et larmoyante, dans un registre REO SPEEDWAGON un peu sucré. T.N.T commettra le même genre d’erreur, mais on pardonne assez facilement aux surdoués de l’harmonie de céder à la tentation. Spécialement ceux capables de terminer une face par une tuerie comme « Assault Attack », qui n’a rien à voir avec M.S.G, mais qui une fois encore impose un refrain blockbuster. Assez étrangement, comme beaucoup d’albums de l’époque, c’est la seconde face qui s’impose vraiment comme haut fait de l’album. Avec « Jack Is Back » en retournement de galette, BRIGHTON ROCK invente le mid tempo de velours qui gratte quand même la peau. Les arrangements, discrets mais intelligents, en appellent à DEF LEPPARD, la sophistication outrancière en moins. « Save Me » peut paraître plus mineur, mais une fois de plus sa montée en puissance fait craquer. Mais je dois le concéder, c’est la doublette finale de « Barricade » et « Rock 'n' Roll Kid », qui m’a toujours impressionné le plus. Avec ces deux morceaux, les canadiens osent la sortie de route de première classe, avec un déchirement Heavy en avant-goût, et une profession de foi Rock n’Roll en plat principal. « Barricade » est d’ailleurs le seul morceau de l’album purement Heavy, le seul qui ne cherche pas à fédérer par un refrain en or, assez justement d’ailleurs puisqu’il s’agit d’un des premiers composé par le groupe. Mais l’explosion d’euphorie de « Rock 'n' Roll Kid », avec son entame en percussions sauvages m’a porté à bout de bras, m’a emmené sur les scènes du monde entier, ma fausse guitare en bandoulière et mon regard menaçant dans le miroir.

Pour aborder brièvement le cas des défauts, parlons de la production de Wagener, pourtant mercenaire très recherché à l’époque. Une fois encore, le son qu’il a concocté pour les canadiens est énorme, et paradoxalement, je me rappelle très bien avoir systématiquement été obligé de monter le son lorsque je posais le vinyle sur la platine. Comme ses autres productions, dont celle de Pride de WHITE LION, celle-ci a très mal vieilli et reste fortement connotée. L’espace est trop large, la basse noyée dans le mix, et le clavier trop proéminent lors de ses envolées. La guitare est aussi un peu aseptisée, mais moins que sur les travaux futurs du producteur. Mais en dehors de ce problème, et de quelques plans un peu trop faciles, Young Wild and Free reste pour moi au même titre qu’Hysteria de DEF LEPPARD, Future World de PRETTY MAIDS et Tell no Tales de T.N.T le témoignage d’une adolescence bénie, celle qui nous faisait découvrir la vie au travers du prisme musical de nos héros. Les posters, les décibels, l’amour, l’amitié, les cassettes enregistrées, les mots gravés pour la postérité, les rares moments de solitude, mais cette irrésistible impression que nous avions encore tout le temps devant nous pour devenir quelqu’un. Quelqu’un qui même parvenu à un âge respectable saurait rester jeune, sauvage et libre.        

              

Titres de l’album :

                          01. Young, Wild And Free

                          02. We Came To Rock

                          03. Change Of Heart

                          04. Can't Wait For The Night

                          05. Assault Attack

                          06. Jack Is Back

                          07. Save Me

                          08. Nobody's Hero

                          09. Barricade

                          10. Rock 'n' Roll Kid

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par mortne2001 le 05/05/2020 à 14:36
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