Gojira tournée 2005

Hypno5e, Gojira, Watcha, Sybreed

Rockstore, Montpellier (France)

du 13/10/2005 au 24/11/2005

Gojira changea de statut avec la sortie de From Mars to Sirius, son premier album international sorti à la rentrée 2005. Le temps de se faire reconnaître à l'étranger, le groupe entama une promotion toujours aussi méthodique par une tournée française très dense, maintenant l'énorme intérêt soulevé en quelques années par les deux précédents disques et des performances scéniques tyrannosauresques.

Déjà gros fan des Landais, je les avais vu deux fois sur cette tournée. D'abord en octobre à Toulouse, dans la salle des fêtes de banlieue qui accueillait beaucoup de concerts à cette époque où le Bikini n'avait pas été encore déplacé et reconstruit après avoir été détruit dans la catastrophe d'AZF. Ensuite en novembre à Montpellier où ils étaient en co-tête d'affiche et donc avec un temps de jeu un peu raccourci, mais un show légèrement différent.


TOULOUSE :

Un an pile poil après la performance triomphale de MACHINE HEAD au même endroit, le public est venu en masse pour le nouveau passage de GOJIRA à la salle des fêtes de Ramonville en proche banlieue de Toulouse. Le public est venu nombreux même si la salle et son balcon n'étaient pas complets. N'en déplaise aux grincheux, l'assistance était très nettement Metal et point du tout Néo, ni même Rock.

Le concert était ouvert par END. Cette formation locale proposait un Power Metal brutal, tendance PANTERA Far Beyond Driven / The Great Southern Trendkill ou DEARLY BEHEADED Temptation, voire S-CORE. Le son était bien bon pour une première partie, le groupe pas trop intimidé mais il était un peu dommage que le chanteur soit complètement happé par sa prestation vocale et passe presque tout le set de profil sur son micro. Les titres étaient encore un peu pauvres en termes de composition et répétitifs – y compris les intros – cependant une touche MESHUGGAH se laissait sentir sur pas mal de rythmiques et aussi dans le chant. L'ensemble rendait une certaine froideur, mais le plus intéressant était cette sonorité Voivodienne de plus en plus affirmée au fil des titres, à travers ces mêmes caractères faisant penser à MESHUGGAH mais surtout par le travail de la lead guitar. À savoir s'il s'agit bien d'une influence ou d'une réinvention fortuite. Je ne sais pas non plus quelle est l'expérience du groupe, et selon son épaisseur on peut juger de son potentiel sur le long terme. Si l'on varie les compos en n'abusant plus notamment de l'effet "arrêt presque complet puis reprise du riff principal une dernière paire de fois en fin de morceau", on peut faire quelque chose de sympa avec les traits plus originaux.

SYBREED est une formation Genevoise fondée après la séparation du groupe RAIN. L'expérience ici se fait bien mieux sentir. Les Suisses proposent un mélange assez original mais qui fait tout de même songer aux projets de Devin Townsend hors SYL. Il s'agit d'un Metal aux rythmiques fréquemment dansantes, coupé de passages Electros et de mélodies Rock portées essentiellement par le chant. Ces envolées sont d'un ton très romantique, elles font penser à PLACEBO ou même U2 par leur finesse. Le son n'était pas trop poussé – comme sur l'album – et cela correspondait à un ton d'ensemble plus retenu et raffiné que d'ordinaire dans le Metal, bien que sur un ou deux titres cela ait envoyé sévère. Le chanteur, beaucoup plus expressif et auteur d'une impeccable prestation bien que les morceaux le sollicitent beaucoup, s'est fait une tête assez Glam-Rock (mèches rouges, rimmel…) et fait du charme au public là où on est plutôt habitué aux harangues. Nous avons eu droit à deux titres en avant-première, qui se fondaient très bien au milieu des autres. Il est juste regrettable que le son n'ait pas été plus poussé sur les parties Electros, du reste toujours brèves mais un tantinet redondantes. Une fois de plus, une formation intéressante vient d'Helvétie, elle est capable de séduire les amateurs de Townsend comme tous les métalleux ouverts aux mélodies Rock héritées de la New Wave. Le public se montra sensible et commença à s'agiter joliment.

Enfin la tête d'affiche de ce festoche venait des Landes… GOJIRA fut longuement réclamé tandis que le chant des baleines et quelques bruits de bulles emplissaient la salle pour ouvrir comme sur le dernier album. Le son était excellent, équilibré, très propre et pas trop poussé. Ça compte pour bien profiter d'un concert. En 90 minutes, le programme était finalement lui aussi assez équilibré entre le dernier album et les plus anciens ("Clone", "Indians", "Space Time", "Deliverance", "Lizard Skin" en début de rappel, "Embrace the World" notamment). L'assistance était régulièrement déchaînée sur ces titres issus des deux premiers opus. Trop de stage-diving à mon goût d'ailleurs, comme à celui du groupe. Les titres de "From Mars to Sirius" sont déjà bien dans l'oreille et passent parfaitement. Le public réagit beaucoup plus sobrement parce qu'on ne les maîtrise pas bien encore, malgré leur simplicité. Toutefois, c'est jusqu'au fond de la salle qu'on marque le rythme lorsque sont interprétés entre autres "To Sirius", "The Heaviest Matter of the Universe" ou "Flying Whales" (je n'ai pas encore assimilé l'album au point de reconnaître leur origine mais pas tous les titres à coup sûr, il y a eu d'autres morceaux qui doivent correspondre à la set list pompée sur d'autres dates). Les morceaux et les passages les plus planants n'étaient pas autant présents que sur l'album, on sait que GOJIRA privilégie l'efficacité en concert et ils ne furent réduits qu'à la portion congrue pour laisser souffler et offrir une dédicace à Greenpeace (…). Techniquement, la performance était à la hauteur de la réputation des Goj' notamment à la batterie comme toujours (cette double tellurique !). On ne s'en lasse pas. La chaleur ambiante devint de plus en plus forte à mesure que le concert avançait, à la moitié du set de GOJIRA on était tous en nage. Le groupe était aussi dans cet état mais cela ne le handicapa nullement, bien que la sueur coulait à une cadence serrée goutte à goutte de leurs coudes pliés sous les manches des instruments à cordes ! Nous sommes tous sortis trempés et puants, même ceux qui avaient passé la soirée sans trop bouger, et je n'ai pas le souvenir d'être rentré souvent aussi épuisé d'un concert. Ils reviennent et ils sont au taquet, on remet ça le mois prochain !


MONTPELLIER :

J'arrivai trois quarts d'heure avant mais HYPNO5E jouait déjà. Ayant vu le groupe plusieurs fois pas de surprise sur le fond d'une musique entre passages vaguement mélodiques ou émos, samples de dialogues de films, voire passages teks et surtout moments plus énervés avec des riffs à la GOJIRA justement. Mais la nouveauté, c'est que le groupe a fait de réels progrès. Toujours aussi peu communicatifs mais bien plus à l'aise sur scène ce qui compense niveau chaleur. Le quatuor a plus confiance en lui, il est tout à fait en place notamment basse (ce qui lui permet de se lâcher un peu sur scène) et batterie. Je dirais pas que j'accroche enfin à ces compos assez déroutantes mais maintenant, je vois mieux où ils veulent en venir.

GOJIRA vint ensuite. Pas la peine de trop s'étendre puisqu'on est sur la fin de la tournée et que tout le monde a vu… Et pourtant il y a eu des nouveautés par rapport au mois dernier à Toulouse. Le son était très similaire, juste comme il faut, pas trop poussé. Le programme tournait autour des mêmes morceaux mais il y a eu quelques modifications dans l'ordre (Flying Whales dédicacé à "la secte" est venu plus tôt, par exemple) et le set a été écourté. En refaisant mes comptes il manque au moins deux titres. Le public était nettement plus expansif qu'à Ramonville mais il faut dire que cette fois la température ambiante était tout à fait supportable, et ça joue. Le groupe est toujours autant bien en place (GOJIRA c'est aussi une grande rigueur technique), Jean-Michel est particulièrement joisse. Encore deux brillants soli de batterie en intros de titres… On sent bien un petit clivage entre l'accueil des titres anciens et ceux du dernier album mais ces derniers sont chaleureusement salués. La première grosse nouveauté était ce mur d'images sobre, tout en noir et blanc mais très pertinent. Il était inspiré par les pages intérieures des jaquettes des différents albums selon les titres interprétés. Et c'est important parce que derrière l'écrasement des riffs cela rappelait une certaine profondeur à laquelle les Landais prétendent. On a donc eu les croquis à la Léonard de Vinci (d'ailleurs Mario le bûcheron portait un t-shirt Leonardo et ce n'est pas du tout un hasard sinon une clef de l'univers de GOJIRA) et les dessins de baleine ou dragon, les clichés forestiers à la "The Link"… et le clip intégral de "Love" projeté pendant que le titre était joué ! Seconde originalité : le rappel s'est ouvert sur "Bleeding", titre issu de la mythique démo Possessed du temps de GODZILLA ! La différence de style était très sensible, des riffs plus orthodoxes, plus complexes mais prenants, l'effet de surprise était complètement gagnant. C'est que maintenant GOJIRA a une certaine histoire derrière et nous fait le coup de ressortir les vieilleries mythiques pour les fans de la première heure... Enfin clôture sur "Lizard Skin". GOJIRA a été très chaudement acclamé à de nombreuses reprises, concert limite triomphal, à très bientôt j'espère… Fort intéressant de voir un combo de cette envergure évoluer à quelques semaines de distance sur une même tournée ; les nouveautés compensant l'amputation de la set list.

Après un long intermède s'est présenté WATCHA… Et je vous avoue que de toute façon j'ai une sainte horreur depuis longtemps de ce groupe qui rassemble presque tout ce qui m'horripile depuis trop longtemps dans la scène française. La formation ne s'est pas dégonflée, elle est bien en place. Mais plutôt que de rester à dauber au bar et vous saouler ici de méchancetés gratuites, j'ai préféré suivre des amis dîner au resto japonais. On n'a pas été les seuls à mettre les bouts dès les premiers morceaux, au demeurant, même si devant le public y était.


par RBD le 27/04/2020 à 12:00
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