Groupe fondé en 1997, sortant son troisième longue-durée, c’est somme toute un parcours très discret pour les londoniens de DĀMIM, qui méritent pourtant mieux que cette discrétion de fond. Créé par Nathanael Underwood, ex-AKERCOCKE, ce quatuor (Nathanael - guitare/chant, Flow Toulman - batterie, depuis 2010, Faust Perez - basse, depuis 2016 et Edd Amos - guitare, depuis 2016 aussi) dispense donc depuis près de vingt-deux ans des effluves extrêmes, qu’on assimile aujourd’hui à une forme très poussée de Blackened Death, ce Death Metal renforcé d’intonations et de puissance Black. Un style qui compte de nombreux adeptes depuis l’avènement du nouveau siècle, et qui peut s’enorgueillir dans ses rangs d’un noble représentant. Car avec ce troisième essai, les anglais touchent le centre de la cible et plantent le cœur des fans de violence instrumentale intelligente, aussi pertinente dans son époque que nostalgique dans ses théories. Admettant des influences classiques et patentes (MORBID ANGEL, EMPEROR, DEATH, KILLING JOKE, GORGUTS, MESHUGGAH, CORONER), et reconnaissant des sympathies qui peuvent servir de garde-fou (AGONYST, CORPSING, ZEALOT CULT, VOICES, CRYPTIC SHIFT, SPAWNED FROM HATE, AKERCOCKE, RED METHOD, FEN, VEHEMENT, CRIMSON THRONE, MECHANIZED DIRGE), DĀMIM fête avec A Fine Game Of Nil un triple évènement. Le premier, son retour au premier plan après douze ans d’absence et un très remarqué The Difference Engine paru en 2007. Le second, un nouveau partenariat avec un label référentiel, Apocalyptic Witchcraft Recordings (l’écurie de THE INFERNAL SEA, SKALDIC CURSE, THE ANTICHRIST IMPERIUM…), et le troisième, une réussite artistique qui ne pouvait qu’être flagrante au vu des moyens investis.

D’abord, un artwork, remarquable et signé Ingram Blakelock (A FOREST OF STARS, MY DYING BRIDE), ensuite, un son, mixé par la légende Neil Kernon (NILE, CANNIBAL CORPSE, JUDAS PRIEST, NEVERMORE, et des dizaines d’autres aussi fameux), et bien évidemment, des compositions, toujours aussi peaufinées et alambiquées malgré leur durée assez restreinte. Moins de la moitié des titres au-delà des cinq minutes, ce qui pour ce genre technique et évolutif est rare, mais la certitude d’avoir droit à des idées expurgées de tout remplissage pour amuser la galerie. D’ailleurs, le quatuor ne perd même pas de temps à placer une intro en ouverture, et attaque directement son sprint avec le dantesque « In a Language they Understand », que les accros à la syntaxe musicale du MORBID ANGEL contemporain traduiront mot pour mot. On y retrouve cette approche Death à l’ancienne, très analogique, ces breaks impromptus, cette rythmique instable en poumon de puissance (le jeu de Flow Toulman rappelle d’ailleurs subtilement la frappe mythique du grand Pete Sandoval), mais la plus-value apportée par les anglais est notable et d’importance, et se cache derrière des lignes de chant au dramatisme évoquant le faux lyrisme d’Attila de 1993, ou les arabesques plaintives de Tom Warrior sur le chef d’œuvre Into The Pandemonium. Une avancée en brisures qui casse les reins, de multiples riffs qui en sont vraiment et pas de simples prétextes, et une ambiance globale un peu confinée et étouffée, malgré l’ampleur d’une production qui occupe l’espace. Les dés sont donc jetés dès le départ, et le groupe marque les esprits d’emblée, ne ralentissant pas la cadence avec « Descendant of Amalek », toujours à cheval entre avant-hier et demain. Cette optique moderne mais respectant la tradition est sans aucun doute l’un des points forts d’un groupe qui n’en manque pas, et DĀMIM parvient donc à ressusciter l’esprit damné des nineties Death et Black sans vraiment trahir son caractère contemporain, ni à choisir un camp plutôt que l’autre. Car si beaucoup de groupes de Blackened Death finissent toujours par pencher d’un côté, A Fine Game Of Nil trouve un bel équilibre entre les deux, profitant d’un chant et d’arrangements Black pour densifier son Death assez technique, mais pas démonstratif.

C’est évidemment très redondant, spécialement dans ces licks qui se répètent à l’infini, créant une boucle hypnotique, mais c’est aussi surprenant, lorsque les musiciens insèrent dans la trame des moments de calme et de déviance. Ainsi, l’intermède instrumental « NecroKino », loin d’être une simple figure de style renforce cette impression de fausse claustrophobie, nous propulsant dans un espace de violence au travers d’une capsule de quiétude. Et outre les deux composantes majeures de cette réalisation, on trouve aussi des méthodes héritées du Thrash et du Néo-Death scandinave des années 90, lorsque la guitare tente des motifs saccadés et mélodiques sur fond de densité BM (« Body Is Broken »), ainsi que de soudaines montées en pression qui s’accompagnent d’un ralentissement du tempo (le départ écrasant et suffocant de « Rising of the Lights »). Une multitude de possibilités donc, pour un savoir-faire unique, perfectionné malgré les longues années de disette créative, qui explose aujourd’hui dans un déluge de rage froide et de bestialité maîtrisée. Difficile de ne pas reconnaître la quasi perfection d’un LP qui la traque à chaque seconde, quel que soit le terrain foulé, et entre des attaques en mid hautement performantes (« All I Want to Know Is How It Ends », mal j’espère), et des pauses acoustiques aux harmonies éthérées et aux arrangements oniriques (« Existential Epiphany Within a Waking Dream », petite boîte à musique de nuit…Il y a du Post là-dedans, mais juste assez pour ne pas se montrer démonstratif et maniéré), le constat est sans appel, A Fine Game Of Nil joue en effet un jeu très fin, et tout sauf de dupes, et propulse le Blackened Death dans une nouvelle dimension.

Avec en bonus de petites synthèse de la méthode imperfectible (« Rising of the Lights », qui résume tout en à peine cinq minutes tout en proposant du neuf dans l’alternance mélodies/dissonances), et une fin qui arrive pile au bon moment, DĀMIM a soigné son comeback, et comble douze années de disparition d’un retour tonitruant. Un disque qui risque de rendre l’été encore plus chaud et suffocant, mais qui redonne foi en un genre qui montrait ses limites depuis longtemps.       

   

Titres de l’album :

                          1.In a Language they Understand

                          2.Descendant of Amalek

                          3.Beyond the Call of Emptiness

                          4.Something for the Weakened

                          5.NecroKino

                          6.Body Is Broken

                          7.Rising of the Lights

                          8.Existential Epiphany Within a Waking Dream

                          9.All I Want to Know Is How It Ends

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par mortne2001 le 12/09/2019 à 18:53
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De fait, Yoloman + 1 000 000 !!!


Un des dieux de mon petit panthéon personnel.
Quand on sait que j'ai débuté ma carrière Métallique en me plongeant corps et âmes dans AC/DC, c'est donc à mon sens tout bonnement indispensable.