A proprement parler, on n'écoute pas un album de CULT LEADER. On s'en imprègne, on le subit, on le questionne pour voir de quoi il en retourne, on en cherche les tenants et aboutissants, et on finit par se livrer à une introspection en forme de douleur intérieure, comme pour savoir si la vie vaut encore la peine d'être vécue. Car un album des originaires de Salt Lake City est toujours plus qu'un album. C'est un combat permanent entre la lumière et les ténèbres, entre l'espoir et la résignation, entre le début et la fin. Presque une apocalypse en soi, mais aussi une impulsion, positive ou négative, qui donne envie de se battre pour changer les choses, ou au contraire, de trouver une corde solide pour y faire un nœud et l'accrocher au plafond d'une vieille grange. Il en est ainsi depuis la création du groupe en 2013, et il y a peu de chances que les choses changent, spécialement si vous osez tendre les oreilles sur leur second longue-durée, ce A Patient Man qui est tout sauf patient, mais qui prend quand même son temps pour distiller ses idées, et confirmer que nous tenons-là l'un des groupes extrêmes les plus importantes de sa génération. Et peu importe que vos inclinaisons personnelles vous fassent préférer les NAILS ou PRIMITIVE MAN, puisque CULT LEADER est un mélange des deux, avec tellement d'autres détails dans les interstices. Mais depuis cinq ans maintenant, nous cherchons tous à cerner la bête pour savoir ce qu'elle a réellement dans le ventre. De l'animosité pure ? Quelques traces d'empathie bien cachées sous une couche d'agressivité ultime ? Un peu tout ça à la fois, et encore une justement, puisque ce second chapitre d'une saga qu'on espère aussi longue que la connerie humaine redéfinit les règles d'un Hardcore viscéralement puissant, urgemment impatient, et surtout, pluriel comme les sentiments humains qui s'entrechoquent en un ballet de contradictions que même les évolutionnistes les plus acharnés rattacheraient à l'existence d'un Dieu qui ne comprend plus très bien ce qui arrive à ses enfants.

Une fois encore publié par l'ami Jacob Bannon sur son propre label Deathwish Inc, et produit par l'increvable Kurt Ballou aux GodCity Studios, A Patient Man est une nouvelle affaire de famille qui se prépare en interne pour être exposée en externe aux ouïes ébahies d'un public qui n'en demandait certainement pas tant. En cinquante minutes et dix morceaux, il prouve que l'héritage laissé il y a trois ans par Lightless Walk a été capitalisé, et même fait fructifier, puisque si les racines du quatuor (Casey Hansen – batterie, Anthony Lucero – chant, Mike Mason – guitare & Sam Richards – basse) sont toujours les mêmes depuis leurs deux premiers EP, les développements proposés sont aujourd'hui d'une richesse incroyable, faisant des quatre hommes les contributeurs les plus importants du circuit underground dont ils risquent de ne plus faire partie très longtemps...En choisissant de s'évaporer tout en se recentrant, les américains nous livrent une œuvre si riche et dense qu'une dizaine d'écoutes ne suffisent pas pour la cerner, et jouent le jeu inverse de la scène actuelle qui se contente de frapper au centre pour étouffer l'adversaire, sans anticiper les coups de biais et autres changements d'humeur. Et les changements d'humeur sont nombreux sur ce second album qui ne prend pas plus de quatre morceaux pour s'imposer comme œuvre majeure de cette fin d'année, voire de décennie. Bien sûr, en prenant en compte le passé GAZA de trois de ses membres, il n'est pas vraiment surprenant de se rendre compte que l'éclectisme règne en valeur maîtresse dans les préoccupations globales. Mais ce qui est surprenant, c'est qu'en ouvrant ses horizons et en élargissant son spectre sonore, CULT LEADER n'en reste pas moins l'un des ensembles les plus vénéneux et venimeux de la fange US d'un Hardcore qui refuse presque d'en être, au risque de renier ses principes les plus fondamentaux. Et si les trois premiers titres de ce LP jouent la sécurité d'un bruit sourd et massif, dès sa césure à l'hémistiche, les données changent, et la mélancolie prend le pas sur la colère, pour imposer la nostalgie à la face d'un ressentiment toujours énorme, mais plus centré et concentré. Et à partir de “To: Achlys », la lumière se fait une place énorme, jaunissant un peu les photos d'une jeunesse toujours présente, mais qui petit à petit, s'éteint sous le souffle d'une maturité de constat. Et ce constat est d'une simplicité lénifiante. CULT LEADER est en train de devenir l'un des groupes les plus essentiels de ce début de millénaire.   

Bien qu'habitué aux artistes grimés capables de faire le grand écart entre les discours tonitruants et les confessions intimes, je dois avouer que le pas de géant accompli par le quatuor et reliant les terres dévastées de CONVERGE et les landes désolées des FIELDS OF THE NEFILIM/SISTERS OF MERCY est impressionnant de fluidité et d'agilité. Car en tombant tout sauf au hasard sur l'entame explosive de « I Am Healed », qui place en amont la catharsis d'un Anthony Lucero avouant une guérison qu'on peine à croire valide, on se dit immédiatement que l'équation vitale va être facile à résoudre. Rythmique toujours aussi hésitante entre Sludge massif et Chaotic Core éparpillé, riffs gigantesques qui explosent les membranes du casque, et chant vomitif en diurétique de l'âme pour purge personnelle en diarrhée mentale, les classiques sont récités sur le bout des cordes, et l'ambiance est sombre, grave, et individuelle dans le collectif. L'ombre de CONVERGE est évidemment toujours aussi pesante, mais « Curse of Satisfaction » de s'extirper de ce parrainage pour se rapprocher d'un Sludge aux tonalités Post Hardcore aussi nostalgique d'un NEUROSIS qu'un amant peut l'être d'une rose fanée laissée à mourir dans un vase ébréché. Lourd dans le fond, par conviction évidemment, mais paradoxalement léger à l'appréciation, le cocktail élaboré par les CULT LEADER cite dans le texte, et rend évidemment hommage, à son propre passé, mais aussi à celui de classiques tout aussi honorés, comme l'intemporel Jane Doe des amis de CONVERGE qui trouve un écho fabuleux de respect au travers de la saillie fulgurante « Isolation in the Land of Milk and Honey ». Cassure centrale et chant exhorté, à la lisière du  Sludge et du Post Hardcore, pour des guitares harmonieuses mais dissonantes, et une douleur intérieure presque palpable qui s'échoue sur les rives de la contemplation d'un monde à l'agonie.

Et c'est à ce moment-là que les musiciens choisissent l'intimisme d'un constat amer pour défendre des valeurs de regret et de remord, au travers de deux morceaux aux mélodies ténébreuses, aux constructions lentes et crépusculaires pour casser le moule d'un travail qu'on pressentait d'importance, mais qui s'annonçait trop prévisible pour surprendre...Et cette fausse pause en pudeur poétique se poursuit sur « Craft of Mourning », avant que l'homme patient ne se dise que l'attente et la pondération ne sont pas forcément de mise dans une  société vouée au culte de l'immédiateté, et de lâcher deux bombes à la portée incroyable via « Share My Pain », qui propose une Némésis core troublante, et « Aurum Reclusa », qui combine l'épaisseur de GAZA et  la distanciation de PRIMITIVE MAN.  Nous naviguons donc en eaux plus que troubles, et sur des flots dont le débit se veut variable, pour empêcher toute stabilisation rassurante, d'autant plus que « A Patient Man » continue de faire tanguer l'esquif, osant des riffs concentriques discordants sur nappes vocales irritantes de gravité. Et si « The Broken Right Hand of God » parvient quand même à nous amener à bon port, il nous laisse en proie à une sensation étrange de confusion brumeuse, comme si nos guides du jour acceptaient notre dîme tout en reversant une partie de l'obole aux KATATONIA, à OPETH, et surtout à Scott WALKER...Une preuve supplémentaire du talent vocal d'Anthony, et surtout, du talent de composition et d'agencement d'un quatuor qui refuse les facilités d'un Metal extrême confortable, mais lénifiant d'évidence. Sur cet album, rien n'est évident et rien n'est facile, tout est à disséquer mais à ressentir, et cette dualité d'approche transforme A Patient Man en chef d’œuvre absolu, distanciant la concurrence trop sage dans sa violence, et lui apprenant sans flagornerie que les douleurs les plus insupportables s'accompagnent souvent de faux moments d'apaisement qui font croire à une rémission qui ne viendra jamais...     

 

Titres de l'album :

                               1. I Am Healed

                               2. Curse of Satisfaction

                               3. Isolation in the Land of Milk and Honey

                               4. To: Achlys

                               5. A World of Joy

                               6. Craft of Mourning

                               7. Share My Pain

                               8. Aurum Reclusa

                               9. A Patient Man

                              10. The Broken Right Hand of God

Site officiel

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 08/12/2018 à 14:05
98 %    288

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Ember

Ember & Dust

Towering

Obscuring Manifestation

Calamity

Kairos

Deathspell Omega

The Furnaces Of Palingenesia

Pectora

Untaken

Warchest

Sentenced Since Conception

Sangue

Culś

Wormwitch

Heaven That Dwells Within

Wings Of Decay

Crossroads

Ares Kingdom

By the Light of Their Destruction

Mosh-pit Justice

Fighting The Poison

East Of The Wall

NP-Complete

Spirits Of Fire

Spirits Of Fire

Brutal Sphincter

Analhu Akbar

Darkthrone

Old Star

Makkmat

Beina Brenner

Jess By The Lake

Under The Red Light Shine

Rammstein

Rammstein

D.a.d

A Prayer for the Loud

Death Angel

Humanicide

Pitfest

Mold_Putrefaction / 08/06/2019
Crust

Warm-Up Hellfest

JTDP / 07/06/2019
Hellfest

Ad Patres / Iron Flesh / Origin'Hell - Live-report Rennes

Jus de cadavre / 28/05/2019
Death Metal

Mgła - Revenge - Doombringer // Paris

Mold_Putrefaction / 19/05/2019
Death Metal

Concerts à 7 jours

Photo Stream

Derniers coms

Excellent morcif. Eh ben ça donne envie ça. Une chouette baffe en thrashmetal de ce milieu d'année. A voir si ça tient la route sur un album entier, comme le dernier Terrifier ou Maligner récemment.


le Black album est du heavy commercial, je ne le considère pas comme une réussite indiscutable


pas grand chose de mélodique la dedans


Saleté ! J'espère que cela a été vu à temps. Comme quoi les vies assainies ne sont pas à l'abri.


Haha, ouais. Bon en même temps, fallait pas s'attendre à voir autre chose venant d'eux.


Ca paiera les soins de Mustaine, touché par un cancer de la gorge. En espérant un prompt rétablissement au divin rouquin.
Endgame reste leur meilleur album depuis... Rust In Peace, et le plus agressif aussi.


Courage a ce monstre du Metal.


Ah bah merde ! J'étais content de pouvoir revoir le père Wino sur scène... Grand souvenir avec Spirit Caravan il y a quelques années sur cette même scène.


Ah merde Humungus, ce qui me plaît surtout dans le dernier Vltimas, c'est les influences orientales...Le mash-up Faudel/David Vincent m'a tellement fait rêver ! :)


Il a survécu à la dope, à l'alcool, à dieu et à Metallica en écrivant les plus belles pages du Heavy/Thrash alors je pense qu'il survivra à ce putain de cancer ! Pour moi, le Metal God, c'est lui. Le meilleur guitariste du Metal c'est lui, alors il ne peut pas mourir. Dave Mustaine ne mourra (...)


Vas y Dave, nique lui la gueule à ce putain de cancer.


Tout simplement parce qu’ils sont pourris...


Eh ben...
Fucking hook in mouth.... :-(


@humungus : tout à fait d'accord ! ;-)


En fait, je pensais que tu faisais une vanne et que tu sous entendais par là que c'était le meilleur fest d'Europe…
Alors, pour corriger "réellement" l'ensemble, le HELLFEST c'est :
L'un des plus grands d'Europe, le plus grand de France et le meilleur au monde mondial au niveau des (...)


Détrompe toi Humungus, on ne s'en branle absolument pas, c'est justement pour partager les attentes de chacun et pourquoi pas donner envie à ceux qui hésitent d'aller voir tel ou tel groupe. Et ton R.O. est plus que solide dites donc, je m'y reconnais assez !
Et pour "le plus grand festival(...)


J'imagine que tout le monde s'en branle, mais y'a pas de raison qu'il n'y ait que les chroniqueurs qui vous fassent part de leur destinations sur le fest (merde quoi !) :
- Vendredi : CONAN, POWER TRIP (jamais vu. Hâte de voir ça sur scène et surtout dans le pit hé hé hé), DIAMOND HEAD ((...)


Ah merci totoro !
Je ne suis donc pas le seul à penser qu'il n'y a pas plus de Crust là dedans que de références Raï dans le dernier VLTIMAS.


De mon coté j'y serais aussi pour le zine'... Mon RO du coup : Slayer, Slayer et Slayer (en gros quoi). Plus sérieusement y'a de quoi faire encore cette année ! Mais pour moi ça se passera, comme depuis des années maintenant, quasi uniquement sous les tentes... A part pour Slayer, Gojira et 1 o(...)


J'avais peur après "LIFAD" que je n'aime pas (trop facile, pas assez martial, aux chansons loin d'être inoubliables, à part "Waidmanns Heil"). Rassuré par l'énormissime "Deutschland" et "Radio", c'est désormais tout l'album qui me fait plaisir. Rammstein ne change pas vraiment mais a trouvé u(...)